Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Rendez-vous sur les berges du lac Biwa pour dire adieu au printemps

Culture

Nous sommes au bord du lac Biwa, le plus grand lac du Japon. Le printemps touche à sa fin et le poète Matsuo Bashô lui fait ses adieux.

行春を近江の人とおしみける 芭蕉

Yuku haru o / Ōmi no hito to / oshimikeru

Au printemps qui s’éloigne
je dis, avec les natifs d’Ômi,
un tendre adieu.

(Poème écrit par Bashô en 1690), traduction par Chloé Viatte.

Qui dit Ômi, dit lac Biwa, le plus grand du Japon (aussi appelé mer d’Ômi). Il se trouve au milieu de la province qui correspond à l’actuelle préfecture de Shiga. Dans le recueil intitulé Sarumino, le haïku est accompagné d’une note indiquant que Matsuo Bashô l’aurait composé alors qu’il contemplait le lac. Mais dans une autre version, que l’on peut trouver dans son carnet de poèmes (kaishi), l’incipit précise que le poète était à bord d’une barque quand il a écrit ces vers.

Le disciple de Bashô nommé Mukai Kyorai raconte quant à lui avoir fait remarquer à son maître que la brume sur le lac était parfaite pour rendre la nostalgie du temps qui passe et du printemps en train de s’éloigner. Ce à quoi Bashô lui aurait répondu que, jadis, Ômi était un site aussi important que Kyoto, pour qui voulait apprécier le printemps : il regardait le lac au prisme atemporel des classiques.

Bashô avait certainement à l’esprit le waka de Fujiwara no Yoshitsune tiré du recueil intitulé Shin Kokin Wakashû (XIIIe) qui faisait : Asu yori wa / Shiga no hanazono / mare ni dani / tareka wa towan / haru no furusato (Dès demain / rares seront ceux qui viendront / aux jardins fleuris de Shiga. / Qui pour se soucier de / l’ancien berceau du printemps ?).

Jadis, la capitale du Japon était installée à Shiga, sur la rive occidentale du lac Biwa. Demain, nous dit le poème, avec l’arrivée de l’été, les visiteurs auront déserté les rives du lac et ses jardins fleuris. À Shiga ne régnera plus que désolation. À la tristesse de voir le printemps mourir, se mêle la nostalgie du temps qui passe et du passé révolu. En écho au waka qui clôturait la section « printemps » du Shin Kokin Wakashû, Bashô a choisi lui aussi de finir sur ce haïku.

(Photo de titre : Pixta)

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