À la rencontre de l’art bouddhique

La statue du gardien Fudô Myôô, sculptée par Unkei

Art

Cette statue de Fudô Myôô est l’un des chefs-d’œuvre sculpté par le jeune Unkei (1151-1223). La commande émanait de la classe des guerriers, des hommes sans doute tourmentés de ne pas pouvoir respecter le « précepte de non-violence » (fusesshôkai) et qui espéraient peut-être grâce à cette statue de Unkei gagner leur salut.

L’œil droit grand ouvert, le gauche mi-clos, les sourcils froncés et une moue désapprobatrice, le courroux est palpable. Ce Fudô Myôô, qui se trouve au Jôraku-ji (un temple situé à Yokosuka, dans la préfecture de Kanagawa), a été sculpté par l’artiste le plus emblématique du bouddhisme de l’époque Kamakura (1185-1333). De nos jours, on peut le voir dans la salle de prière à l’arrière du pavillon principal, il trône aux côtés de la triade d’Amida et de la statue de Bishamonten, également sculptées par le génial Unkei. Étonnamment, cinq des vingt statues officiellement attribuées à Unkei sont rassemblées dans ce temple. Pourquoi ?

Le Jôraku-ji a été fondé au début de l’époque de Kamakura (1192-1333). En 1189, Wada Yoshimori et son épouse du fief Miura, un clan très apprécié de Minamoto no Yoritomo, demandent à Unkei de réaliser pour le temple une statue principale, une triade d’Amida, ses parèdres dont Bishamonten et notre Fudô Myôô. Or cette année-là juste après l’édification et comme en réponse au vœu de victoire adressé au Bouddha, Yoritomo a remporté la bataille d’Ôshû (1189) et fondé le shogunat de Kamakura. Le Jôraku-ji s’est alors retrouvé exactement à mi-chemin entre le nouveau centre politique établi à Kamakura et le sud de la péninsule de Miura où est basé le clan Wada. Le temple devenait un site stratégique tant d’un point de vue militaire que géographique (idéalement placé au cœur des voies de communication).

En sanskrit, on parle de Fudô Myôô sous le terme de « Acharānātha » où acharā veut dire « immobile » et nātha signifie « gardien », ce que l’on pourrait rendre par « gardien inébranlable ». Cette divinité centrale du bouddhisme ésotérique est aussi une incarnation de Dainichi Nyorai, le Bouddha de la vérité de l’univers, qui se manifeste avec un « air courroucé » pour sauver malgré eux ceux qui ne se laisseraient pas guider par l’enseignement serein de la Loi.

Un glaive brandi à main droite et un fort lacet (kensaku = cordon servant à capturer les oiseaux et autres animaux) à main gauche, il dégage une puissance impressionnante. Le génie du sculpteur rend admirablement le dynamisme du personnage et la figure semble prise sur le vif. La statue est faite de plusieurs blocs de cyprès assemblés, les yeux sont incrustés de cristaux.

« La figure semble être sur le point d’exploser de colère, on ressent une énergie débordante se dégager de la statue d’Unkei, qui pourtant entrait dans la trentaine quand il a sculpté cette œuvre. », explique le photographe Muda Tomohiro. « On sent dans cette statue la détermination des guerriers de l’Est qui s’apprêtaient à lancer une nouvelle ère. Ces samouraïs devaient se sentir écartelés entre les crimes qu’ils étaient amenés à commettre et leur dévotion au bouddhisme. Sur le champ de bataille, ils ne pouvaient qu’enfreindre le tout premier des cinq préceptes bouddhiques prêchant la “non-violence” (fusesshôkai). En l’espèce, cette statue était aussi là pour leur dire “Abandonnez vos mauvaises pensées, si vous priez avec sincérité et tout ira bien, vous pourrez reposer au paradis de Bouddha” ».

Si vous venez vous recueillir devant ce Fudô Myôô, n’oubliez jamais que derrière ce regard sévère se cache un cœur plein de compassion, désireux de sauver ceux qui souffrent et sont tourmentés.

Statue en pied de Fudô Myôô (Fudô Myôô ryûzô)

  • Taille : 1,35 mètre
  • Époque : XIIe siècle (époque de Kamakura)
  • Emplacement : temple Jôraku-ji
  • Classé : bien culturel important (sous le nom de « Statue en bois de Fudô Myôô en pied »)

(Toutes les photos : © Muda Tomohiro)

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