Hommage à William Eugene Smith, le photographe qui a révélé au monde la tragédie de Minamata

Société Santé Environnement

Le photojournaliste américain William Eugene Smith est mort il y a 41 ans, le 15 octobre 1978, à l’âge de 59 ans. Au début des années 1970, il a joué un rôle capital dans la lutte contre la pollution industrielle en révélant au monde la tragédie de Minamata, une petite ville du littoral de la préfecture de Kumamoto, au sud-ouest du Japon. Le réalisateur américain Andrew Levitas lui a consacré un film intitulé Minamata (sortie prévue en 2020) où il est incarné par Johnny Depp. Dans les lignes qui suivent, nous rendons hommage à ce personnage hors norme avec l’aide du photographe japonais Ishikawa Takeshi qui a été son assistant de 1971 à 1974, pendant les trois années où il résidé à Minamata.

La « maladie de Minamata » fait partie des quatre grandes catastrophes sanitaires dues à une contamination de l’environnement par le cadmium, le méthylmercure ou le dioxyde de soufre qui, dans les années 1960-1970, ont mis un coup d’arrêt à la pollution industrielle jusque-là effrénée de l’Archipel. Et c’est la publication par le prestigieux hebdomadaire américain Life de 11 photographies prises à Minamata par W. Eugene Smith (1918-1978) qui a alerté le monde sur les ravages épouvantables du mercure. 

Un photojournaliste on ne peut plus engagé

William Eugene Smith est né le 30 décembre 1918 à Wichita, dans l’état du Kansas. Il s’est d’abord fait connaître pendant la Seconde Guerre mondiale en tant que photographe correspondant de guerre. Il a accompagné les marines américains d’île en île à travers l’océan Pacifique, durant l’offensive contre le Japon. Il a photographié aussi bien les troupes américaines que les prisonniers de guerre japonais et la population locale de Saipan, Guam, Iwo-jima et Okinawa, ce qui lui a valu d’être souvent censuré. En 1945, il a été très gravement blessé par un éclat d’obus pendant qu’il photographiait la bataille d’Okinawa. Rapatrié aux États-Unis, il a subi une trentaine d’opérations, et a été soumis à des soins intensifs et une rééducation qui a duré plus de deux ans.

William Eugene Smith lors d’une réunion de victimes de la maladie de Minamata (Photo prise en 1972)
William Eugene Smith (Photo prise en 1972)

De la fin des années 1940 à 1954, W. Eugene Smith a travaillé à plein temps pour l’hebdomadaire Life qui tirait à 7 millions d’exemplaires au moment de son apogée. Durant cette période, il a réalisé une série de reportages extraordinaires. En particulier Spanish Village (Un village espagnol) consacré à l’agglomération de Deleitosa, dans la province très pauvre d’Estrémadure ; Country Doctor (Un médecin de campagne) qui décrit la vie d’un médecin du Colorado ; et A Man of Mercy (Un homme plein d’humanité) où il présente le docteur, pasteur et philosophe Albert Schweitzer installé au Gabon, dans le village de Lambaréné et prix Nobel de la paix en 1952. De 1955 à 1958, W. Eugene Smith a travaillé pour Magnum Photos. Entre 1957 et 1965, il s’est beaucoup intéressé au jazz et il a fait une quantité considérable de photographies et d’enregistrements sur ce thème.

Quand il a entendu parler de la contamination par le mercure de Minamata, William Eugene Smith avait déjà franchi le cap de la cinquantaine.  En 1971, il est allé s’installer dans cette petite ville côtière de l’île de Kyûshû, au sud-ouest du Japon, en compagnie de son épouse américaine d’origine japonaise Aileen Mioko Smith, elle aussi photographe. Il a passé trois années sur place avec la ferme intention de révéler au grand jour le scandale qui s’y déroulait. Le 2 juin 1972, le magazine Life a publié un reportage intitulé Death-Flow from a Pipe (Les rejets mortels d’une canalisation) qui montrait ouvertement à ses innombrables lecteurs américains et du reste du monde la situation désespérée des victimes de la catastrophe écologique de Minamata. Et en 1975, le livre du couple Smith intitulé Minamata, Words and Photographs (Minamata, des mots et des photographies) a eu un succès encore plus retentissant. D’autant que W. Eugene Smith venait d’obtenir le prix Robert Capa (1974) pour ce même ouvrage. 

À gauche : une partie des 11 photos de William Eugene Smith publiées en juin 1972 par l’hebdomadaire américain Life. Avec un titre particulièrement éloquent : « Les rejets mortels d’une canalisation ». À droite : la couverture de Minamata, Words and Photographs (Minamata, des mots et des photographies), de William Eugene Smith et Aileen Mioko Smith, prix Robert Capa 1974, publié en 1975 par Holt Rinehart and Winston.
À gauche : une partie des 11 photos de William Eugene Smith publiées en juin 1972 par l’hebdomadaire américain Life. Avec un titre particulièrement éloquent : « Les rejets mortels d’une canalisation ». À droite : la couverture de Minamata, Words and Photographs (Minamata, des mots et des photographies), de William Eugene Smith et Aileen Mioko Smith, prix Robert Capa 1974, publié en 1975 par Holt Rinehart and Winston.

Minamata, emblème  tragique de la pollution industrielle au XXe siècle

De 1932 à 1966, l’usine pétrochimique de Shin Nihon Chisso Hiryô (ci-après Chisso) a déversé directement dans la baie de Minamata des déchets industriels non traités contenant des métaux lourds, et en particulier du méthylmercure, un catalyseur qui a la caractéristique de s’accumuler facilement dans la chair des poissons et des crustacés. La population locale, en particulier les pêcheurs, qui consommait une grande quantité de produits de la mer a de ce fait été victime d’une très grave intoxication au mercure. Celle-ci s’est manifestée principalement sous la forme de pathologies neurologiques. Troubles de la sensibilité, altération de la parole, perte de la coordination des membres, paralysie, convulsions, tremblements, altération de la vue et de l’ouïe… La plupart de ces affections se sont avérées irréversibles et elles ont bien souvent provoqué la mort de leurs victimes. Une des conséquences les plus tragiques de la pollution au mercure de Minamata a été la contamination in utero, dans le ventre des femmes enceintes, où le méthylmercure après avoir traversé le placenta, s’est accumulé dans les fœtus et a provoqué des malformations congénitales.

Le premier cas de « maladie de Minamata » a été diagnostiqué en 1956. Et en 1959, il a été attribué à une intoxication par le mercure. Des membres de l’équipe scientifique de la firme Chisso ont par ailleurs confirmé la relation entre les rejets de l’usine de Minamata et les symptômes neurologiques observés dans la population locale. Mais l’usine pétrochimique a préféré étouffer l’affaire, nier toute responsabilité et continuer, comme si de rien n’était, de déverser des effluents toxiques dans la mer. Outre les souffrances physiques qu’on leur a infligées, les victimes de la maladie de Minamata ont ainsi été sacrifiées sur l’autel de la haute croissance économique. Qui plus est, elles ont fait l’objet de critiques et d’intimidations en tous genres pendant des années. En 1968, le gouvernement japonais a toutefois fini par reconnaître la responsabilité de l’usine Chisso. Du coup, la quête des victimes pour obtenir réparation est entrée dans une nouvelle phase.

« La canalisation de la Mort ». Entre 1932 et 1968, l’usine pétrochimique Chisso de Minamata a rejeté directement et sans discontinuer dans la baie de Minamata des effluents hautement toxiques contenant notamment du méthylmercure qui a pollué la chaîne alimentaire des pêcheurs et rendu gravement malades des milliers de personnes. (Photo prise en 1972)
« La canalisation de la Mort ». Entre 1932 et 1968, l’usine pétrochimique Chisso de Minamata a rejeté directement et sans discontinuer dans la baie de Minamata des effluents hautement toxiques contenant notamment du méthylmercure qui a pollué la chaîne alimentaire des pêcheurs et rendu gravement malades des milliers de personnes. (Photo prise en 1972)

Mais à ce jour, à peine 2 200 personnes sur les quelque 17 000 qui se sont manifestées ont été officiellement reconnues comme atteintes de la maladie de Minamata provoquée par les rejets toxiques de la firme Chisso. Ces chiffres ne tiennent bien entendu pas compte de toutes les victimes de la pollution qui en sont mortes avant de pouvoir faire valoir leurs droits ou y ont renoncé pour une raison ou pour une autre.

L’arrivée providentielle de William Eugene Smith à Minamata

William Eugene Smith en train de photographier l’usine pétrochimique Chisso, du haut des collines qui dominent la baie de Minamata. (Photo prise en 1971)
William Eugene Smith en train de photographier l’usine pétrochimique Chisso, du haut des collines qui dominent la baie de Minamata. (Photo prise en 1971)

En septembre 1971, W. Eugene Smith et son épouse Aileen Mioko se sont installés à Minamata où ils ont vécu trois ans. Ils ont été rejoints par le photographe japonais Ishikawa Takeshi qui a travaillé avec eux en tant qu’assistant. Le jeune homme avait rencontré le photojournaliste américain en 1971, par le plus grand des hasards. Il avait tout juste terminé ses études au Tokyo College of Visual Arts (École des arts visuels de Tokyo) et habitait le quartier de Harajuku, dans la capitale japonaise. Lorsqu’un jour, il a aperçu W. Eugene Smith en personne dans la rue. Il n’avait eu aucun mal à le reconnaître du fait que sa photographie figurait dans l’un de ses manuels. Ishikawa Takeshi venait par ailleurs de voir une exposition personnelle intitulée Let Truth Be the Prejudice (Donnons la préférence à la vérité) qui lui était consacrée et l’avait fortement impressionné. Prenant son courage à deux mains, il s’est approché du célébrissime photojournaliste et s’est présenté à lui comme un photographe en herbe. Les deux hommes ont aussitôt engagé la conversation. Ishikawa Takeshi était loin d’imaginer qu’il passerait les trois années suivantes à Minamata en tant qu’assistant de son interlocuteur. « Tout ce qui compte dans ma vie, à commencer par la photographie et le jazz, je l’ai appris de lui », avoue-t-il sans hésiter. Ce « tout » inclut aussi la conception de la photographie de W. Eugene Smith qui entendait se servir du huitième art comme d’une « petite voix », voire d’une arme pour défendre ses idées et changer la société. « La première fois où je l’ai rencontré, dans la rue, je n’avais pas d’autre ambition que de gagner ma vie en prenant des photographies. Mais maintenant, je suis toujours en train de me demander ce que je peux faire [pour l’humanité] en tant que photographe. »

William Eugene Smith et son épouse Aileen dans la  maison  de Minamata que leur avait loué la famille Mizoguchi, elle-même victime de la pollution au mercure provoquée par l’usine pétrochimique Chisso (Photo prise en 1972)
William Eugene Smith et son épouse Aileen dans la  maison  de Minamata que leur avait loué la famille Mizoguchi, elle-même victime de la pollution au mercure provoquée par l’usine pétrochimique Chisso. (Photo prise en 1972)

William Eugene Smith et son épouse Aileen Mioko Smith en train de dîner dans la salle de séjour de leur maison de Minamata. Ils portent l’un et l’autre la veste japonaise ouatée (dotera) utilisée traditionnellement par les Japonais en hiver. (Photo prise en 1972).
William Eugene Smith et son épouse Aileen Mioko Smith en train de dîner dans la salle de séjour de leur maison de Minamata. Ils portent l’un et l’autre la veste japonaise ouatée (dotera) utilisée traditionnellement par les Japonais en hiver. (Photo prise en 1972)

Une disparition prématurée

William Eugene Smith ne s’est jamais complètement remis de ses très graves blessures de la bataille d’Okinawa où un éclat d’obus lui a notamment traversé la joue et la main. Ishikawa Takeshi se rappelle qu’il avait une façon très particulière de s’alimenter. Son régime constitué uniquement d’aliments mous incluait notamment une dizaine de bouteilles de lait de 20 centilitres par jour assorties d’un flacon de whisky Suntory de 64 centilitres. D’après lui, la consommation quotidienne de scotch devait avoir pour effet d’apaiser les douleurs récurrentes du photographe.

En 1972, l’état de santé de W. Eugene Smith s’est encore aggravé après l’agression dont il a été victime de la part d’employés de la firme Chisso. Un jour qu’il accompagnait un groupe de malades de Minamata à un rendez-vous avec des dirigeants de Chisso à Ichihara, dans la préfecture de Chiba, il a été pris à parti par un groupe hostile de travailleurs. Ceux-ci l’ont frappé  avec une telle violence qu’il a été pratiquement assommé et qu’il a failli perdre l’usage de son œil droit. Par la suite, le photojournaliste américain a eu des difficultés à utiliser ses appareils photo en raison de névralgies chroniques consécutives imputables à ce sinistre épisode. Mais cela ne l’a pas empêché de retourner à Minamata et de continuer à travailler sur place jusqu’en novembre 1974, date à laquelle il est rentré aux États-Unis pour terminer son livre intitulé Minamata.

Eugene Smith n’est jamais retourné au Japon. En 1977, ses problèmes de santé ont empiré. Il a commencé à enseigner à l’Université de l’Arizona de Tucson, où il est mort un an plus tard d’un accident vasculaire cérébral, le 15 octobre 1978, à l’âge de 59 ans.

William Eugene Smith dans un restaurant de sushis, en train de boire du whisky contenu dans une tasse à thé japonaise traditionnelle. (Photo prise en 1974)
William Eugene Smith dans un restaurant de sushis, en train de boire du whisky contenu dans une tasse à thé japonaise traditionnelle. (Photo prise en 1974)

Un apprenti qui refait le parcours de son maître

Ishikawa Takeshi est toujours resté en contact avec les victimes de Minamata et leurs familles. Mais il n’a pas publié le travail qu’il avait effectué sur place pendant les trois années qu’il avait passé aux côtés des Smith. Après tout, Minamata était l’apanage du grand William Eugene Smith. Il a donc continué sa carrière de photographe en se focalisant sur d’autres sujets.

En 2008, trente ans après la mort du photojournaliste américain, une commémoration a été organisée en son honneur, à Kyoto. Plus de 150 personnes s’étaient réunies pour l’occasion dont Ishikawa Takeshi. Mais celui-ci a eu la surprise de constater que le nombre de ceux qui l’avaient effectivement rencontré au Japon était très faible. Quatre ou cinq tout au plus. Il a donc eu envie d’évoquer et de faire revivre les liens que W. Eugene Smith avait noués avec Minamata et ses habitants et d’aller voir par lui-même comment la situation avait évolué. Il s’est rendu sur place pour photographier une nouvelle fois cette communauté victime de la pollution par le mercure. « Je me suis lancé dans une quête qui m’a amené à refaire le parcours d’Eugene et à revenir aux racines de mon propre travail », explique Ishikawa Takeshi.

Entretemps, les choses avaient bien changé. Les preuves des crimes de la firme Chisso avaient été soigneusement dissimulées par des travaux de drainage et de construction. Une partie des personnes photographiées par W. Eugene Smith étaient mortes. Mais Minamata a réservé à Ishikawa Takeshi un accueil particulièrement chaleureux qui l’a profondément touché. « Tout le monde se souvenait de moi. J’ai commencé à ressentir le besoin de reprendre les choses là où Eugene les avaient laissées, en tant que témoin des souffrances et des angoisses des victimes de la pollution. » En 2012, il a publié un recueil intitulé Minamata Note (1971-2012) (Notes sur Minamata, 1971-2012) où ses photographies des années 1970 étaient, quand c’était possible, appariées avec des clichés récents des mêmes personnes, pris aux mêmes endroits que trente ans plus tôt.

Minamata au passé et au présent

Une des premières victimes de Minamata qu’Ishikawa Takeshi était impatient de revoir, c’est Tanaka Jitsuko que W. Eugene Smith aimait tout particulièrement. Elle avait été intoxiquée par le mercure et souffrait de graves handicaps depuis sa plus tendre enfance. Le photojournaliste américain avait pris des centaines de photos de cette jeune fille en fleur de 18 ans au sourire radieux qui ne pouvait ni parler, ni marcher ni éprouver la moindre sensation avec ses mains. Il regrettait amèrement de ne pas avoir réussi à saisir l’expression fugitive de sa détresse intérieure avec son objectif. Ishikawa Takeshi se souvient de l’avoir vu « pleurer comme un enfant » en évoquant la destinée tragique de la petite japonaise. Dans Minamata Note, il a inclus deux photographies qu’il a prises de Tanaka Jitsuko en leur donnant le titre de « Jitsuko avant et maintenant ».

Tanaka Jitsuko à l’âge de 18 ans, en compagnie de sa mère. Elle est en train de regarder la mer à travers les fenêtres de la maison familiale. (Photo prise en 1971)
Tanaka Jitsuko à l’âge de 18 ans, en compagnie de sa mère. Elle est en train de regarder la mer à travers les fenêtres de la maison familiale. (Photo prise en 1971)

Tanaka Jitsuko à l’âge de 47 ans. A l’heure actuelle, elle vit chez sa  sœur ainée et son beau-frère. Elle doit faire l’objet de soins spécialisés 24h/24. Et si elle porte un casque, c’est pour éviter de se blesser la tête en tombant. (Photo prise en 2018)
Tanaka Jitsuko à l’âge de 47 ans. À l’heure actuelle, elle vit chez sa  sœur ainée et son beau-frère. Elle doit faire l’objet de soins spécialisés 24h/24. Et si elle porte un casque, c’est pour éviter de se blesser la tête en tombant. (Photo prise en 2018)

De toutes les victimes de Minamata qui ont été photographiées par W. Eugene Smith, la plus connue est incontestablement Kamimura Tomoko (appelée souvent à tort Uemura Tomoko). Quand Ishikawa Takeshi est retourné sur place, elle avait succombé depuis longtemps à la maladie. Ayant été contaminée par le mercure in utero, elle était née avec plusieurs handicaps majeurs et de graves problèmes neurologiques. La photo de W. Eugene Smith intitulée Tomoko and Mother in the Bath (Tomoko et sa mère au bain) a immortalisé  Tomoko à l’âge de 15 ans et elle a fait le tour du monde. Ishikawa Takeshi n’a pas oublié que la première fois qu’il a entendu le mot japonais takarago (littéralement « enfant-trésor », l’équivalent de « mon trésor » en français) c’est dans la bouche de Kamimura Ryôko, la mère de Tomoko. Elle était persuadée que sa fille avait accumulé la totalité des produits toxiques qu’elle avait ingérés durant sa grossesse, si bien que ni elle-même ni ses six autres enfants n’avaient été empoisonnés par le mercure. Kamimura Tomoko est morte en 1977, à l’âge de 21 ans.

Kamimura Tomoko est née le 13 juin 1956. Elle a été officiellement reconnue comme atteinte par la maladie de Minamata en novembre 1962. Sur la photo ci-dessus, prise en 1973, elle a 17 ans.
Kamimura Tomoko est née le 13 juin 1956. Elle a été officiellement reconnue comme atteinte par la maladie de Minamata en novembre 1962. Sur la photo ci-dessus, prise en 1973, elle a 17 ans.

Sakamoto Shinobu à l’âge de 16 ans. Elle avait 6 ans lorsqu’on a diagnostiqué chez elle la maladie de Minamata en tant que pathologie congénitale. (Photo prise en 1972)
Sakamoto Shinobu à l’âge de 16 ans. Elle avait 6 ans lorsqu’on a diagnostiqué chez elle la maladie de Minamata en tant que pathologie congénitale. (Photo prise en 1972)

Sakamoto Shinobu 37 ans plus tard, devant la digue située en face de sa maison. (Photo prise en 2009)
Sakamoto Shinobu 37 ans plus tard, devant la digue située en face de sa maison. (Photo prise en 2009)

Trois amies d’enfance, lors d’un pique-nique à Yunoko, dans la ville de Minamata. Ces jeunes filles ont toutes été affectées par la pollution au mercure. (De gauche à droite) Kagata Kiyoko, 19 ans, Sakamoto Shinobu, 16 ans et Maeda Emiko, 19 ans. (Photo prise en 1972)
Trois amies d’enfance, lors d’un pique-nique à Yunoko, dans la ville de Minamata. Ces jeunes filles ont toutes été affectées par la pollution au mercure. (De gauche à droite) Kagata Kiyoko, 19 ans, Sakamoto Shinobu, 16 ans et Maeda Emiko, 19 ans. (Photo prise en 1972)

Les trois amies d’enfance victimes de la maladie Minamata, 40 ans plus tard. Sakamoto Shinobu est à gauche. Maeda Emiko (au centre) est morte en 2018 et Kagata Kiyoko (à droite) ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant. (Photo prise en 2012, dans le parc Yunoko de Minamata)
Les trois amies d’enfance victimes de la maladie Minamata, 40 ans plus tard. Sakamoto Shinobu est à gauche. Maeda Emiko (au centre) est morte en 2018 et Kagata Kiyoko (à droite) ne se déplace plus qu’en fauteuil roulant. (Photo prise en 2012, dans le parc Yunoko de Minamata)

Nagai Isamu à l’âge de 14 ans. En partie paralysé depuis l’enfance, il a dû se soumettre à des séances quotidiennes de rééducation particulièrement éprouvantes. Mais les traitements se sont tous avérés sans effet. Passionné de photographie depuis son plus jeune âge, il a bénéficié des encouragements de William Eugen Smith qui lui a donné accès à son laboratoire pour qu’il puisse y développer ses propres photos. (Photo prise en 1973)
Nagai Isamu à l’âge de 14 ans. En partie paralysé depuis l’enfance, il a dû se soumettre à des séances quotidiennes de rééducation particulièrement éprouvantes. Mais les traitements se sont tous avérés sans effet. Passionné de photographie depuis son plus jeune âge, il a bénéficié des encouragements de William Eugen Smith qui lui a donné accès à son laboratoire pour qu’il puisse y développer ses propres photos. (Photo prise en 1973)

Nagai Isamu 17 ans plus tard. En décembre 2010, son état s’est subitement aggravé si bien qu’il est désormais incapable de s’asseoir dans son fauteuil roulant ou d’en sortir sans assistance. (Photo prise en 2011)
Nagai Isamu 17 ans plus tard. En décembre 2010, son état s’est subitement aggravé si bien qu’il est désormais incapable de s’asseoir dans son fauteuil roulant ou d’en sortir sans assistance. (Photo prise en 2011)

Un combat qui commence à porter ses fruits

À l’heure actuelle, le Japon n’a plus de problème de pollution par le mercure. Mais dans les pays en développement, on continue à utiliser ce métal lourd si dangereux notamment pour l’extraction de l’or où il joue un rôle chimique primordial. Avec des risques pour les humains et l’environnement énormes. Le 16 août 2017, la Convention de Minamata visant à protéger la santé humaine et l’environnement contre les effets néfastes du mercure est entrée en vigueur. Ce traité international élaboré par l’Organisation des Nations Unies (ONU) a été signé par 128 pays. Il a pour objectif de réduire les risques posés par la diffusion nocive de mercure et de composés mercuriels et d’éviter que la tragédie de Minamata, la plus grave que le monde ait connu à ce jour, se reproduise. En 2017, Sakamoto Shinobu a participé à la première Conférence des pays signataires de la Convention de Minamata (COP1) qui s’est tenue à Genève du 24 au 29 septembre. À cette occasion, elle a notamment déclaré « L’état de santé des victimes de la pollution au mercure de Minamata, le mien y compris, ne fait qu’empirer d’année en année. Le problème de la contamination par le mercure n’est absolument pas résolu. Unissons nos forces pour mettre un terme définitif à la pollution par le mercure. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que William Eugene Smith serait sans doute fier de voir que les victimes de Minamata ont réussi tant bien que mal à se faire entendre et que la lutte contre la pollution par le mercure pour laquelle il s’est tant démené a fait d’incontestables progrès.

Texte écrit par William Eugen Smith sur le mur de la chambre noire  de la maison qu’il a occupée durant son séjour à Minamata.
Texte écrit par William Eugene Smith sur le mur de la chambre noire  de la maison qu’il a occupée durant son séjour à Minamata.

Ishikawa Takeshi

Né en 1950. Photographe. Diplômé de l’École des arts visuels de Tokyo (Tokyo College of Visual Arts). Photographie les victimes de la maladie de Minamata en tant qu’assistant du photojournaliste William Eugene Smith, de 1971 à 1974. Auteur de divers ouvrages dont Minamata Note 1971-2012 (Notes sur Minamata, 1971-2012, 2012) et Indo no daisan sei Hijura (Les Hijiras, le troisième sexe de l’Inde, 1995).

(Toutes les photos de l’article ont été prises par Ishikawa Takeshi. Photo de titre : William Eugene Smith en 1971, en train de photographier Tanaka Jitsuko, une des victimes de la maladie de Minamata)

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