Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] La pèlerine et les pétales éparpillés par l’ondée

Culture

Avec ce haïku de Yosa Buson, on imagine combien la pluie peut transfigurer une banale pèlerine en la couvrant de pétales de cerisiers.

筏士の蓑やあらしの花衣 蕪村

Ikadashi no / mino ya arashi no / hanagoromo

La pèlerine en paille
du batelier dans l’averse
Se fait habit de fleurs

(Poème écrit par Yosa Buson, vers 1780-83), traduction par Chloé Viatte

Dans ce poème de Yosa Buson, il pleut sur les cerisiers en fleur d’Arashiyama. Ce bien nommé « monts des averses » est proche de la cité de Kyoto. Là, la pèlerine traditionnelle en paille du batelier qui voulait se protéger de la pluie est couverte des pétales que l’ondée a fait tomber. Il porte désormais comme un habit (koromo/goromo) de fleurs (hana), or d’habitude ce sont les belles qui portent un hanagoromo pour aller admirer les cerisiers en fleur. Ce haïku donne à voir un moment rare, un vêtement de pluie rudimentaire s’est transformé en un objet de toute beauté grâce aux pétales portés par l’ondée.

Des troncs d’arbres liés en radeaux descendent la Hozu, qui coule au pied d’Arashiyama. Les pétales portés par le vent depuis les collines où passe la rivière recouvrent à la fois la surface de l’eau et le train de radeaux, nous sommes au printemps, la scène est magnifique. On devine aussi combien le métier de batelier est dangereux, ils travaillent en plein orage. La pluie et le vent sont normalement des indésirables, car ils éparpillent les pétales de cerisier alors que la floraison est si brève, mais le poète va à l’encontre de ce cliché.

Buson semblait très fier de son poème, il pensait que son haïku surpassait le waka que Fujiwara no Kintô avait composée des siècles auparavant : Asa madaki / arashi no yama no / samukereba / chiru momijiba o / kinu hito zo naki (Avant l’aube, / il fait si froid / qu’aux monts Arashiyama/ tous sont vêtus / de feuilles mortes) car lui avait réussi à rendre une une scène similaire en 17 syllabes seulement.

On lui doit un autre haïku audacieux sur un orage à Yoshino, site si couru pour ses cerisiers en fleur : Kumo o nonde / hana o haku naru / Yoshinoyama (Il boit les nuages et / crache des fleurs — / Le mont Yoshino). Buson était indépassable quand il s’agissait de faire des haïkus sur des cerisiers en fleur par temps de pluie.

(Photo de titre © Pixta)

haïku poésie