Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] L’écume du crabe

Culture

Avec ce haïku, Buson nous parle du cours de la vie et d’un cours d’eau à l’aube d’un jour d’été.

みじか夜や芦間流るゝ蟹の泡 蕪村

Mijikayo ya / ashima nagaruru / kani no awa

Que les nuits sont brèves.
Entre les roseaux dérive
l’écume d’un crabe

(Poème écrit par Buson vers 1771), traduction par Chloé Viatte

Vers l’équinoxe d’été, les nuits raccourcissent et l’aube semble arriver plus vite (mijikayo). Dans ce haïku, Yosa Buson semble nous dire : « Le jour se lève déjà, à l’été naissant, la blanche écume du crabe dérive entre les roseaux du ruisseau. »

Le haïku rappelle le début des « Notes de ma cabane de moine » (Hôjôki), un classique écrit par Kamo no Chômei (1155-1216), où l’éphémère abonde : « La rivière coule sans trêve, mais jamais son eau n’est pareille. L’écume qui flotte en surface, mousse, cède, se reforme et change constamment. » Mais dans le haïku de Buson, l’écume est celle d’un crabe, la scène est vivace plutôt qu’évanescente.

Le haïku s’inspire également d’un poème de l’anthologie intitulée « De cent poètes un poème » (Hyakunin isshu) écrit par Dame Ise : Naniwa gata / mijikaki ashi no / fushi no ma mo / awade kono yo o / sugu shite yo to ya (En baie de Naniwa / la pousse des roseaux / est si rapide entre deux noeuds. / Dites-vous que nous ne saurions nous revoir / même un l’espace d’un instant ?)

On y retrouve les termes de mijika (court), ashi (roseaux) et yo (nuit / ce bas monde) mais aussi le mot-clé de awa, qui signifiait originellement dans le waka « se voir » (au-awa), mais dont l’homonyme dans le haïku de Buson, désigne l’écume (awa) sortant de la bouche du crabe.

Buson excellait à ce jeu de références et d’homonymie qu’il conjuguait avec brio dans ses propres poèmes. Ici l’humour affleure et transfigure cette scène du cours d’eau bruissant aux premières heures d’un matin d’été.

(Photo de titre : Pixta)

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