Le b.a.-ba du Japon

« Kagami mochi » : un mets traditionnel à exposer puis à déguster autour du Nouvel An

Gastronomie Tradition

Les gâteaux de riz empilés qu’on appelle kagami mochi sont un incontournable du Nouvel An japonais. Mais quelle est la signification de chacun des éléments qui composent cette décoration traditionnelle ?

Deux gâteaux de riz (kagami mochi) posés l’un sur l’autre, voilà une décoration typique du Nouvel An au Japon. À chaque partie sa signification, chacune porte porte-bonheur à sa façon. Vous saurez tout en lisant cet article.

Les kagami mochi du Nouvel An

(© Pixta)
(© Pixta)

Kagami mochi

Ces mochi ronds sont en forme de miroir (kagami) car c’est l’un des trois regalia de la tradition shintô. Empilés l’un sur l’autre, ils symbolisent aussi le yin (la lune) et le yang (le soleil). Cette décoration était à l’origine une offrande aux dieux du Nouvel An (toshi-gami).

Daidai

De nos jours beaucoup de Japonais utilisent des mandarines, faciles à trouver dans le commerce, mais autrefois il était coutume de mettre sur les mochi une petite orange amère appelée daidai. En effet, par homonymie daidai peut signifier « génération après génération » donc avoir une portée bénéfique et manifester un souhait de prospérité pour les générations futures.

Comme son écorce est épaisse et qu’il contient beaucoup de pépins, plutôt que de le manger on utilise son zeste ou son jus acide et rafraîchissant dans les ponzu et autres condiments.

Ura-jiro

Ce type de fougère à feuilles persistantes de type shida fait des feuilles qu’on appelle en japonais ura-jiro, ce qui signifie littéralement « dessous blanc ». En effet, si le dessus est vert foncé, le dessous est de couleur blanche. Cette plante très vivace symbolise l’harmonie conjugale et la fertilité car elle colonise facilement les sous-bois et ses frondes poussent par paires.

Fougères ura-jiro (Pixta)
Fougères ura-jiro (Pixta)

Yuzuri-ha

Cette plante, parfois appelée « faux daphné », produit ses nouvelles feuilles avant que les anciennes ne tombent, elle augure d’une belle descendance et de la perpétuation de la lignée.

Shide

Ces bandes de papier pliées en zigzag sont censées éloigner les mauvais esprits et purifier l’espace.

Shihô-beni

Cette feuille carrée en papier washi qui est blanche avec un liseret rouge, est comme une offrande au ciel, à la terre ainsi qu’aux quatre points cardinaux. On dit qu’elle éloigne le malheur et veille à ce que la prospérité soit avec les personnes du foyer tout au long de l’année.

Quand exposer et manger son kagami mochi

Choisir le bon moment

De nos jours, beaucoup de Japonais achètent leur kagami mochi au supermarché ou au rayon alimentation au sous-sol des grands magasins (depa-chika). Mais autrefois, il était coutume de préparer soi-même ses gâteaux de riz quand venait la fin de l’année. En japonais, le chiffre neuf qui se dit ku, est homophone du mot « souffrance ». On évitait donc de faire ses mochi les 9, 19 ou 29 décembre, on appelait d’ailleurs « kunchi-mochi » (littéralement « mochi du jour en 9 ») ces gâteaux de riz qui étaient donc mal vus car de mauvaise augure. Dans le prolongement de cette superstition, de nombreux Japonais évitent aujourd’hui de préparer ou mettre chez eux leur kagami-mochi le 29 décembre, même si pour certains au contraire le chiffre 29 porte « bonheur » (fuku) car il peut se lire fuku (2-fu, 9-ku).

On dit aussi que le 31 décembre est à éviter car il vaut mieux ne pas agir dans la précipitation et installer son kagami mochi ainsi que sa corde sacrée en paille de riz tressé (shimenawa) la veille de l’arrivée des dieux du Nouvel An dans les maisons.

Les Japonais installent leur kagami mochi après le 13 décembre en évitant les jours néfastes. Beaucoup de foyers préfèrent attendre que Noel soit passé et, puisque le 8 est de bonne augure, ils sont finalement nombreux à choisir la date du 28 décembre.

Kagami mochi tout sec et craquelé (Pixta)
Kagami mochi tout sec et craquelé (Pixta)

Kagami-biraki (le 11 janvier)

Les mochi offerts aux dieux auraient la capacité d’absorber leur puissance divine. Ainsi les Japonais mangent les kagami mochi après les fêtes en signe de gratitude, pour bénéficier de cette puissance et se garantir une bonne santé. Cette coutume s’appelle kagami-biraki (ouverture du miroir) car on brise les gâteaux de riz pour pouvoir les consommer. Comme les termes de « briser » (waru) et « couper » (kiru), sont associés à la mort dans la tradition des guerriers on leur préfère le verbe « ouvrir » (hiraku). Les mochi ayant durci, on les concasse à l’aide d’un petit maillet pour en faire des morceaux de la taille d’une bouchée. On les mange ensuite, soit bouillis avec une soupe zôni, soit frits en age-mochi.

Age-mochi frits « maison » (Pixta)
Age-mochi frits « maison » (Pixta)

(Photo de titre : PhotoAC)

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