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Plus de 70 % des Ukrainiens en exil veulent rester au Japon à moyen-long terme

Société International

Voici deux ans que l’invasion de l’Ukraine a débuté. Le Japon a depuis accueilli environ 2 500 réfugiés. La Nippon Foundation, qui a contribué à leur offrir une précieuse assistance sur l’Archipel, a mené un sondage auprès d’eux pour connaître leur projet futur. Souhaitent-ils rester au Japon ? Ont-ils ou veulent-ils un travail ? Et de quoi ont-ils besoin le plus ?

Février 2024, deux ans que la Russie de Poutine a envahi l’Ukraine. Le conflit s’est embourbé car, entre autres, l’aide occidentale piétine. Près de 15 millions d’Ukrainiens, principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées ont fui à l’étranger. En deux ans, le Japon a fourni une assistance financière, militaire, alimentaire et humanitaire, et a accueilli environ 2 500 ressortissants sur son territoire.

Dans son enquête menée en novembre-décembre 2023, la Nippon Foundation, qui fournit de l’aide humanitaire aux réfugiés venant au Japon (aide au voyage et soutien financier sur place), a sondé l’opinion de 1 022 Ukrainiens. Ainsi, avec 39 % des personnes interrogées indiquant « vouloir rester au Japon le plus longtemps possible » et 34 % disant « souhaiter rester au Japon un certain temps jusqu’à ce que la situation se calme », plus de 70 % des sondés expriment le désir de rester sur l’Archipel à moyen ou à long terme.

Je souhaite…

Dans ce contexte, le principal obstacle est la barrière de la langue. En juillet 2022, près de 70 % des Ukrainiens interrogés indiquaient arriver à peine à parler ou comprendre ce qui leur était dit. Certes lors de la dernière enquête, ce chiffre est tombé à 31 % mais seulement 26 % des sondés disent aujourd’hui pouvoir « tenir une conversation basique » voire « s’exprimer avec aisance sur un sujet complexe ». Les trois quarts des réfugiés interrogés sont à la peine et n’ont pas le niveau d’un utilisateur élémentaire.

La Nippon Foundation fournit aide et assistance aux personnes déplacées, chaque réfugié touche un montant d’un million de yens par an (6 100 euros) pour faire face aux premiers besoins, mais cette aide est limitée dans le temps et ne saurait dépasser les trois ans. Il leur faut donc trouver un emploi et gagner leur vie s’ils veulent pouvoir rester au-delà de ce terme sur l’Archipel.

Sur les 1 022 répondants, 540 personnes ont trouvé un travail et 482 sont sans emploi. Parmi ces derniers, 56,7 % indiquent être à la recherche d’un travail. En somme, environ 30 % des sondés souhaitent travailler mais ne trouvent pas d’emploi. Signalons que 75 % des réfugiés ayant trouvé un poste sont à temps partiel.

Avez-vous un travail ?

À la question de savoir de quelle aide ils ont le plus besoin (hors allocations et premiers besoins), 44,7 % des sondés disent vouloir bénéficier d’une formation professionnelle ou désirent qu’on leur présente un employeur.

De quoi avez-vous le plus besoin (hors allocations et premiers besoins) ?

Lors de l’interview du 21 février 2024 à la Nippon Foundation, Yulia Boyarchuk (à droite sur la photo de titre) et Olexandra Hodenko (à gauche) ont raconté leur situation et parlé de leur vie de réfugiées.

Julia vit aujourd’hui à Tokyo avec son mari originaire de Donetsk. « Beaucoup trop de braves et beaux jeunes gens ont déjà trouvé la mort. Je veux que cet enfer prenne fin le plus vite possible. », confiait-elle la gorge nouée d’émotion.

« Mon mari est chimiste, je pense qu’il pourrait exercer au Japon mais la barrière de la langue est là. »

Son époux témoigne de cette difficulté : « Je voudrais arriver à mieux parler en japonais, dire ce que je ressens et réussir à exprimer une pensée complexe. Mais voilà, j’ai le niveau d’un enfant. Nous n’aurions nulle part où aller si nous retournions en Ukraine. Je suis son seul soutien. » Le couple s’est fait à l’idée de vivre au Japon.

Oleksandra vit quant à elle à Settsu près d’Osaka, elle a décidé de retourner en Ukraine quand elle a appris l’hospitalisation de sa mère malade, restée au pays. « Je suis triste d’avoir à rentrer, je me suis fait des amis dans ce pays qui me tient tant à cœur. J’aimerais pouvoir trouver un emploi en lien avec le Japon, travailler comme interprète ou traductrice, voire trouver un poste dans une ambassade. »

(Photo de titre : Olexandra [à gauche] et Yulia, toutes deux Ukrainiennes réfugiées au Japon. Avec l’aimable autorisation de la Nippon Foundation)

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