Dossier spécial Comment restaurer l’intégrité financière du Japon
Que faire pour rétablir la viabilité à moyen et long terme de la sécurité sociale ?

Oguro Kazumasa [Profil]

[16.05.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | العربية | Русский |

Les finances publiques japonaises se trouvent confrontées à une situation très particulière tant sur le plan historique qu’international. Un professeur d’économie nous explique les risques à moyen et long terme qu’encourt l’économie de l’Archipel en ciblant le principal problème : les dépenses de sécurité sociale.

Au Japon, le ratio de la dette au PIB enregistré par l’État (gouvernement central et collectivités locales) a franchi la barre des 200 %, un record historique, au-delà même du niveau atteint pendant l’exercice 1944, à l’approche de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1944, toutefois, on pouvait s’attendre à ce que la situation s’améliore une fois la guerre terminée. Aujourd’hui, elle risque d’empirer, car l’augmentation des dépenses de sécurité sociale due au vieillissement de la population génère une hausse des déficits budgétaires qui grève les finances publiques.

Les carences de l’assiette fiscale et de l’investissement orientées vers la prochaine génération

Structurellement parlant, les finances publiques japonaises s’appuient sur une assiette fiscale réduite, qui limite à 60 % la part des recettes fiscales dans le financement des dépenses du compte général. Dans le budget initial du gouvernement pour l’exercice 2018, les dépenses du compte général atteignent 97 700 milliards de yens, dont 33 700 milliards sont financés par émission d’obligations d’État. Les recettes fiscales (y compris les recettes du timbre fiscal) sont estimées à 59 000 milliards de yens, chiffre qui passe à 64 000 milliards si l’on inclut d’autres revenus de placements.

Les finances publiques du Japon souffrent de graves problèmes structurels liés à la hausse des dépenses de sécurité sociale. Ces dépenses sont générées par le vieillissement de la population et à l’augmentation du coût des obligations d’État due à l’accumulation des dettes publiques. Les dépenses relevant de la sécurité sociale (32 900 milliards de yens), qui représentent 33,7 % du budget du gouvernement central pour l’exercice 2018, constituent le plus gros poste de ce budget. Si l’on ajoute le coût du service des obligations d’État (23,8 %, 23 300 milliards de yens) et celui des subventions fiscales attribuées au niveau local (15,9 %, 15 500 milliards de yens), ces trois postes cumulent plus de 70 % des dépenses publiques.

La part que les investissements orientés vers la prochaine génération, par exemple dans l’enseignement, la science et les travaux publics, occupent dans le budget est donc inférieure à 30 %.

Bien que les journaux et autres médias aient tendance à se focaliser sur la hausse des dépenses de sécurité sociale dans le compte général, celle des prestations de sécurité sociale financées par le gouvernement central et les collectivités locales est beaucoup plus importante. On parle du record historique de 33 000 milliards de yens atteint par la part des dépenses de sécurité sociale dans le budget de l’exercice 2018, mais le montant des prestations de sécurité sociale versées par le gouvernement central et les collectivités locales, y compris par le biais des primes d’assurance, va bientôt dépasser les 120 000 milliards de yens.

Depuis un certain temps, les dépenses liées aux prestations de sécurité sociale sont financées par les revenus provenant des cotisations d’assurance (environ 60 000 milliards de yens), par le trésor public (environ 33 000 milliards de yens) et par les collectivités locales (environ 10 000 milliards de yens). Fondamentalement, les dépenses affectées à la sécurité sociale dans le compte général du gouvernement central correspondent aux dépenses générées par les prestations payées par le trésor public, et ne représentent qu’une partie du paiement des prestations de sécurité sociale.

  • [16.05.2018]

Professeur d’économie à l’Université Hôsei. Né en 1974. Docteur en économie de l’Université Hitotsubashi, où il a effectué l’intégralité de son parcours doctoral. A été chercheur principal à l’Institut de recherche politique du ministère des Finances et professeur associé d’économie à l’Université Hitotsubashi. Auteur de nombreux ouvrages, dont Zaisei kiki no shinsô – zôzei, nenkin, akaji kokusai o tou (Les racines de la crise financière : mettre en question les hausses fiscales, les pensions et les obligations destinées à financer le déficit).

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