Allons voir les festivals japonais !

Trois grands rituels de purification par l’eau ou les flammes au Japon

Tradition Tourisme

Le photographe Haga Hinata nous emmène à la découverte de trois grands festivals de purification par l’eau ou les flammes.

Le coût de la pureté

La croyance sévit depuis bien longtemps au Japon qu’en tant qu’humains, nous commettons des fautes et accumulons des impuretés sans même le savoir. Le rituel de chinowa kuguri, où l’on passe dans un cercle fait de chaume pour raviver le corps, a lieu dans des sanctuaires à travers le Japon lors des grands tournants de l’année, le 30 juin et le 31 décembre.

Il existe aussi d’autres rituels de purification qui en demandent bien plus aux fidèles. On leur exige souvent de se laver à l’eau froide, de se baigner dans l’océan ou se tenir sous une cascade, ou bien de s’asperger d’eau de puits glaciale, vêtu seulement d’un pagne, ce qui peut être particulièrement difficile en plein hiver ! Ces pratiques remontent aux dits d’anciens chroniqueurs racontant comment la divinité fondatrice, Izanagi, se purifia au bord de l’eau en rentrant du Royaume des morts (Yomi). De nombreux autres rituels de purification utilisent le feu.

Un rituel de purification sous la cascade de Shasui, dans la préfecture de Kanagawa.
Un rituel de purification sous la cascade de Shasui, dans la préfecture de Kanagawa.

Les individus qui prennent part à ces rituels évitent pendant un temps de manger de la viande d’animaux à quatre pattes comme le boeuf, le porc ou le mouton, et certains ne mangent pas de poulet, des œufs ou du poisson non plus.

Parmi les nombreux festivals de ce genre, nous présentons ici trois des plus impressionnants.

Le festival Kanchû Misogi

(Du 13 au 15 janvier, Kikonai, Hokkaidô)

Plongée dans les mers glaciales du nord
Plongée dans les mers glaciales du nord

Ce rite vieux de près de 200 ans se tient au sanctuaire de Samegawa, à Kikonai, dans le Hokkaidô. Des hommes vêtus d’un simple pagne plongent dans les eaux glaciales de l’étroit de Tsugaru. La coutume date de 1831, quand le prêtre du sanctuaire fait un rêve dans lequel un messager divin lui ordonne de purifier les shintai (ou goshintai, supports dans lesquels résident l’esprit des divinités) du sanctuaire. On dit qu’une fois les shintai submergés dans la mer, le village prospère avec de belles prises de poissons et de bonnes récoltes, ce qui lui permet de sortir indemne de la grande famine de l’ère Tenpô (1833-1838).

Les hommes affrontent le froid, tenant un tissu blanc entre les dents.
Les hommes affrontent le froid, tenant un tissu blanc entre les dents.

De nos jours, le grand-prêtre du sanctuaire sélectionne les quatre jeunes hommes qui purifieront les shintai sur la plage de Misogihama, à environ un kilomètre au sud-est du sanctuaire. À l’approche de la cérémonie, les hommes évitent de manger da la viande et effectuent des ablutions toutes les heures, même pendant la nuit. Un ancien participant raconte comment « en faisant face à soi-même, le corps et l’âme sont tous les deux purifiés ».

Cela demande beaucoup de courage de faire des ablutions en plein hiver...
Cela demande beaucoup de courage de faire des ablutions en plein hiver...

À partir de la soirée du 14 janvier, le festival prend de l’ampleur avec la participation de la population locale. Le défilé d’hommes marchant vers le sanctuaire, des lanternes à la main, à la lumière de brasiers, donne un air féerique à la ville.

Au rythme des tambours de purification, les quatre jeunes hommes descendent les marches en pierre puis font leurs ablutions devant la foule. Chacun est aspergé d’eau à son tour. Ils sont à genoux, les bras croisés, sans broncher, incarnant la force et le courage.

Ce n’est qu’après avoir subi les ablutions que les hommes ont le droit de porter le shintai.
Ce n’est qu’après avoir subi les ablutions que les hommes ont le droit de porter le shintai.

L’apothéose du festival a lieu le troisième jour : à dix heures du matin, par des températures polaires, les quatre hommes vêtus de blanc se dirigent vers la mer, portant les shintai. Ils s’immergent jusqu’au cou dans la mer glaciale, leur expression traduisant le sentiment d’un travail bien accompli.

Les shintai sont plongés dans la mer.
Les shintai sont plongés dans la mer.

Le festival Ôhara Hadaka

(Les 23 et 24 septembre, Isumi, préfecture de Chiba)

Les mikoshi du sanctuaire de Chiba sont emmenés à la mer pour être purifiés.
Les mikoshi du sanctuaire de Chiba sont emmenés à la mer pour être purifiés.

Le sanctuaire de Kaisuka Kashima, établi durant l’ère de Jôgan (859-877), est situé sur la côte pacifique de la préfecture de Chiba, à Isumi Ôhara. C’est le gardien des 18 sanctuaires de la région, et ce festival se tient depuis quatre siècles en prière pour des pêches fructueuses et de bonnes récoltes.

Pendant deux jours, des hommes aux torses nus portent plus d’une dizaine de mikoshi (sanctuaires portatifs) à travers les rues de la ville. Le clou du festival est l’immersion des mikoshi dans la mer pour les purifier. La particularité des mikoshi de la région est qu’ils reposent seulement sur de longues barres, sans pièces transversales. Ceci les rend plus faciles à manipuler à travers des ruelles étroites et pour changer de direction. En même temps, ça les rend moins stables et donc plus difficiles à manœuvrer.

Le festival est aussi connu pour ces chants, pour une pêche fructueuse.
Le festival est aussi connu pour ces chants, pour une pêche fructueuse.

Le premier matin, les mikoshi des sanctuaires avoisinants sont rassemblés au sanctuaire de Kashima. En tête de la procession se trouvent les chanteurs qui tapent dans les mains pour donner le rythme en interprétant le chant du festival à tue-tête. C’est une œuvre particulièrement complexe qui peut contenir entre 200 et 300 versets.

Le transfert de la divinité vers le mikoshi
Le transfert de la divinité vers le mikoshi

Une fois le transfert accompli par le prêtre, les porteurs des mikoshi font trois fois le tour du sanctuaire à une allure déchaînée avant de les hisser bien haut. Ensuite, ils se dirigent vers le port de pêche d’Ôhara, à environ deux kilomètres, où ils les font tourbillonner et les hissent à nouveau.

Au port de pêche, les porteurs lancent un mikoshi en l’air en priant pour une pêche fructueuse et une bonne récolte.
Au port de pêche, les porteurs lancent un mikoshi en l’air en priant pour une pêche fructueuse et une bonne récolte.

Le cortège se dirige ensuite vers la plage pour le rite d’immersion. C’est un spectacle extraordinaire que de voir des centaines d’hommes quasi-nus, portant courageusement les mikoshi, former une immense rangée face à la mer. Une fois le signal donné, ils se jettent tous à l’eau, et les mikoshi flottent sur la mer, s’entremêlant et se bousculant, sous les encouragements des spectateurs enthousiasmés.

La cohue de tous ces hommes portant les mikoshi crée des vagues.
La cohue de tous ces hommes portant les mikoshi crée des vagues.

Une fois les mikoshi purifiés dans l’eau de mer, chacun retourne dans son quartier. On les lave soigneusement et puis on les décore avec des lanternes avant de les emmener à la nuit tombée dans une école où a lieu une grande cérémonie des adieux. Les porteurs font le tour de la cour de l’école en hâtant le pas plusieurs fois, hissant les mikoshi bien haut puis se rassemblant pour chanter la chanson des adieux.

Une foule nombreuse accompagne les mikoshi dans leur course folle.
Une foule nombreuse accompagne les mikoshi dans leur course folle.

Au deuxième jour du festival, des manifestations se déroulent dans chaque quartier. Après un dernier défilé des mikoshi dans les rues de la ville, on se rassemble à nouveau à l’école pour une dernière cérémonie des adieux et la promesse de se retrouver l’année suivante.

Les mikoshi illuminés offrent un spectacle éblouissant la nuit.
Les mikoshi illuminés offrent un spectacle éblouissant la nuit.

Le festival Takisanji Oni

(Le samedi le plus proche du 7 du premier mois de l’année lunaire, le 21 février en 2026, à Okazaki, préfecture d’Aichi)

Lors de ce festival, les mauvais esprits chassés à l’occasion de la fête du Setsubun exorcisent eux-mêmes le mal.
Lors de ce festival, les mauvais esprits chassés à l’occasion de la fête du Setsubun exorcisent eux-mêmes le mal.

Le festival Takisanji Oni (oni signifie « démon ») du temple de Takisan-ji, à Okazaki, dans la préfecture d’Aichi, est l’un des nombreux festivals autour du Japon qui se servent du feu pour chasser les mauvais esprits.

Ce temple a des liens très étroits avec Minamoto no Yoritomo, le fondateur du shogunat de Kamakura en 1185. Parmi les trésors du temple se trouvent une statue du bodhisattva Kannon (Avalokitesvara) sculptée par les célèbres Unkei (1150–1223) and Tankei (1173–1256). Celle-ci contiendrait une mèche des cheveux de Yoritomo. On dit aussi que ce festival était à l’origine une offrande à Yoritomo.

Les démons « grand-père » et « grand-mère ». Il est dit qu’Unkei aurait lui-même sculpté les masques.
Les démons « grand-père » et « grand-mère ». Il est dit qu’Unkei aurait lui-même sculpté les masques.

La cérémonie shushô-e où l’on prie pour de bonnes récoltes et la paix dans le pays a lieu le premier jour de l’an selon le calendrier lunaire. Le septième jour, des démons messagers du Bouddha font leur apparition, portant des gâteaux de riz kagami mochi pour montrer que les prières votives kechigan ont été prises en compte.

Les trois personnes qui portent les masques passent les sept jours du festival à vivre isolés au temple. Durant cette période, ils ne mangent pas de viande et font des ablutions pour se purifier. De nos jours, seuls trois masques sont utilisés ; le grand-père, la grand-mère, et le petit-enfant ; mais dans le passé il existait aussi les masques du père et de la mère. La légende dit que les porteurs de ces deux masques moururent dans de terrible souffrances, ne pouvant plus enlever leurs masques car ayant manqué de se purifier correctement. La mise en garde s’avère terrible.

Manipuler le fauchard naginata chasse les mauvais esprits invisibles.
Manipuler le fauchard naginata chasse les mauvais esprits invisibles.

Dans la soirée du dernier jour a lieu la danse de purification au naginata devant le bâtiment principal du temple. Ensuite, on allume une trentaine d’immenses torches, ce qui transforme les alentours du pavillon principal en une mer de feu.

Les torches immenses mesurent plus de deux mètres de long.
Les torches immenses mesurent plus de deux mètres de long.

Les trois démons apparaissent dans les flammes pour exorciser les mauvais esprits du pavillon principal. Le petit-enfant, joué par un élève de primaire, monte sur la rambarde et interprète son rôle avec brio. Pendant toute la durée de l’apparition des démons, le spectacle prend une allure surréaliste et époustouflante.

Le petit enfant démon portant le kagami mochi (gâteaux de riz) qui promet le bonheur pendant l’année à venir.
Le petit enfant démon portant le kagami mochi (gâteaux de riz) qui promet le bonheur pendant l’année à venir.

(Les dates données sont celles où les festivals ont habituellement lieu. Toutes les photos : © Haga Library)

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