Voyage à travers le haïku japonais

[Haïku] La lune pour tous

Culture

Saikaku reprend dans son haïku le thème très prisé en littérature classique du clair de lune.

鯛は花は見ぬ里も有けふの月 西鶴

Tai wa hana wa / minu sato mo ari / kyô no tsuki

Il est des villages
sans dorade, ni fleurs de cerisier
mais partout cette lune

(Poème écrit par Saikaku vers 1680), traduction par Chloé Viatte

La littérature japonaise chante autant la lune que les fleurs de cerisier. À une époque où l’éclairage artificiel n’existe pas, la clarté de la lune est une présence familière, elle s’offre aux regards en fin croissant (mikazuki) ou en izayoi, à la seizième nuit, juste après la pleine lune et elle rythme le calendrier. Quand en poésie classique on parle de lune, c’est souvent pour évoquer le ciel nocturne de la mi-automne (chûshû no meigetsu) que l’on peut admirer le 15e jour du 8e mois du calendrier lunaire (en 2026, le 25 septembre).

Un clair de lune s’offre à tous, où que l’on soit on peut voir briller l’astre de la nuit. Dans un poème resté célèbre, Bai Juyi (772-846) était ému à la pensée qu’un ami pourtant si éloigné de lui puisse contempler la même lune de mi-automne.

Saikaku y insiste, la lune peut être vue de n’importe où. Dans certains villages, où on n’a peut-être pas la chance de déguster des dorades ou d’admirer les arbres en fleur, tout à chacun peut contempler la pleine lune d’automne. Contrairement aux cerisiers, ou à la chair rare et délicate de la dorade, sa clarté s’offre à tous, sans distinction de statut social, de richesse ou de lieu de vie. Quoi de plus haïku que cette absence d’élitisme, la scène parle à tous.

Originaire d’Osaka, Ihara Saikaku (1642-1693) est connu pour ses fictions (ukiyo-zôshi) citons « Vie d’une amie de la volupté » ou « L’Homme qui ne vécut que pour aimer », mais il était également un éminent poète.

(Photo de titre : Pixta)

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