Le b.a.-ba du Japon

Les billets de banque japonais

Culture

Les Japonais ont encore bien souvent recours à de l’argent liquide pour régler leurs achats au jour le jour, contrairement au reste du monde où les cartes bancaires et la monnaie électronique sont de plus en plus courantes. Dans cet article nous vous proposons de découvrir les personnages, les œuvres et les lieux célèbres représentés sur les billets de banque de l’Archipel ainsi que les mesures drastiques prises par les autorités nippones pour éviter les contrefaçons.

Les premiers billets de banque japonais ont été émis par l’Agence de l’imprimerie nationale (NPB) en 1877 et depuis lors, c’est cet organisme qui assure l’impression du papier monnaie. À l’heure actuelle, il y a quatre sortes de billets en circulation au Japon. Leur valeur respective est de 10 000, 5 000, 2 000 et 1 000 yens. Chaque année, la NPB remet 3 milliards de coupures à la Banque du Japon. Si on en faisait une pile, celle-ci aurait une hauteur de 300 kilomètres, soit environ 80 fois l’altitude du mont Fuji. La durée moyenne de vie des coupures de 10 000 yens est de quatre à cinq ans et elle est d’à peine un à deux ans pour celles de 5 000 et 1 000 yens. La Banque du Japon broie les billets tachés et la matière première récupérée est recyclée notamment sous forme de papier hygiénique.

Les billets de banque en circulation au Japon

Billet de 10 000 yens

Recto (ci-dessous à gauche) : il représente le fameux écrivain et philosophe Fukuzawa Yukichi (1835-1901) qui a joué un rôle déterminant dans la modernisation du Japon à la fin de l’époque d’Edo (1603-1868) et durant l’ère Meiji (1868-1912). Après avoir étudié les sciences occidentales et l’anglais, il a fondé l’Université Keiô en 1858 et pris part à la première mission diplomatique japonaise aux États-Unis en 1860. Il avait alors tout juste 25 ans. Deux ans plus tard, il s’est rendu en Europe où il a observé de très près la civilisation de l’Occident. Les séjours à l’étranger de Fukuzawa Yukichi ont eu une influence capitale sur sa pensée et son œuvre. Gakumon no susume (L’Appel à l’étude), un de ses livres les plus remarquables, commence par cette phrase lapidaire : « Le Ciel n’a jamais créé un homme supérieur ou inférieur à un autre.»

Verso (ci-dessous à droite) : il est orné par l’un des deux phénix en bronze situés au sommet du toit du pavillon éponyme du temple Byôdô-in, construit en 1053 à Uji, dans la préfecture de Kyoto. Le phénix est un oiseau mythique, symbole de bonne fortune.

Billet de 5 000 yens

Recto (ci-dessous à gauche) : il est consacré à la romancière et poétesse Higuchi Ichiyô (1872-1896), auteur de nombreuses œuvres dont Takekurabe (Qui est le plus grand ?, 1895) et Nigori e (Eaux troubles, 1895). Cette Japonaise de grand talent est morte prématurément de la tuberculose à l’âge de 24 ans. Higuchi Ichiyô est aussi la première femme dont le visage a figuré sur un billet de banque japonais.

Verso (ci-dessous à droite) : on y voit un détail d’un magnifique paravent à six feuilles du peintre de l’époque d’Edo Ogata Kôrin (1658-1716), intitulé Kakitsubata-zu (« Iris, » encre et papier sur fond d’or).

Billet de 1 000 yens

Recto (ci-dessous à gauche) : il est occupé par un portrait du médecin et bactériologiste japonais Noguchi Hideyo (1876-1928). Ce Japonais originaire de la préfecture de Fukushima s’est rendu aux États-Unis pour y effectuer des recherches sur les bactéries. Il est célèbre pour ses travaux sur le tréponème pâle, vecteur de la syphilis, et sur la fièvre jaune. Ayant contracté cette dernière maladie en Afrique où il était allé l’étudier, il en est mort à l’âge de 51 ans au cours d’un séjour dans la Côte-de-l’Or (Gold Coast), une colonie britannique correspondant à l’actuel Ghana.

Verso (ci-dessous à droite) : il est décoré à la fois par le mont Fuji, à gauche, et par des cerisiers en fleurs au bord du lac Motosu, dans la préfecture de Yamanashi.

Billet de 2 000 yens

Comparé aux trois autres coupures en circulation, le billet de 2 000 yens est relativement rare. Il a été émis en l’an 2000 pour commémorer le début du deuxième millénaire et le sommet du G8 qui s’est tenu cette année-là à Okinawa et Kyûshû.

Recto (ci-dessous à gauche) : il représente la porte Shureimon du célèbre château de Shuri, situé à Naha, la ville la plus importante d’Okinawa.

Verso (ci-dessous à droite) : à gauche, un fragment du rouleau illustré du Genji monogatari (Le Dit du Genji), un des chefs-d’œuvre de la littérature mondiale écrit autour de l’an 1000 par une dame de la cour appelée Murasaki Shikibu. Celle-ci figure de façon stylisée en bas à droite du billet.

Des techniques de pointe pour tenir en échec les faux-monnayeurs

La falsification de la monnaie est l’un des plus gros problèmes auxquels sont confrontés les organismes chargés d’émettre les billets de banque. Comme son nom l’indique, le musée de la Monnaie de la Banque du Japon, situé à Tokyo, dans le quartier de Nihonbashi, retrace l’histoire de la monnaie au Japon à partir du VIIe siècle, notamment à l’aide de pièces et de billets de banque anciens. Il explique aussi les progrès accomplis dans la lutte contre la fausse monnaie. Les premières mesures pour éviter les contrefaçons remontent à plusieurs siècles. À l’époque d’Edo (1603-1868), les fiefs avaient déjà recours à la technique du filigrane afin d’authentifier les billets monétaires (hansatsu, littéralement « billets de domaines ») qu’ils émettaient pour équilibrer leurs finances.

1. Impression taille-douce (marques tactiles)

L’impression taille-douce est l’une des méthodes les plus efficaces pour éviter les contrefaçons des billets de banque, par exemple à l’aide d’imprimantes et de scanners. L’épaisseur d’encre obtenue par ce procédé donne au papier monnaie un toucher en relief très particulier. Cette technique est mise en œuvre par le biais de marques qui ont le mérite de permettre aux personnes malvoyantes d’identifier les billets rien qu’à leur contact. Les coupures de 10 000 yens comportent une marque en forme d’équerre, celles de 5 000 yens un octogone, et celles de 1 000 yens une barre horizontale. Les billets de 2 000 yens sont quant à eux reconnaissables à cause du caractère に (ni) écrit en braille et figuré par trois cercles alignés dans la hauteur.

2. Hologrammes

Les billets de 10 000 et 5 000 yens sont protégés par des hologrammes. Ces images sont des éléments tridimensionnels très complexes qui changent en fonction de l’angle sous lequel on les regarde et sont de ce fait très difficiles à reproduire.

3. Filigrane

Cette technique pour éviter les contrefaçons consiste en une image qui apparaît au centre des billets quand on les regarde par transparence. Les coupures de 1 000, 5 000 et 10 000 yens comportent respectivement une, deux et trois barres verticales en filigrane, du côté droit.

4. Images latentes

Elles ne sont par définition pas visibles à première vue. Si on incline le billet de 10 000 yens par exemple, on voit apparaître le chiffre 10 000 en bas à gauche du côté recto, et le mot NIPPON dans la partie supérieure droite du côté verso.

5. Encre nacrée (pearl ink)

Elle n’est pas discernable en temps normal. Mais il suffit de changer l’orientation du billet pour découvrir un motif de couleur rose en son centre ou sur l’un de ses côtés.

6. Micro-impression

Chaque billet de banque japonais comporte des petites capitales formant les mots « NIPPON GINKO » (Banque du Japon) qui s’inscrivent dans les motifs de son décor.

7. Encre photo luminescente
Quand on l’expose aux rayons ultra-violets, le sceau de la Banque du Japon figurant au recto du billet prend une couleur orangée et le décor qui l’entoure devient en partie lumineux.

(Photo de titre : les principaux billets en circulation au Japon avec les visages des personnages célèbres représentés au recto. De gauche à droite, Fukuzawa Yukichi, Noguchi Hideyo et Higuchi Ichiyô. Avec l’aimable autorisation du site de l’Agence de l’imprimerie nationale pour toutes les photos et les vidéos de l’article)

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