Les huit femmes impératrices du Japon et l’actuelle question de la succession

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Selon la Loi de la Maison impériale du Japon, seul un homme peut devenir empereur. Mais historiquement, cela n’a pas toujours été le cas. Huit femmes ont assumé cette fonction dans l’histoire de l’Archipel, dont deux à deux reprises. La crise actuelle de la succession remet également sur la table la question de la possibilité d’une femme sur le trône impérial.

La question d’une femme sur le trône pour assurer la succession

La Loi de la Maison impériale stipule clairement que « le trône impérial du Japon est réservé aux descendants mâles légitimes de la lignée mâle des ancêtres impériaux ».

En 2004, après quatre décennies sans naissance d’enfant de sexe masculin dans la famille impériale, confronté à un sentiment croissant de crise, le Premier ministre de l’époque Koizumi Jun’ichirô a créé un conseil consultatif portant sur la la Maison impériale et les questions de succession. Le rapport du groupe, publié l’année suivante, recommandait de donner la possibilité aux membres féminins de la famille et à leurs descendants matrilinéaires d’accéder elles aussi au trône du chrysanthème. (Dans un système de succesion matrilinéaire, si une femme monte sur le trône, son enfant, qu’elle aura donc eu avec un roturier, pourra lui succéder.)

Cependant, avant que les législateurs ne puissent agir, il fut annoncé en 2006 que la princesse Kiko était enceinte. Elle mit au monde au mois de septembre de cette année-là le prince Hisahito. Les recommandations du groupe furent alors mises de côté, sans compter l’arrivée d’Abe Shinzô au poste de Premier ministre peu de temps après qui, fervent opposant à toute réforme, mettra le projet à l’oubli.

Onze ans plus tard, cependant, le sentiment de crise s’exacerbe à nouveau. Une loi spéciale promulguée en 2017 pour permettre l’abdication de l’empereur Akihito (le père du souverain actuel) prévoyait une résolution supplémentaire appelant le gouvernement à discuter de la manière d’assurer une succession stable à l’avenir. Selon la loi actuelle, seuls trois hommes sont actuellement éligibles en tant que successeur à l’empereur Naruhito : le prince héritier Fumihito (son frère cadet), le prince Hisahito (son neveu), qui est âgé maintenant de 13 ans et le prince Masahito (son oncle), 84 ans.

Selon le système en vigueur, si le prince Hisahito devient empereur et n’a pas de fils, aucun héritier ne peut prétendre au trône. Pour prévenir cette situation, le gouvernement devait entamer des discussions sur la question de la succession après la cérémonie d’investiture du prince héritier Fumihito, qui aurait dû avoir lieu le 19 avril dernier. Cependant, la pandémie de Covid-19 a entraîné un report de l’événement, laissant le sujet de la succession en suspens.

Les huit impératrices japonaises

Cette double exigence pour les empereurs d’être des « descendants mâles légitimes et de la lignée mâle des ancêtres impériaux » n’a pas toujours été de mise. Sur 126 empereurs officiels tous sexes confondus, l’Histoire du Japon a vu huit femmes monter sur le trône dont deux à deux reprises sous des noms impériaux différents. Bien que la liste complète des empereurs comprenne un certain nombre de monarques légendaires, il existe des preuves historiques attestant que ces femmes empereurs ont régné sur l’Archipel. Toutes sont également des descendantes d’empereurs de « lignée mâle des ancêtres impériaux ».

Impératrice Suiko (592–628)

Fille de l’empereur Kinmei, elle accéda au trône après l’assassinat de son prédécesseur, l’empereur Sushun, par un membre du clan Soga. Faute d’un accord immédiat sur le successeur, elle fut choisie, considérée comme apportant une stabilité politique. Sa mère appartenait également au clan Soga. L’époque où elle régna, apogée du bouddhisme, vit la construction du temple Hôryû-ji à Nara. C’est sous son règne également que les premières missions diplomatiques du Japon en Chine virent le jour.

Impératrice Kôgyoku (642–645) / Impératrice Saimei (655–661)

Là encore, la montée d’une femme sur le trône s’explique par l’absence d’accord sur la succession après la mort de son époux, ici l’empereur Jomei. Conformément au souhait du clan Soga, l’arrière-petite-fille de l’empereur Bidatsu monta sur le trône et prit le nom de Kôgyoku. Elle abdiquera après quelques années et cédera le pouvoir à son frère cadet Kôtoku. Cependant, en l’absence de possible successeur, elle montera à nouveau sur le trône, cette fois-ci, sous le nom de Saimei.

Impératrice Jitô (686–697)

Fille de l’empereur Tenji et épouse de l’empereur Tenmu, elle monta sur le trône car son fils, le prince Kusakabe, avait à l’époque un rival de taille pour la succession. Kusakabe mourut peu après. Jitô dut donc revêtir la dignité impériale en tant que régente jusqu’à ce que son petit-fils soit en âge de régner. Il prit alors le nom de Monmu.

Impératrice Genmei (707–715)

Demi-sœur cadette de l’impératrice Jitô et fille de l’empereur Tenji, elle était également l’épouse du prince Kusakabe et la mère de l’empereur Monmu. Elle dut monter sur le trône en tant que régente car son petit-fils (plus tard empereur Shômu) n’était pas encore en âge de régner au moment de la mort de Monmu.

Impératrice Genshô (715–724)

Ce fut la seule femme empereur à succéder à une autre femme empereur. Elle était la fille de l’impératrice Genmei. Son père était le prince Kusakabe, fils de l’empereur Tenmu, si bien qu’elle était également de lignée impériale masculine. Lorsque l’impératrice Genmei abdiqua après neuf ans de règne, elle monta sur le trône en tant que régente car le futur empereur Shômu n’était pas encore en âge d’assumer ses fonctions de monarque.

Impératrice Kôken (749–758) / Shôtoku (764–770)

Fille de l’empereur Shômu, elle devint la première femme à être officiellement désignée comme la première en ligne pressentie pour le trône à la mort prématurée de son fils. Elle monta sur le trône et prit le nom de Kôken. Mais elle abdiquera et ce fut son cousin qui lui succéda, devenant l’empereur Junnin.

Pendant son règne, une lutte de pouvoir devint de plus en plus féroce entre lui et l’ancienne impératrice Kôken, maintenant retirée et soutenue par le moine bouddhiste Dôkyô, lequel devint l’un de ses puissants favoris. Lorsque Fujiwara Nakamaro, partisan de Junnin, tenta de déclencher une rébellion pour reconquérir l’autorité, ce sont les forces de Kôken qui l’emportèrent. Elle détrôna Junnin et devint à nouveau impératrice et régna à nouveau, pendant six années. Elle prit cette fois-ci le nom de Shôtoku.

Impératrice Meishô (1629–1643)

Elle succéda à son père, l’empereur Go-Mizunoo, qui n’avait pas de fils au moment de son abdication suite à un différend entre le shogunat Tokugawa et la cour impériale. Elle monta donc sur le trône en tant que régente. Après la naissance du fils de l’empereur Go-Mizunoo, l’impératrice Meishô renoncera au trône de son propre chef lorsque le garçon fut en âge de devenir empereur. Il prit le nom de Go-Kômyô.

Impératrice Go-Sakuramachi (1762–1770)

Fille de l’empereur Sakuramachi, elle accéda au trône après la mort de l’empereur Momozono. Elle régna en tant que régente car son successeur désigné était encore trop jeune pour devenir empereur. Elle abdiquera ensuite et lorsque ce dernier fut en âge de régner, il monta sur le trône et prit le nom de Go-Momozono.

(Photo de titre : une cérémonie de succession impériale pour l’accession au trône de l’empereur Naruhito le 1er mai 2019, en présence de nombreuses femmes de la famille impériale. Jiji Press).

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