Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] L’automne sous les pieds
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秋や今朝一足に知るのごひえん 重頼
Aki ya kesa / hitoashi ni shiru / nogoien
Ce matin, l’automne est là !
Me dit mon pied posé
au parquet lustré de la véranda(Poème écrit par Shigeyori en 1680), traduction par Chloé Viatte
Shigeyori œuvrait à Kyoto. Ce poète, né en 1602, a publié de nombreux recueils de haïkus jusqu’à sa mort en 1680.
Dans le calendrier lunaire, le premier jour de l’automne (Risshû) tombait à la mi-août et marquait l’arrivée de la fraîcheur. La scène est banale, le poète marche pieds nus sur une véranda dont le parquet en bois vient d’être nettoyé. Le haïku exprime l’étonnement de celui qui comprend que l’automne est arrivé.
Shigeyori brode sur le thème du célèbre poème waka de Fujiwara no Toshiyuki qui ouvre la section consacrée à l’automne dans l’anthologie intitulée Kokin wakashû : Aki kinu to / me ni wa sayaka ni / mienedomo / kaze no oto ni zo / odorokarenuru (L’arrivée de l’automne/ ne m’apparaissait pas clairement / sans la voir / je l’ai sentie / au son du vent). Il reprend à son compte l’idée qu’on puisse sentir le venue de l’automne autrement que par la vue mais troque ici la sensation de son pied nu au son du vent.
Pour donner à voir la fraîcheur de l’automne, Matsuo Bashô écrira en 1694, sans doute en s’inspirant de Shigeyori : Hiya hiya to / kabe o fumaete / hirune kana (Au mur frais / appuyer ses pieds / Sieste).
(Photo de titre gracieusement fournie par la maternelle Kôyô Fukushikai, Haruyama Mori no Hoikuen)