Tradition ou sécurité ? Les conditions météo extrêmes relancent les projets de stades couverts au Japon

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Au Japon, les stades en plein air, longtemps la norme, ont cédé du terrain aux stades couverts à partir de la fin des années 1980, avant de regagner en popularité dans les années 2000. Mais depuis quelques années, les canicules et les épisodes de pluies torrentielles ont rebattu les cartes et remis les stades couverts au centre de l’attention.

Incertitude et réchauffement climatique

Le 2 juin 2026, la municipalité de Chiba, l’équipe de baseball des Chiba Lotte Marines et Aeon Mall (l’exploitant du centre commercial situé près du Zozo Marine) ont signé : un nouveau stade de baseball sera construit sur un parking appartenant à la préfecture de Chiba, à un kilomètre au nord du site actuel. L’ouverture est prévue pour 2034.

À la conférence de presse, Tamatsuka Gen’ichi qui est l’administrateur de l’équipe, a souligné la nécessité de construire un stade couvert : « Vu l’impact du réchauffement climatique, nous devons construire un stade couvert pour que le site soit vraiment attrayant. L’accord que nous venons de signer, nous donne un cadre pour entamer les préparatifs concrets. »

Au Japon, le nombre de jours de canicule (35 °C ou plus) a fortement augmenté. À Isesaki, dans la préfecture de Gunma, le 5 août 2025, le thermomètre est même monté à 41,8 °C, la température la plus haute jamais mesurée au Japon. Les pluies torrentielles sont également de plus en plus fréquentes.

Au départ, les responsables de Chiba étaient réticents à l’idée de construire un stade couvert en raison des coûts. La construction du stade à ciel ouvert est estimée à environ 65 milliards de yens (350 millions d’euros), alors qu’une structure couverte dépasserait les 100 milliards de yens (540 millions d’euros). Les autorités craignaient que le montant ne suscite une levée de boucliers. Mais les sondages ont montré que les administrés étaient massivement favorables à un site couvert, les sondés invoquaient la sécurité des joueurs, le confort des spectateurs et la possibilité d’accueillir des événements quelles que soient les conditions météo. Le projet bénéficiait par ailleurs du soutien sans faille de la part de l’équipe de baseball, la municipalité s’est donc réorientée vers un projet de stade couvert. De nombreux habitants souhaitaient un toit rétractable à l’image de celui de l’Es Con Field Hokkaidô, mais les considérations financières ont fait pencher la balance en faveur d’une structure fixe.

Depuis son inauguration en 1990, le stade Zozo Marine a mauvaise presse car il y souffle de fortes rafales de vent et on y sent l’odeur de la baie de Tokyo. Mais pour garantir une utilisation polyvalente et permettre au site d’accueillir des concerts et autres manifestations culturelles, il faut que la structure puisse résister à des conditions météo extrêmes. À Chiba, le stade de loisir sera ouvert 365 jours sur 365. Le centre commercial Aeon Mall, situé à proximité, réfléchit aux opportunités commerciales que le nouveau site pourrait dégager.

Le stade Es Con Field et son toit rétractable sont fonctionnels quelle que soit la météo. (Pixta)
Le stade Es Con Field et son toit rétractable sont fonctionnels quelle que soit la météo. (Pixta)

Tsukiji accueillera une arène couverte de 50 000 places

À Tokyo, un grand stade couvert est également prévu sur le site de l’ancien marché de Tsukiji. Ce terrain de 190 000 m2 appartient à la préfecture de Tokyo, les promoteurs immobiliers envisagent de construire neuf bâtiments, dont une arène polyvalente pouvant accueillir des matchs de baseball, de foot ou des concerts, mais aussi un complexe hôtelier, des bureaux, des logements et des commerces. Ce projet de réaménagement, qui devrait coûter 900 milliards de yens (4,9 milliards d’euros), sera mené par un consortium regroupant Mitsui Fudôsan, Toyota Fudôsan et le groupe Yomiuri Shimbun. Les premiers travaux devraient débuter en 2028 et l’inauguration est prévue pour le début des années 2030.

Visuel du projet de réaménagement du marché de Tsukiji, qui intègre la construction d’un stade couvert. (© Mitsui Fudôsan via Jiji)
Visuel du projet de réaménagement du marché de Tsukiji, qui intègre la construction d’un stade couvert. (© Mitsui Fudôsan via Jiji)

L’annonce de ce projet par un consortium comprenant les propriétaires des Yomiuri Giants a alimenté les spéculations, l’équipe de baseball allait-elle être transférée au nouveau stade de Tsukiji ? Ces rumeurs ont rapidement été démenties par Yamaguchi Toshikazu, directeur du groupe Yomiuri Shimbun et propriétaire de l’équipe qui a déclaré que le projet n’envisageait pas ce type de délocalisation.

Le Tokyo Dome est l’actuel stade des Giants. Inauguré en 1988, il bénéficie d’un emplacement unique au cœur de Tokyo (juste à côté de la gare de Suidôbashi), l’équipe perdrait à déménager. Dès le départ, le stade de Tsukiji a été conçu comme une salle polyvalente couverte et non comme un lieu véritablement dédié au baseball.

Un stade de rugby couvert au centre de Tokyo

À Tokyo, les travaux avancent également dans le quartier de Meiji Jingû Gaien. Sur le site de l’ancien stade secondaire de Jingû, le stade de rugby Chichibunomiya est transformé en arène couverte.

Le stade actuel date de 1947. Après-guerre, le « Tokyo Rugby Stadium » a été construit grâce aux dons et au travail bénévole sur les terres calcinées de l’ancienne école de filles Gakushûin qui servait de parking à l’armée américaine. Rebaptisé en 1953 après le décès du prince Chichibu qui était le président d’honneur de la Fédération japonaise de rugby à XV, le stade est de longue date la mecque du rugby japonais.

Le nouveau stade, dont l’inauguration est prévue en 2030, s’inspire de l’Arena Paris La Défense (rebaptisée Plenitude Arena en 2026) qui est la plus grande salle omnisports d’Europe. Ce sera le premier stade de rugby couvert du Japon. La capacité d’accueil pour les matchs de rugby ne sera plus que de 15 000 places (perte sèche de 10 000 places), mais le site pourra accueillir jusqu’à 25 000 personnes lors de concerts et autres manifestations culturelles.

Visuel du nouveau stade de rugby de Chichibunomiya, rebaptisé SMBC Olive Square. (© Mitsui Fudôsan via PR Times)
Visuel du nouveau stade de rugby de Chichibunomiya, rebaptisé SMBC Olive Square. (© Mitsui Fudôsan via PR Times)

Le rugby se pratique qu’il pleuve ou qu’il neige, l’idée d’un stade couvert doté d’un gazon artificiel a d’abord suscité des réticences. Mais l’idée que le site puisse être utilisé toute l’année quelles que soient les conditions météo, a fini par remporter les suffrages.

Le quartier de Jingû Gaien abritait déjà le nouveau stade de rugby et le Stade national réaménagé pour les Jeux olympiques et paralympiques de 2020, il hébergera donc vers 2033 un nouveau stade de baseball qui sera à ciel ouvert puisqu’il faut rester dans la lignée du site historique du baseball universitaire japonais, mais aussi limiter les coûts et respecter les espaces verts du quartier. Les règles d’urbanisme relatives au coefficient d’occupation des sols empêchent par ailleurs la construction d’un stade couvert. Le quartier accueillera donc un mélange de sites couverts et à ciel ouvert, la future exploitation du site interroge.

La vogue du plein air des années 2000

Dans les années 1990 suite au succès du Tokyo Dome, les stades couverts ont essaimés au Japon. Les villes comme Fukuoka, Osaka, Nagoya, Sapporo et Tokorozawa à Saitama (qui a ajouté un toit au stade existant) ont toutes choisi de faire construire des stades couverts. Mais sous la pression des supporters préférant le plein air, le vent tourne dans les années 2000.

Ainsi depuis 2005 le stade préfectoral de Miyagi à Sendai, largement rénové et agrandi, accueille en plein air l’équipe des Tôhoku Rakuten Golden Eagles. Les Hiroshima Tôyô Carp leur ont emboîté le pas en 2009 avec la construction du Mazda Zoom-Zoom Stadium, un stade situé près de la gare de Hiroshima, avec gazon naturel et terrain asymétrique, comme le veut la Major League de baseball.

Le Mazda Zoom-Zoom Stadium, le stade de baseball à ciel ouvert air d’Hiroshima, est connu pour son vaste terrain asymétrique. (Pixta)
Le Mazda Zoom-Zoom Stadium, le stade de baseball à ciel ouvert air d’Hiroshima, est connu pour son vaste terrain asymétrique. (Pixta)

Avec son vaste terrain ouvert et sa façade classique en briques rouges, l’Oriole Park at Camden Yards (à Baltimore, aux États-Unis) qui est entré en service en 1992 a servi de modèle aux stades de baseball modernes. En revanche, l’Astrodome de Houston, qui était le premier stade couvert au monde, a fermé ses portes en 2005 à cause du vieillissement des structures, un problème récurrent des stades à dôme fixe.

La tradition veut qu’un match de baseball se vive sous le soleil et à l’air libre. Cette image a fortement conditionné la conception des stades japonais. La retransmission de matchs des joueurs japonais évoluant aux États-Unis en Major League a d’ailleurs contribué au succès des stades à ciel ouvert. Mais avec la multiplication des canicules, assister à un match en plein air est de plus en plus pénible. Beaucoup de Japonais préfèrent encore le plein air, mais la sécurité ainsi que le confort des joueurs et des spectateurs ainsi que les aléas météo inquiètent les organisateurs. Les stades couverts reprennent l’avantage.

Tradition vs sécurité, le dilemme de Kôshien

Le championnat national de baseball des lycées se déroule au Hanshin Kôshien, un stade en plein air situé à l’ouest d’Osaka. Sur la base des recommandations du comité consultatif, la Fédération japonaise de baseball des lycées envisage de raccourcir à sept manches la durée des matchs, à compter du 100e championnat de printemps de 2028. Le comité préconise en effet un format plus court pour améliorer le déroulement des matchs et protéger la santé des joueurs et des spectateurs.

Le principal risque sanitaire est la chaleur écrasante qui baigne le championnat d’août. Le vieillissement du stade avait déjà poussé les autorités à envisager la construction dans un quartier voisin d’un stade couvert, mais la tradition a prévalu, l’ancien stade a été rénové entre 2007 et 2010 et on a remis de son lierre emblématique sur la façade.

Le rapport final du comité consultatif a réaffirmé le statut symbolique du stade Kôshien en tant que lieu « sacré » du baseball lycéen. Au Japon, Kôshien et baseball sont intimement liés. Certains préféreraient que le championnat soit transféré dans un stade couvert, mais le rapport a préconisé son maintien à Kôshien pour des raisons historiques et sociales.

Répétition de la cérémonie d’ouverture du championnat national d’été de baseball lycéen au stade Kôshien, où la chaleur extrême est devenue une préoccupation grandissante. (Jiji)
Répétition de la cérémonie d’ouverture du championnat national d’été de baseball lycéen au stade Kôshien, où la chaleur extrême est devenue une préoccupation grandissante. (Jiji)

Le plan de rénovation prévoit de déployer le « parapluie argenté », c’est-à-dire d’étendre le toit couvrant actuellement la tribune principale, jusqu’aux tribunes « Alps ». Mais construire un dôme intégral sera impossible car il n’y a pas assez d’espace pour ériger les piliers nécessaires à la mise en place de l’immense toit à cause de l’autoroute Hanshin qui longe le stade. Instaurer un système à sept manches ne suffira sans doute pas à régler le problème.

Alors tradition ou sécurité ? À l’heure de la multiplication des stades couverts et les arènes en dôme, Kôshien devra sous peu trancher son nœud gordien.

(Photo de titre : le stade Zozo Marine, qui sera bientôt réaménagé en stade couvert. Pixta)

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