Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] Le crapaud pensant
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おもふ事だまつて居るか蟇 曲水
Omou koto / damatteiru ka / hikigaeru
Tes pensées,
Monsieur du crapaud
Tu préfères les taire ?(Poème écrit par Kyokusui en 1690), traduction par Chloé Viatte
Les crapauds japonais (hikigaeru) sont de couleur sombre et portent des sortes de pustules sur le dos. À l’âge adulte, ils mesurent souvent une dizaine de centimètres, vivent dans les herbes ou sous le plancher des maisons et se déplacent à quatre pattes plutôt qu’ils ne sautent. Moins grands que les femelles, les mâles croassent sans bruit.
Dans les haïkus, les grenouilles (kawazu) sont traditionnellement associées au printemps dont elles sont un mot de saison (kigo). Mais ici, il est question de crapaud et Kyokusui nous parle de l’été. Or les crapauds font penser à ces êtres fantastiques du folklore japonais que sont les yôkai. Citons notamment, le personnage de Jiraiya que l’on retrouve en kabuki et dans le manga Naruto, qui utilise la magie apprise des crapauds. Grâce à ses caractéristiques étranges, on retrouve souvent l’animal en haïku.
Le poème peut se lire comme une adresse au crapaud, puisque le poète lui demande s’il cherche à garder le silence sur ce qu’il pense. Mais on peut y voir une allusion à un moine bouddhiste, plutôt qu’à un yôkai. En effet, pendant leur ascèse les moines font généralement des séances de méditation silencieuse et ils finissent, dans l’œil du poète, par ressembler à des crapauds.
Kyokusui était un disciple de confiance de Matsuo Bashô. Ce samouraï de haut rang mourut en 1717, il avait une cinquantaine d’années quand il se fit seppuku après avoir tué un de ses ennemis. Certains commentateurs ont essayé de relier sa mort et le haïku du crapaud, mais l’argument est peu convaincant vu l’écart entre les dates.
(Photo de titre : Pixta)