Série Les musées totalement insolites
L’argent à travers les âges : une visite du musée de la monnaie de Tokyo

Julian Ryall [Profil]

[23.01.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le Musée de la monnaie, situé à Nihonbashi (Tokyo), présente l’histoire de l’argent au Japon et en Asie de l’Est, à travers une très riche collection historique, ainsi que les billets émis par la Banque du Japon depuis son institution jusqu’à nos jours. Des salles d’exposition silencieuses et des artefacts très judicieusement exposés permettent de voir et même de « palper » : une façon particulièrement ludique d’apprendre l’histoire de la monnaie au Japon.

C’est à l’occasion du centenaire de la Banque du Japon que le projet du Musée de la monnaie fut décidé. Inauguré trois ans plus tard en 1985, il recueille et conserve toutes sortes de documents historiques et culturels, et conduit des études et recherches sur l’histoire de la monnaie au Japon. Ses collections sont très largement ouvertes au public.

Le cœur des collections du musée est constitué du fonds Tanaka Keibun (1884-1956), un savant numismate qui a passé plusieurs dizaines d’années à réunir une remarquable collection de monnaies historiques non seulement japonaises mais également est-asiatiques, tout particulièrement chinoises. Il en fit don à la Banque du Japon avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1944, évitant ainsi la destruction de sa collection au cours des bombardements incendiaires de la fin de la guerre.

Vue d’une salle d’exposition du Musée de la monnaie

Le Musée de la monnaie se trouve dans les locaux de la Banque du Japon (BoJ) à Nihonbashi-Honkgokuchô, à l’endroit même où se trouvait le « kinza », c’est-à-dire l’atelier où, pendant toute l’époque d’Edo (1603-1867) toutes les monnaies d’or du shôgunat Tokugawa étaient fondues et frappées. À côté se trouvait l’atelier de frappe des monnaies d’argent, le « ginza », fondé en 1612, et cette appellation est devenue aujourd’hui le nom du fameux quartier de commerce de luxe (voir nos articles sur Ginza).

Monnaies antiques en cuivre

C’est durant la seconde moitié du VIIe siècle que furent frappées les premières monnaies originales au Japon. Les documents historiques nous apprennent qu’une loi de l’an 683 interdit l’usage des monnaies d’argent et les remplaça par des monnaies de cuivre. On pense que ce sont ces monnaies de cuivre qui furent dénommées fuhonsen, pièces « source de richesse », d’après les caractères qu’elles portaient gravées sur leur face.

Répliques des premières pièces de monnaie frappées au Japon : les fuhonsen (seconde moitié du VIIe siècle)

Le design des fuhonsen, les premières monnaies de cuivre fabriquées au Japon, s’inspirait de pièces chinoises, les hanryôsen ou « demi-ryô », rondes et percées d’un trou carré. Ces hanryôsen chinoises remontent au IVe siècle avant notre-ère et ont peu à peu servi de modèle pour les pièces de monnaie de tous les pays d’Asie orientale, Japon compris.

Pièces de monnaie chinoises, dynastie Ming (1368-1644)

Une autre étape importante de l’histoire de la monnaie au Japon : la frappe, au début du VIIIe siècle, d’une nouvelle monnaie de cuivre, appelée wadôkaichin. Jusqu’à 13 types différents de cette monnaie ont été frappés au cours des siècles. Cependant, la taille et la qualité du métal s’appauvrissant avec la diminution de la production de cuivre, les pièces les plus petites cessèrent peu à peu de circuler. Le troc contre de la soie, du riz ou d’autres denrées se développa à la place.

Au milieu du XIIe siècle, la quantité de pièces en provenance de Chine augmenta rapidement et furent monétisées au Japon, en concomitance avec d’autres monnaies frappées au Japon à partir du XV-XVIe siècle.

L’un des objets les plus mystérieux exposés au Musée de la monnaie de Tokyo est un vase de céramique d’environ 60 cm de haut. Il fut exhumé dans la préfecture de Miyazaki et contenait 7 700 pièces de monnaie chinoise. Nul ne sait qui l’a enterré ni pourquoi il fut laissé sous terre.

Durant l’époque d’Edo, qui a commencé en 1603 et a duré 264 ans, le shogunat a émis des pièces d’or, des pièces d’argent, des pièces de cuivre et de fer. Chaque domaine (région féodale ou han), de son côté, mettait également en circulation ses propres hansatsu, un papier-monnaie. Jusqu’à 200 types de billets différents circulaient dans tout le pays.

Carte du Japon montrant les hansatsu en circulation pendant l’époque d’Edo dans les différents domaines féodaux.

  • [23.01.2018]

Journaliste. Correspondant du quotidien britannique The Daily Telegraph pour la Corée et le Japon. Titulaire d’un diplôme de troisième cycle de journalisme de l’Université centrale du Lancashire (UCLan), obtenu en 1992. Premier voyage au Japon en 1992. Réside actuellement à Yokohama.

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