Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] Souvenirs de rosiers sauvages

Culture

Quand des rosiers sauvages ravivent les souvenirs d’enfance.

花茨故郷の路に似たるかな 蕪村

Hana ibara / kokyô no michi ni / nitaru kana

Ces roses sauvages
qui me rappellent tant
le chemin de mon village

(Poème écrit par Yosa Buson en 1774), traduction par Chloé Viatte

On chérit tous ces lieux de notre enfance qui continuent de vivre dans nos cœurs. Pour Yosa Buson, la clef des souvenirs est un rosier sauvage. On comprend que les chemins où fleurissent les ibara du poème ressemblent beaucoup à celui où le poète jouait enfant. Au Japon, ces fleurs blanches et parfumées apparaissent au mois de mai et cette senteur attise la nostalgie de Buson.

Le poète est né à Kema, un village situé non loin d’Osaka. Dans une lettre adressée à l’un de ses disciples, Buson écrivait que, dans sa jeunesse, il jouait souvent avec ses amis sur les berges de la Yodo. Des rosiers sauvages fleurissaient sans doute sur les chemins menant à la rivière.

Dans l’incipit de son haïku, Buson parle de monter sur une « colline à l’Est» (tôkô 東皐), or cette expression apparaît dans un poème de Tao Yuanming (365-427), quand l’écrivain chinois raconte qu’il quitte son poste au gouvernement et s’en retourne au pays. Il dit combien il sent monter la joie d’être de retour quand du haut de la petite colline à l’Est, il contemple de loin son village. Peut-être avait-il ses raisons, mais Buson, qui avait quitté Kema quand il était jeune, n’y est jamais retourné et il n’y faisait pas halte pas quand il était amené à voyager entre Kyoto et Osaka.

Même si l’instar de Tao, Yosa Buson empruntait un sentier semblable à celui de ses souvenirs pour aller en haut d’une colline, il ne verrait pas son village. Le haïku donne à entendre un sentiment trouble de nostalgie.

(Photo de titre : Pixta)

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