Série Comment vivre pour soi-même ?
Message pour ceux qui ne savent pas dire « Je veux »

Izumiya Kanji [Profil]

[17.04.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

De plus en plus de gens souffrent de ne pas savoir ce qu’ils veulent, ou ce qu’ils aiment. Un psychiatre qui traite quotidiennement des patients dans ce cas leur adresse un message.

Le manque de passion, un trouble qui progresse à toute allure

Ces dernières années, le nombre de personnes souffrant de ne pas savoir ce qu’elles aiment faire, ou ce qu’elles veulent être, a beaucoup augmenté. En demandant à ces gens ce qu’ils aiment ou détestent, ils répondent souvent qu’ils l’ignorent parce qu’ils n’y ont jamais réfléchi.

Il me semble qu’il y a vingt ou trente ans, la passion jouait un plus grand rôle dans les tourments dont souffraient les patients. À l’époque, ils se plaignaient surtout de ne pas arriver à obtenir ce qu’ils recherchaient, de ne pas pouvoir convaincre leurs parents, de ressentir de l’infériorité causée par leur incapacité à devenir ce qu’ils souhaitaient être, ou de l’absence de reconnaissance de leur entourage. Ils avaient en commun un attachement affectif lié à un genre de passion.

Mais cette « passion » n’est pas perceptible dans les souffrances en progression ces dernières années. Pourquoi ce changement s’est-il produit ? Il faut d’abord savoir que toutes ces personnes affectées ont un point en commun : elles ont eu des parents enthousiastes vis-à-vis de leur éducation. Ces derniers leur ont fait faire très jeunes toutes sortes d’activités, culturelles, sportives, éducatives, elles ont ensuite vécu sur cette lancée. Elles prennent conscience pour la première fois de leur absence de motivation lorsqu’elles doivent faire un choix, qu’il s’agisse du sujet de leurs études, du travail qu’elles veulent faire, ou encore lorsqu’elles butent sur un obstacle. Elles sont alors dans une situation semblable à celle d’une voiture dépourvue de force motrice qui s’arrêterait, bloquée par une pierre et incapable de repartir parce qu’elle avait jusqu’alors roulé sur les « rails » de l’habitude.

La fin de « désir = motivation »

On peut probablement dire que les souffrances d’autrefois, liées à la passion, étaient le produit d’une époque où le désir était un moteur pour les hommes. Depuis les origines de l’humanité jusqu’à une époque récente, il a été notre principale énergie. Les hommes qui cherchaient passionnément à avoir une vie plus sûre, plus confortable et plus aisée, y sont petit à petit arrivés. Cette motivation a simultanément produit toutes sortes de formes d’attachement, autrement dit, des souffrances passionnées.

Mais les progrès de l’humanité ont amené l’individu à faire face aujourd’hui à une nouvelle situation. Les pays avancés sont entrés dans une époque de satiété, et l’informatisation rapide de la société a commencé à devenir une réalité. Tout cela a certes rendu la vie plus pratique et plus agréable, mais ironiquement, cela a aussi produit la perte des raisons de vivre, de notre force motrice. Et l’on peut estimer que c’est de cette manière que les tourments affectant les hommes ont graduellement perdu leur intensité, et sont devenus existentiels, car portant sur la perte du sens de la vie.

  • [17.04.2018]

Psychiatre, mais aussi compositeur, il étudie la médecine à l’Université du Tôhoku puis travaille notamment à l’hôpital Seiwa rattaché à l’Institut de la neurologie. En 1999, il part étudier à l’École normale de musique de Paris, et il travaille aussi comme psychologue à l’École japonaise de Paris. Il ouvre à Tokyo en 2005 la Clinique Izumiya, spécialisée dans les psychothérapies. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Futsû ga ii to iu yamai (« Vouloir être ordinaire », une pathologie), ou encore Shigoto nanka ikigai ni suruna (« Il ne faut pas vivre pour son travail »).

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