Japonologie

Les fournitures des écoliers en primaire au Japon : une liste étonnamment longue

Éducation Vie quotidienne

À l’école primaire au Japon, les fournitures ne se limitent pas aux cahiers et aux crayons. Chaussures d’intérieur, mélodica, matériel de dessin ou de calligraphie... La liste est longue et reflète le quotidien des élèves.

Les indispensables de la classe

À l’approche de la rentrée, un rituel se répète dans les foyers japonais : préparer tout le matériel dont les enfants auront besoin pour l’année scolaire. Si les listes varient légèrement selon les établissements, elles comprennent presque toujours, en plus des fournitures de base comme les crayons et les gommes, des chaussures d’intérieur, des chiffons pour le ménage, ainsi que du matériel spécifique pour les arts plastiques ou les mathématiques. Tour d’horizon de ces objets qui accompagnent le quotidien des écoliers japonais.

Papeterie

Le crayon à papier reste l’outil incontournable, mais encore faut-il choisir la bonne mine. Le Japon utilise la même échelle de dureté que les normes internationales, allant de 2H à 4B. Les élèves des premières années écrivent généralement avec des crayons 2B, dont la mine plus tendre facilite l’apprentissage, avant de passer progressivement au HB dans les classes supérieures.

Les crayons vont du H, à la mine la plus dure et la plus claire, au B, plus tendre et plus foncée. (© Pixta)
Les crayons vont du H, à la mine la plus dure et la plus claire, au B, plus tendre et plus foncée. (© Pixta)

Dans la trousse (fudebako), on trouve également une gomme, des crayons rouge et bleu pour les corrections, ainsi qu’un marqueur indélébile servant à inscrire le nom de l’enfant sur ses affaires. En revanche, les porte-mines et les stylos à bille sont généralement déconseillés, voire interdits : ils sont jugés peu adaptés à l’apprentissage de l’écriture et le bruit de leur mécanisme peut distraire les élèves.

Dans de nombreuses écoles, les fournitures à l'effigie de personnages populaires sont également proscrites afin d'éviter toute source de distraction en classe. (© Pixta)
Dans de nombreuses écoles, les fournitures à l’effigie de personnages populaires sont également proscrites afin d’éviter toute source de distraction en classe. (© Pixta)

Les cahiers complètent cette panoplie. Il en existe de nombreux modèles, des cahiers quadrillés destinés à l’apprentissage des idéogrammes (kanji) aux cahiers propres à chaque matière. Les écoles distribuent généralement un exemplaire de chaque type en début d’année, les familles se chargeant ensuite de les remplacer si nécessaire. Au moment de l’achat, mieux vaut être attentif au moindre détail, comme l’écartement des lignes ou le nombre de carreaux par page, afin de choisir le bon modèle.

Boîte de matériel et kit de mathématiques

Les élèves apportent eux-mêmes leurs fournitures de travaux manuels : craies grasses, crayons de couleur, colle, ciseaux ou ruban adhésif. Tout est rangé dans une boîte appelée dôgu-bako. Son entretien fait partie des habitudes que l’école cherche à transmettre aux enfants, en les encourageant à garder leurs affaires bien rangées.

Les dôgu-bako rassemblent les fournitures utilisées au quotidien. (© Pixta)
Les dôgu-bako rassemblent les fournitures utilisées au quotidien. (© Pixta)

Le kit de mathématiques, ou sansû setto, occupe une place importante dans les premières années de primaire, où l’apprentissage repose largement sur la manipulation. Il contient notamment des cartes, une règle, une horloge pédagogique, des formes magnétiques et d’autres accessoires permettant de résoudre concrètement les exercices. Certaines écoles les distribuent directement aux élèves en début d’année, mais ils sont aussi vendus dans le commerce.

Les élèves utilisent leur kit de mathématiques pour manipuler et résoudre les exercices. (© Pixta)
Les élèves utilisent leur kit de mathématiques pour manipuler et résoudre les exercices. (© Pixta)

À cette liste s’ajoutent enfin les manuels scolaires, fournis gratuitement par les établissements. Depuis le début des années 2020, de plus en plus d’écoles mettent également des tablettes numériques à la disposition des élèves.

Au Japon, chaque objet appartenant à un enfant, du crayon au plus petit pion de calcul, doit porter son nom afin d’éviter les pertes et les échanges. Une tâche fastidieuse lorsqu’elle est faite à la main, si bien que de nombreuses familles utilisent désormais des étiquettes imprimées. Malgré cela, marquer plusieurs centaines d’objets reste un travail de longue haleine. Selon une enquête en ligne réalisée en 2025 par le fabricant de papeterie King Jim, 83,5 % des foyers considèrent cette étape comme la partie la plus contraignante de la préparation de la rentrée.

Même les plus petits pions de calcul doivent être marqués au nom de leur propriétaire. (© Pixta)
Même les plus petits pions de calcul doivent être marqués au nom de leur propriétaire. (© Pixta)

Questions de sécurité

Au Japon, il est coutume que les élèves du primaire se rendent seuls à l’école, à pied ou en transports en commun. Plusieurs équipements sont donc prévus pour assurer leur sécurité sur le trajet. Les enfants, surtout ceux de première année, portent un chapeau jaune vif et recouvrent leur randoseru (le cartable emblématique des écoliers japonais) d’une housse de la même couleur afin d’être plus facilement repérés par les automobilistes. L’origine de cette pratique remonterait aux années 1960, lorsque la police de la préfecture de Wakayama l’aurait recommandée dans un contexte d’augmentation rapide du nombre de voitures.

Les parapluies jaunes, souvent munis d’une fenêtre transparente permettant de mieux voir autour de soi, font eux aussi partie du paysage. Les plus jeunes portent également des imperméables jaunes. Enfin, les enfants accrochent à leur randoseru une alarme de sécurité qui émet un signal sonore lorsqu’elle est déclenchée. Certains modèles sont désormais équipés d’un GPS.

Un chapeau jaune et une housse de randoseru (© Pixta)
Un chapeau jaune et une housse de randoseru (© Pixta)

Un parapluie scolaire jaune doté d'une fenêtre transparente (© Pixta)
Un parapluie scolaire jaune doté d’une fenêtre transparente (© Pixta)

Les alarmes de sécurité peuvent être déclenchées en appuyant sur un bouton ou en retirant une goupille. (© Pixta)
Les alarmes de sécurité peuvent être déclenchées en appuyant sur un bouton ou en retirant une goupille. (© Pixta)

Et la tenue scolaire ?

À quelques exceptions régionales près, les écoles publiques japonaises laissent une grande liberté aux élèves dans le choix de leurs vêtements. En revanche, la tenue de sport est généralement imposée. Elle se compose d’un tee-shirt et d’un short en tissu extensible, respirant et à séchage rapide, le nom de famille de l’élève étant inscrit sur le haut. L’ensemble est complété par un bonnet de sport réversible rouge et blanc.

La tenue de sport est portée pendant les cours d'éducation physique et les fêtes sportives organisées par les écoles. (© Pixta)
La tenue de sport est portée pendant les cours d’éducation physique et les fêtes sportives organisées par les écoles. (© Pixta)

En arrivant à l’école, les élèves quittent leurs chaussures pour enfiler des chaussures d’intérieur appelées uwabaki. Les modèles les plus répandus sont en toile, avec une semelle en caoutchouc plate et sans lacets, afin de pouvoir être chaussés et retirés facilement. Les chaussures sont rangées dans des casiers situés à l’entrée de l’établissement. Ces dernières années, certaines écoles publiques ont toutefois renoncé aux uwabaki et autorisent les élèves à conserver leurs chaussures d’extérieur. Cette évolution permet de réduire le nombre d’affaires à transporter et d’éviter les accidents aux abords des casiers.

Des uwabaki de différentes couleurs. Les élèves les rapportent généralement chez eux le week-end pour les laver. (© Pixta)
Des uwabaki de différentes couleurs. Les élèves les rapportent généralement chez eux le week-end pour les laver. (© Pixta)

Les élèves utilisent plusieurs sacs en tissu pour transporter leurs chaussures d’intérieur, leur tenue de sport, leur déjeuner, leur gourde, ainsi que leurs affaires de musique ou d’arts plastiques. Certaines écoles imposent des dimensions ou des couleurs précises. Les familles les confectionnent alors elles-mêmes ou les achètent déjà prêts.

Dans les régions du Kantô et du Tôkai, les écoles demandent souvent aux élèves de posséder un bôsai-zukin, une capuche matelassée destinée à protéger la tête en cas de séisme. Elle sert également de coussin lorsque les enfants sont assis au sol. Depuis le Grand tremblement de terre de l’Est du Japon de mars 2011, de nombreux établissements ont toutefois remplacé ces capuches par des casques.

Les sacs en tissu sont suspendus dans la salle de classe. (© Pixta)
Les sacs en tissu sont suspendus dans la salle de classe. (© Pixta)

Des élèves portent un bôsai-zukin, une capuche de protection rembourrée. (© Pixta)
Des élèves portent un bôsai-zukin, une capuche de protection rembourrée. (© Pixta)

Pendant les mois les plus chauds, la gourde est indispensable. Les écoles demandent généralement qu'elle contienne une boisson non sucrée, comme du thé d'orge mugicha. (© Pixta)
Pendant les mois les plus chauds, la gourde est indispensable. Les écoles demandent généralement qu’elle contienne une boisson non sucrée, comme du thé d’orge mugicha. (© Pixta)

Le nettoyage des salles de classe, des couloirs et des espaces communs fait partie intégrante du quotidien des élèves. Pour cela, ils apportent de chez eux un chiffon de nettoyage appelé zôkin. Autrefois confectionnés à partir de vieux vêtements ou de serviettes usagées, ces chiffons se trouvent aujourd’hui facilement dans les magasins à 100 yens.

Les zôkin comportent souvent une étiquette où les élèves inscrivent leur nom, leur classe et leur niveau. (© Pixta)
Les zôkin comportent souvent une étiquette où les élèves inscrivent leur nom, leur classe et leur niveau. (© Pixta)

Calligraphie, musique et travaux manuels

De nombreuses écoles disposent d’une piscine où les élèves apprennent les bases de la natation pendant la saison estivale. La tenue de bain est généralement imposée : un maillot une pièce pour les filles et un slip de bain pour les garçons. Ces dernières années, toutefois, les rash guards et les shorts de bain se sont largement répandus pour les deux sexes, afin de mieux protéger les enfants du soleil et de répondre aux préoccupations croissantes liées à la pudeur. Le bonnet de bain, dont la couleur varie souvent selon le niveau des élèves, fait lui aussi partie de l’équipement. À mesure que les enfants grandissent, les familles doivent souvent remplacer les maillots devenus trop petits.

Tout au long de leur scolarité, les élèves découvrent différents instruments de musique. En première et deuxième année, ils apprennent généralement à jouer du mélodica, un petit clavier à souffle facile à prendre en main qui permet de visualiser clairement les notes. À partir de la troisième année, ils passent à la flûte à bec.

Les élèves jouent du mélodica pendant les cours de musique. (© Pixta)
Les élèves jouent du mélodica pendant les cours de musique. (© Pixta)

La flûte à bec soprano de doigté allemand est le modèle le plus couramment utilisé dans les écoles primaires publiques. (© Pixta)
La flûte à bec soprano de doigté allemand est le modèle le plus couramment utilisé dans les écoles primaires publiques. (© Pixta)

En troisième année, les élèves doivent également se procurer un nécessaire de calligraphie et un coffret d’aquarelle. En quatrième année s’ajoute un kit de gravure sur bois comprenant plusieurs gouges, puis, en cinquième année, une trousse de couture.

Un coffret d'aquarelle comprend des pinceaux, une bassine, des godets de peinture et une palette. (© Pixta)
Un coffret d’aquarelle comprend des pinceaux, une bassine, des godets de peinture et une palette. (© Pixta)

Des gouges destinées à la gravure sur bois (© Pixta)
Des gouges destinées à la gravure sur bois (© Pixta)

Tous ces instruments et coffrets de matériel artistique sont conçus pour être utilisés par des enfants et sont vendus avec un sac de transport adapté. Afin de simplifier les démarches des familles et des enseignants, les écoles organisent souvent des commandes groupées.

Le coût caché de l’école gratuite

Rien n’oblige les familles à acheter les fournitures recommandées par les écoles, cependant, beaucoup choisissent néanmoins de le faire, par souci de praticité mais aussi pour éviter que leur enfant ne se distingue de ses camarades. Il faut compter environ 3 000 yens (16 euros) pour un kit de mathématiques, et entre 2 000 et 4 000 yens pour un nécessaire de calligraphie, un coffret de peinture ou une trousse de couture. Pour limiter les dépenses, de nombreuses familles se tournent vers les magasins discount, les boutiques à 100 yens ou les plateformes de seconde main. Il est également courant que le matériel soit transmis d’un frère ou d’une sœur aînés, voire donné entre proches.

Les nécessaires de calligraphie à prix abordable sont faciles à trouver dans les magasins spécialisés comme sur Internet. (© Pixta)
Les nécessaires de calligraphie à prix abordable sont faciles à trouver dans les magasins spécialisés comme sur Internet. (© Pixta)

Selon une enquête en ligne réalisée en 2026 par l’entreprise Benesse, 40 % des familles ayant un enfant entrant en première année ont dépensé entre 10 000 et 30 000 yens (55 et 165 euros) en fournitures scolaires, sans compter l’achat du cartable randoseru (qui coûte en moyenne 60 000 yens, et qui peut aller bien au-dessus). Si les frais de scolarité et les manuels sont gratuits, les dépenses liées à la papeterie, aux chaussures d’intérieur, au maillot de bain ou aux autres équipements sont souvent dénoncées comme des coûts cachés de l’enseignement obligatoire. Pour alléger cette charge, certaines écoles mettent désormais du matériel en commun ou constituent des réserves de fournitures.

Au Japon comme à l’étranger, le soin que les élèves apportent à leurs affaires est souvent cité en exemple pour illustrer le sens des responsabilités et l’esprit collectif inculqués dès le plus jeune âge. D’autres voix estiment cependant que l’obligation, implicite ou non, de posséder exactement le même matériel que les autres reflète une conception désormais dépassée de l’uniformité. Face à l’évolution de la société japonaise, de plus en plus d’écoles et de collectivités locales revoient progressivement leurs pratiques.

(Photo de titre © Pixta)

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