Le b.a.-ba du Japon

« Koinobori », les carpes de mai

Tradition

À l’origine tradition de la classe des samouraïs, la célébration du 5e jour du 5e mois du calendrier lunaire est aujourd’hui célébrée en faisant notamment flotter des banderoles en forme de carpe.

Au Japon, la coutume voulait que le 5e jour du 5e mois du calendrier lunaire (tango no sekku), soit le jour le moins propice avant l’arrivée de l’été, on décorait donc les maisons d’iris (shôbu), une plante médicinale que l’on disait capable d’éloigner les mauvais esprits et on sortait de grandes bannières (nobori) pour invoquer les dieux. Comme en japonais, iris (shôbu) a pour homonyme victoire (shôbu), on a commencé à prier pour que les garçons deviennent grands et forts comme de victorieux samouraïs. D’abord cantonnée aux classes de guerriers, cette pratique s’est démocratisée et popularisée pendant l’époque d’Edo.

On voit de nombreuses bannières dans « Une ville le jour de Tango» (Tango shisei-zu) une illustration tirée du « La capitale de l’Est au fil de l’année » (Tôto Saijiki). Sur l’une d’elles, on distingue à gauche le personnage appelé Shôki, car cette divinité prise au taoïsme chinois était censée chasser les épidémies. Sur la page de droite, on voit bien, un marchand ambulant vend des banderoles koinobori (en bas à gauche), mais ces petites carpes, symbole de succès et de croissance, n’ont pas encore un grand impact visuel.

« Une ville le jour de Tango» (Tango shisei-zu), illustration tirée du « La capitale de l’Est au fil de l’année » (Tôto Saijiki, 1838). (Bibliothèque nationale de la Diète)
« Une ville le jour de Tango» (Tango shisei-zu), illustration tirée du « La capitale de l’Est au fil de l’année » (Tôto Saijiki, 1838). (Bibliothèque nationale de la Diète)

Dans ses « Cent sites célèbres d’Edo » (Edo meisho hyakkei), Andô Hiroshige représente d’énormes koinobori flottant librement au gré du vent. Les carpes semblent s’être répandues et avoir supplanté les bannières au mitan du XIXe siècle, vers la fin du shogunat et le début de l’ère Meiji. Il semblerait qu’à l’époque, on faisait flotter une unique carpe noire.

Sur l’estampe intitulée « Cent sites célèbres d’Edo : Suidô-bashi Surugadai » (Meisho Edo hyakkai Suidôbashi Surugadai, 1857), on distingue des carpes flottant au vent. (Colbase)
Sur l’estampe intitulée « Cent sites célèbres d’Edo : Suidô-bashi Surugadai » (Meisho Edo hyakkai Suidôbashi Surugadai, 1857), on distingue des carpes flottant au vent. (Colbase)

Puis, pendant les ères Meiji (1868-1912) et Taishô (1912-1926), les Japonais ont commencé à faire flotter une paire de carpes : une noire (ma-koi) et une rouge (hi-koi) où, sur l’influence de la culture des guerriers, la carpe noire representait le père et la rouge, ses fils. Même la chanson « Koinobori », créée en 1931, ne mentionne pas encore la mère :

Plus hautes que les toits, Koinobori
La grande carpe noire, pour le père
La petite rouge, pour ses enfants
Flottent gaiement

Des koinobori flottent sur le quartier de Ginza à Tokyo. Photo prise en avril 1965 (Jiji)
Des koinobori flottent sur le quartier de Ginza à Tokyo. Photo prise en avril 1965 (Jiji)

C’est vers les années 1970, avec l’évolution de l’idée de famille et l’essor des campagnes commerciales, que les koinobori ont commencé à être vendus par trois. La carpe rouge représente désormais la mère et les enfants sont symbolisés par de plus petits poissons de couleur bleu.

Koinobori érigé dans un quartier résidentiel. (Pixta)
Koinobori érigé dans un quartier résidentiel. (Pixta)

Avec l’évolution des modes d’habitat, de moins en moins de foyers peuvent maintenant hisser des koinobori « plus haut que les toits ». De nos jours, il est possible d’accrocher à son balcon des modèles plus compacts. Par ailleurs, de plus en plus des sites touristiques comme la tour de Tokyo ou la tour Skytree sont de nos jours décorés pour l’occasion, mais les Japonais ont aussi pris l’habitude d’installer des carpes… au-dessus des rivières.

Carpes flottant sous la tour de Tokyo. (© Pixta)
Carpes flottant sous la tour de Tokyo. (© Pixta)

(Photo de titre : carpes de mai flottant dans les gorge de Kawakami, dans la préfecture de Saga. Pixta)

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