Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] En souvenir de Bashô, par un matin de printemps paresseux

Culture

Dans ce haïku, Jôsô nous donne à voir un lit, par un matin alangui et pluvieux.

春雨やぬけ出た侭の夜着の穴 丈草

Harusame ya / nukedeta mama no / yogi no ana

Pluie de printemps —
Au sortir du lit
Un creux dans les draps.

(Poème écrit par Jôsô en 1695), traduction de Chloé Viatte

Au soir de sa vie, Matsuo Bashô prend comme disciple un jeune homme nommé Jôsô. Ce fils de samouraï, né près du château d’Inuyama, dans l’actuelle préfecture d’Aichi, entre dans les ordres à l’âge de vingt ans, peu de temps avant de devenir un disciple de Bashô. À la mort de son maître, Jôsô qui a alors une trentaine d’années, fonde un ermitage appelé Butsugen’an près de Gichû-ji, le temple où se trouve la tombe de Bashô (dans l’actuelle préfecture de Shiga). Jôsô restera trois ans dans cet ermitage à veiller sur la sépulture.

Le haïku ci-dessus figure dans un recueil que Jôsô a fait parvenir à un ami un an après la mort de Bashô. À celui qui habite à Iga, dans la ville natale de son maître (dans l’actuelle préfecture de Mie), il écrit : « Je voulais me rendre dans la maison qui a vu naître et grandir Bashô-sensei, mais je suis paresseux et de santé fragile. Finalement, je n’y suis pas allé au printemps dernier. »

Le haïku donne à voir une certaine forme de paresse quand, au sortir du lit, le poète remarque que son corps a laissé une empreinte au creux des draps » puis constate un peu surpris qu’une petite ondée de mars s’est mise à tomber.

Le mot de saison (kigo) est « pluie printanière » (harusame). Il faut imaginer de fines gouttes annonçant doucement les beaux jours. La présence discrète de la pluie accentue une certaine idée de langueur et le creux dans les draps est un peu le signe de l’absence et de l’abattement, car il marque peut-être aussi en filigrane la disparition du maître.

(Photo de titre : la tombe de Bashô à Gichû-ji, dans la préfecture de Shiga. Avec l’aimable autorisation de l’Office du tourisme de Biwako Ôtsu.)

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