Les quatre grandes maladies liées à la pollution : le profit passe avant l’humain

Masano Atsuko [Profil]

[06.12.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL |

Il fut un temps où le gouvernement japonais et les collectivités locales ne prenaient aucune mesure pour lutter contre la pollution de l’environnement liée à l’activité économique, même lorsqu’elle engendrait des problèmes de santé publique. Les entreprises aggravaient le problème en dissimulant la vérité alors qu’elles avaient pris conscience du lien de causalité entre leurs déchets et les dommages provoqués. Un demi-siècle après la première reconnaissance officielle d’une « maladie de la pollution », quelles leçons en a tirées le Japon ?

Le gouvernement japonais a tardé à admettre les graves pathologies liées à la pollution

Cinquante ans se sont écoulés depuis la reconnaissance officielle, en mai 1968, de la maladie Itai-itai comme une conséquence de la pollution. Cette pathologie était due à l’absorption de cadmium. En cause, la mine et l’usine d’affinage de Mitsui Mining and Smelting Co, qui, en rejetant ses déchets dans la rivière Jinzu (préfecture de Toyama), a contaminé l’eau et les produits agricoles que consommaient les habitants. Les symptômes étaient un dysfonctionnement rénal et une fragilité osseuse, ainsi que de vives douleurs, comme si le corps tout entier était transpercé d’aiguilles. Le nom de la maladie Itai-itai vient d’ailleurs des cris de souffrance des personnes atteintes : « Itai ! Itai ! » se traduit en français par « J’ai mal ! J’ai mal ! ». Dans les années 30, des dommages sur la pêche dus au cadmium avaient déjà été signalés, mais ce n’est qu’en 1946 qu’un médecin a diagnostiqué cette maladie chez des êtres humains. Le gouvernement n’a toutefois admis le lien de causalité entre cette maladie et la société minière que 22 ans plus tard. Deux mois après cette officialisation, des victimes ont attaqué en justice Mitsui Mining and Smelting Co.

La maladie Itai-itai est désormais reconnue aux côtés de la maladie de Minamata, de la seconde maladie de Minamata, et de l’asthme de Yokkaichi comme une des « quatre grandes maladies liées à la pollution » (yondai kôgaibyô).

La maladie de Minamata était causée par le mercure contenu dans les eaux usées que l’usine de production d’acétaldéhyde de Shin Nihon Chisso Hiryō (ci-après Chisso), située dans la ville de Minamata (préfecture de Kumamoto), rejetait dans la mer depuis 1932. Elle a été reconnue officiellement en 1956. Les êtres humains contractaient cette grave pathologie en consommant du poisson et des coquillages locaux, causant alors une variété de problèmes neurologiques, allant de déficits tactiles dans les membres, de perte de l’audition et de la vision, aux convulsions, à la paralysie et à la mort. Les malades souffraient en outre d’être stigmatisés par la communauté locale.

La même maladie a été identifiée dans la préfecture de Niigata en 1965, à une époque où la recherche sur les causes de la maladie de Minamata et les mesures pour y remédier prenaient du retard. Dans ce second cas, le responsable était l’usine de Shôwa Denkô, implantée dans le village de Kanose, qui produisait de l’acetaldéhyde, comme Chisso, et rejetait ses eaux usées dans la rivière Agano.

Il a fallu néanmoins attendre septembre 1968 pour que le gouvernement japonais reconnaisse officiellement la cause de ces deux épisodes de la maladie de Minamata.

L’asthme de Yokkaichi était quant à lui causé par la pollution atmosphérique générée par un combinat de 13 entreprises de la ville de Yokkaichi (préfecture de Mie), qui a commencé à fonctionner en 1959. L’oxyde de soufre rejeté par les cheminées de ce groupe d’usines a fait naître des affections respiratoires : asthme, bronchite asthmatique, bronchite chronique, ou encore emphysème pulmonaire. Il se trouve que six d’entre elles (Shôwa Yokkaichi Sekiyu, une raffinerie de pétrole, Mitsubishi Yuka, Mitsubishi Monsanto Kasei, Mitsubishi Chemical Industries, Ishihara Sangyô, qui fabriquaient tous des produits finis à partir de produits secondaires du pétrole, ainsi que Chûbu Electric Power, qui produisait de l’électricité dans sa centrale thermique) ont été poursuivies en justice, et leurs activités illégales conjointes ont été condamnées en 1972.

  • [06.12.2018]

Journaliste, spécialiste des questions liées à l’énergie nucléaire et aux travaux publics, notamment les aménagements fluviaux. Docteur en ingénierie de l’Université technologique de Tokyo, elle est l’auteur de nombreux ouvrages dont Suishigen kaihatsu sokushin-hô rippô to kôkyôjigyô (« La législation sur la promotion du développement des ressources aquatiques », éd. Tsukiji Shokan 2012), Yondai kôgaibyô (« Les quatre grandes maladies liées à la pollution », éd. Chûkô Shinsho, 2013), et Anata no tonari no hôshanô osen gomi (« Les déchets radioactifs contaminés à côté de chez vous », éd. Shûeisha Shinsho, 2017).

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