Le J-Village, départ de la flamme olympique : un retour au football après la gestion du tsunami

Sport Tokyo 2020

Prélude aux Jeux olympiques de 2020 à Tokyo, le relais de la flamme olympique à travers le Japon débutera le 26 mars au J-Village, situé sur les communes de Naraha et Hirono dans la préfecture de Fukushima. Ce centre d’entraînement dédié au football, devenu le centre névralgique de la réponse à l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, renaît une nouvelle fois pour se consacrer à la formation des athlètes de demain.

Note : suite à la décision du 24 mars de report des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo, le relais de la flamme olympique dont le départ était prévu au J-Village le 26 mars a été annulé. Les dates ultérieures d’organisation de l’événement sont en cours d'étude.

Le point de départ de la flamme olympique

Les Jeux olympiques et paralympiques de 2020, en même temps qu’ils donneront un coup de pouce à la reconstruction des zones dévastées par la catastrophe du 11 mars 2011, seront l’occasion de montrer au monde entier les progrès déjà effectués. L’un des symboles de ces « Jeux de la reconstruction », choisi comme point de départ du relais de la flamme olympique, est le J-Village, le centre national d’entraînement sportif situé dans la préfecture de Fukushima.

Les bâtiments du J-Village vus du terrain en gazon naturel ; au milieu, le centre d’entraînement ; le bâtiment gris au fond à droite est l’« annexe », un hôtel construit après la catastrophe
Les bâtiments du J-Village vus du terrain en gazon naturel ; au milieu, le centre d’entraînement ; le bâtiment gris au fond à droite est l’« annexe », un hôtel construit après la catastrophe.

Pendant le reportage, l’équipe nationale féminine de football Nadeshiko Japan s’entraînait sur le terrain en gazon naturel
Pendant le reportage, une équipe féminine professionnelle s’entraînait sur le terrain en gazon naturel.

Le J-Village, le centre d’entraînement des formations nationales de football, s’est trouvé au cœur du dispositif de réponse à l’accident nucléaire survenu dans le sillage du séisme et du tsunami qui ont frappé le nord-est du Japon le 11 mars 2011. Le centre a rouvert ses portes en avril 2019, après une rénovation complète. (Voir notre article : Reportage à la centrale nucléaire de Fukushima : neuf ans plus tard, rien n’est résolu)

Le relais de la flamme olympique doit partir le 26 mars à 10 heures du J-Village pour un périple de trois jours à travers la préfecture de Fukushima qui a payé un lourd tribut au désastre, y compris en termes d’image. Ensuite, la torche sillonnera le pays entier avant d’arriver le 24 juillet au stade national à Tokyo pour embraser la vasque olympique et marquer ainsi l’ouverture des Jeux olympiques.

Dans la salle panoramique du centre, des panneaux montrent l’évolution du J-Village, de son ouverture à la reconstruction, en passant par la catastrophe
Dans la salle panoramique du centre, des panneaux montrent l’évolution du J-Village, de son ouverture à la reconstruction, en passant par la catastrophe.

Le sanctuaire du foot, dans la salle panoramique ; les ex-voto expriment le souhait de nombreux jeunes sportifs de devenir professionnels
Le sanctuaire du foot, dans la salle panoramique ; les ex-voto expriment le souhait de nombreux jeunes sportifs de devenir professionnels.

Du ballon rond à la gestion de crise

Le J-Village, le premier centre national d’entraînement au football du Japon créé en 1997, est situé à cheval sur les communes de Naraha et Hirono, dans la région littorale de Hama-dôri dans la préfecture de Fukushima. Il y fait doux pour une région du nord-est et les chutes de neige sont faibles, ce qui en fait un lieu idéal pour le sport. La compagnie d’électricité de Tokyo, Tepco, qui exploite plusieurs centrales électriques sur le littoral de Hama-dôri, a pris en charge la construction de ce centre dans le cadre de sa contribution au développement régional, avant de faire don du J-Village à la préfecture de Fukushima.

Avant la catastrophe, c’est là que s’entraînaient de nombreuses équipes de football, allant des formations nationales masculines et féminines, respectivement les Samurai Blue et les Nadeshiko Japan, jusqu’à certaines équipes nationales étrangères ou les clubs de la J-League. C’est aussi là qu’étaient organisés de nombreux matches comme le championnat des espoirs, celui des sélections nationales U-15 et U-18 ou celui de la sélection nationale féminine U-15. Lieu incontournable pour les jeunes footballeuses et footballeurs espérant faire carrière, le J-Village accueillait chaque année environ 500 000 personnes. En 2011, il avait ouvert ses portes à 6,8 millions d’utilisateurs depuis sa création.

Entraînement de l’équipe nationale japonaise au J-Village avant le match de la Coupe du monde 2006 en Allemagne ; le capitaine Miyamoto Tsuneyasu (à gauche) et Tanaka Hidetoshi (mai 2006, Jiji)
Entraînement de l’équipe nationale japonaise au J-Village avant le match de la Coupe du monde 2006 en Allemagne ; le capitaine Miyamoto Tsuneyasu (à gauche) et Nakata Hidetoshi (mai 2006, Jiji).

Le J-Village, situé à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer, n’a pas été atteint par le tsunami, mais il a connu d’importants bouleversements.

Situé à 20 kilomètres à vol d’oiseau au sud de la centrale accidentée de Fukushima Daiichi, le centre était traversé par la ligne de démarcation des zones d’évacuation. Du fait de ses liens anciens avec Tepco, la vaste installation est devenue le centre névralgique de réponse à la crise en cours. C’est là qu’étaient garés les camions de pompier et les engins des Forces d’autodéfense prêts à intervenir d’urgence. Le terrain en gazon naturel a fait office d’héliport, de parking et d’entrepôt où se sont accumulés les combinaisons usagées et autres objets contaminés, et des préfabriqués ont été construits dans le stade.

Les préfabriqués destinés à loger les employés de Tepco s’alignent dans le stade (septembre 2011, Jiji)
Les préfabriqués destinés à loger les employés de Tepco s’alignent dans le stade (septembre 2011, Jiji).

Une fois la situation stabilisée dans l’enceinte de la centrale nucléaire, le J-Village est devenu une base intermédiaire pour le démantèlement. C’est là que les ouvriers logés dans les hôtels des villes environnantes commençaient leur journée de travail : ils arrivaient en voiture puis, une fois leur combinaison de protection enfilée, des bus les emmenaient à la centrale. Le 1er janvier 2013, Tepco a ouvert son siège pour la reconstruction à Fukushima, qui gère les dédommagements, la décontamination et la reconstruction.

La remise en état du J-Village, et notamment du terrain en gazon naturel, paraissait délicate, mais l’attribution en septembre 2013 des Jeux olympiques de 2020 à Tokyo a donné un coup de pouce au projet. Il a été décidé de rouvrir le centre en avril 2019 pour qu’il puisse accueillir les entraînements.

Les ouvriers s’équipent de combinaisons de protection, dans le lobby de l’hôtel du J-Village (octobre 2011, Tepco, Jiji)
Les ouvriers s’équipent de combinaisons de protection, dans le lobby de l’hôtel du J-Village (octobre 2011, Tepco, Jiji).

Le lobby de l’hôtel aujourd’hui, revenu à sa fonction première
Le lobby de l’hôtel aujourd’hui, revenu à sa fonction première

Le J-Village, un lieu encore plus attrayant

Après une réouverture partielle en juillet 2018, le J-Village a entièrement rouvert ses portes le 20 avril 2019, comme prévu.

M. Takana, en charge de la communication du J-Village
Takana Yûsuke, en charge de la communication du J-Village

« L’équipe nationale argentine de football, l’une des favorites pour la Coupe du monde de 2002 organisée conjointement par le Japon et la Corée du Sud, s’était entraînée au J-Village. C’est en partie pour cette raison qu’avant la Coupe du monde de rugby à l’automne 2019, la formation argentine est elle aussi venue s’entraîner ici. Avoir réussi à rouvrir à temps pour les accueillir nous a permis de réaliser le chemin parcouru », explique Takana Yûsuke, le responsable des opérations de J-Village Inc.

Le nouveau J-Village s’étend sur 49 hectares (soit dix fois le Tokyo Dome) et dispose de huit terrains en gazon naturel et trois en pelouse artificielle, ainsi que d’un stade pouvant accueillir 5 000 supporters. Les bâtiments sont équipés d’une salle de gym, d’un gymnase et d’une piscine, entre autres. La réouverture s’est accompagnée de l’inauguration de nouveaux équipements : un terrain d’entraînement couvert, un nouvel hôtel et une gare.

Les terrains vus de la salle panoramique du centre d’entraînement ; à droite, trois terrains en gazon naturel, un terrain synthétique entouré d’une piste d’athlétisme ; au fond à gauche, le terrain d’entraînement couvert et derrière, l’océan Pacifique.
Les terrains vus de la salle panoramique du centre d’entraînement ; à droite, trois terrains en gazon naturel, un terrain synthétique entouré d’une piste d’athlétisme ; au fond à gauche, le terrain d’entraînement couvert et derrière, s’étend l’océan Pacifique.

Le terrain d’entraînement couvert est constitué d’un terrain en pelouse synthétique équipé d’un dôme qui isole des intempéries et du soleil. « Avec une hauteur maximale de 22 mètres, même les ballons de rugby les plus hauts passent », assure M. Takana. Le coût de 2,2 milliards de yens a été financé aux deux tiers par le loto sportif Toto, et le reste par des dons venus de tout le Japon.

Il existait déjà un demi-terrain couvert où jouer par temps pluvieux, mais ce nouveau terrain permet de s’entraîner pleinement en toute saison, par n’importe quel temps et sans être gêné par le vent.

Intérieur du terrain couvert, lumineux même sans éclairage ; la hauteur sous le dôme est adaptée au rugby.
Intérieur du terrain couvert, lumineux même sans éclairage ; la hauteur sous le dôme est adaptée au rugby.

Le J-Village est aussi ouvert aux hommes d’affaires, avec des chambres supplémentaires dans un nouveau bâtiment baptisé l’Annexe. En tout, 200 chambres sont désormais disponibles et le J-Village Hall, au rez-de-chaussée, accueille événements et séminaires.

La gare J-Village sur la ligne Jôban, provisoirement ouverte en 2018, est devenue une gare à part entière avec la réouverture de la ligne complète le 14 mars 2020. Elle constituera un gage d’accessibilité aux divers événements dans la région de Hama-dôri.

La gare J-Village, où la torche olympique passera des mains du premier porteur à celles du deuxième, située à 2 minutes à pied des terrains d’entraînement et à 7 minutes de l’hôtel
La gare J-Village, où la torche olympique passera des mains du premier porteur à celles du deuxième, située à 2 minutes à pied des terrains d’entraînement et à 7 minutes de l’hôtel.

Les quais en forme de V et le dénivelé d’une vingtaine de mètres entre la gare et les quais devraient réjouir les fans de ferroviaire
Les quais en forme de V et le dénivelé d’une vingtaine de mètres entre la gare et les quais devraient réjouir les fans de chemins de fer.

Aujourd’hui encore, certaines personnes s’inquiètent du niveau des radiations dans la région. D’après le J-Village, les mesures s’établissent à 0,111 microsieverts par heure à l’entrée de l’hôtel, contre 0,079 à Shinjuku (Tokyo) ou 0,128 à Yamaguchi (Yamaguchi) avant la catastrophe du 11 mars 2011 d’après les mesures effectuées par le ministère de l’Éducation et des Sciences.

« Au mois d’avril, nous accueillerons deux dates de concert du groupe Momoiro Clover Z, une première pour le J-Village. Nous espérons devenir une référence à Hama-dôri non seulement en matière de sports, mais aussi dans le monde de la culture et des affaires », explique M. Takana.

Le relais de la torche olympique démarrera du terrain n° 9, situé devant le terrain couvert. La première à porter la flamme sera une joueuse de l’équipe Nadeshiko Japan, la formation nationale qui s’est entraînée de multiples fois au J-Village et qui, juste après la catastrophe de 2011, a redonné espoir au Japon en remportant la Coupe du monde de football féminin en Allemagne. Le 26 mars, c’est ici que le monde entier découvrira le nouveau J-Village et le nouveau Fukushima.

Le terrain n° 9, d’où partira la torche olympique, et le terrain couvert au fond.
Le terrain n° 9, d’où partira la torche olympique, et le terrain couvert au fond.

Le centre d’entraînement sportif J-Village

(Reportage et texte de Nippon.com. Photos : Nippon.com, sauf mention contraire)

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