Hashimuki Makoto,le photographe nouvelle génération qui sublime le mont Fuji

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Hashimuki Makoto est un photographe qui poste régulièrement ses clichés du mont Fuji sur les réseaux sociaux. Cela fait environ huit ans qu’il partage avec le reste du monde la beauté de la montagne la plus haute et sacrée du Japon. Nous sommes allés à la rencontre de cet artiste nouvelle génération et de ses magnifiques images.

Hashimuki Makoto HASHIMUKI Makoto

Photographe. Né dans la ville de Shizuoka en 1977. Il commence la photographie en 2013, avec pour thème principal le mont Fuji. Très actif sur les réseaux sociaux, il retransmet régulièrement en direct ses activités avec son smartphone. Il a publié de nombreux ouvrages, dont des guides de photographie utilisant les dernières technologies, ainsi que des recueils de photos et des calendriers du mont Fuji.

Capturer les différentes expressions du mont Fuji

Makoto Hashimuki composant sa photo (photo de Nippon.com).
Makoto Hashimuki composant sa photo (photo de Nippon.com).

Nous avions prévu de rencontrer Hashimuki Makoto à l’aube, près des Fujigoko (les cinq lacs entourant le mont Fuji) dans la préfecture de Yamanashi. Mais la veille, il nous a contactés pour modifier le point de rendez-vous au lac Tanuki (ville de Fujinomiya dans la préfecture de Shizuoka). Puis peu après 20 h, le photographe nous a envoyé une carte météorologique, proposant de reporter la rencontre car la montagne serait probablement cachée par les nuages. Cependant, un peu avant 1 h du matin, la situation avait de nouveau changé : « J’irai finalement à Nihondaira (ville de Shizuoka). Sûrement au lever du soleil », expliquait-il, images d’une webcam du mont Fuji à l’appui. Alors que nous partons à sa rencontre, nous recevons les coordonnées géographiques du lieu alors que nous roulons sur l’autoroute Tômei, et parvenons finalement à le rejoindre avant le lever du soleil.

On dit souvent qu’un photographe de paysage est comme un pêcheur. Plusieurs jours à l’avance, le pêcheur observe attentivement l’évolution de la météo, préparant minutieusement ses cannes et ses hameçons, puis le jour venu, il attend patiemment de faire une grosse prise. De même, le photographe de paysage prépare son équipement en se représentant mentalement l’image finale, utilisant pleinement ses connaissances et son expérience pour trouver le meilleur point de vue possible. Ce n’est pas en espérant prendre une bonne photo par hasard que le succès viendra. Le chemin de l’excellence commence bien plus tôt.

Le lever du soleil depuis Nihondaira (photo prise par Hashimuki le jour de l'interview), qu’il a immédiatement partagé sur les réseaux sociaux.
Le lever du soleil depuis Nihondaira (photo prise par Hashimuki le jour de l’interview), qu’il a immédiatement partagé sur les réseaux sociaux.

Il retransmet aussi en direct sur Instagram le déroulement de la séance photo (photo de Nippon.com).
Il retransmet aussi en direct sur Instagram le déroulement de la séance photo (photo de Nippon.com).

Hashimuki nous partage ses réflexions sur son travail de photographie du mont Fuji.

« Pour moi, le mont Fuji est un être vivant, alors je veux capturer ses “humeurs”, comme si je prenais le portrait d’une personne. Ses expressions changent en fonction de la météo, de l’heure, de la couverture nuageuse, de la position de la lune et des étoiles, ou encore des saisons. Mais pour moi, même si je prends une bonne photo, je ne suis pas satisfait. Ce n’est que lorsque je la partage tout de suite sur internet et que de nombreuses personnes la regardent que je suis vraiment content, comme si j’avais fait une belle prise. »

Après le direct, alors qu'il range son matériel, le photographe ne peut pas s'empêcher de continuer de prendre des clichés, comme cette photo prise juste à la fin de la séance.
Après le direct, alors qu’il range son matériel, le photographe ne peut pas s’empêcher de continuer de prendre des clichés, comme cette photo prise juste à la fin de la séance.

Hashimuki uses a smartphone app to retouch shots on the spot. A thoroughly modern-day photographer, he rarely uses a computer, generally relying on his phone to upload photos for printing or sending to publishers. (© Nippon.com)
Hashimuki utilise une application smartphone pour retoucher ses clichés. Un photographe minutieux et d’un nouveau genre : il ne s’aide que très rarement d’un ordinateur, préférant compter sur son appareil mobile pour imprimer ses photos ou les envoyer aux maisons d’édition. (Photo de Nippon.com)

L’image du mont Fuji qui a fait le buzz

Hashimuki, auto-proclamé « le super photographe du Fuji », est actuellement actif sur Twitter et Instagram. Et ses clichés sont à la hauteur de son titre. Il reçoit une multitude de like et de commentaires élogieux en plusieurs langues

Impossible de ne pas parler de l’une de ses plus belles prises, celle du nuage lenticulaire flottant au dessus de la montagne sacrée. Immortalisée en février 2021, l’image est devenue tellement virale sur les réseaux sociaux qu’elle a terminé en couverture de magazines spécialisés en photographies. Sans compter qu’une équipe de télévision d’un programme populaire est même allée à sa rencontre pour un reportage « en immersion » dans sa passion. Pour couronner le tout, certains médias étrangers l’ont contacté et en ont fait l’un des sujets d’information.

Photo du nuage lenticulaire géant devenue virale sur les réseaux sociaux.
Photo du nuage lenticulaire géant devenue virale sur les réseaux sociaux.

« Je suis vraiment content que cette photo ait fait le buzz. Pour moi, les nuages sont l’élément le plus important. Jusqu’à présent, les représentations du mont Fuji étaient fortement influencées par les œuvres de Katsushika Hokusai. La plupart des photos le montrait seul et imposant, dans un ciel bleu. Mais les nuages changent de forme constamment et contrastent avec la montagne immobile. Je veux faire des photos différentes et nouvelles, plus proches de la réalité. »

Lorsqu’il part photographier le mont Fuji, il ne se contente pas de prendre des clichés, mais aussi de faire des directs ou des « time lapse » (vidéo accélérée) dans le but de transmettre le mouvement des nuages. Hashimuki est à ce point-là charmé par la beauté du mont Fuji.

Au-dessus du flanc droit de la montagne flottent plusieurs nuages lenticulaires.
Au-dessus du flanc droit de la montagne flottent plusieurs nuages lenticulaires.

Cette photo d'un nuage en forme de « soucoupe volante » a été commentée par toutes sortes de personnes : chercheurs en météorologie, amateurs d'occultisme et adeptes de shugendô (pratique ascétique en montagne).
Cette photo d’un nuage en forme de « soucoupe volante » a été commentée par toutes sortes de personnes : chercheurs en météorologie, amateurs d’occultisme et adeptes de shugendô (une pratique ascétique en montagne).

Comment un boulanger a maîtrisé sa nouvelle passion

Dans la vie de tous les jours, Hashimuki Makoto est boulanger. Et jusqu’à il y a une dizaine d’années, il n’avait aucun intérêt pour le mont Fuji et encore moins pour la photographie. Originaire de la ville de Shizuoka, il était fatigué de voir le mont Fuji au quotidien. Il ne l’a escaladé qu’une seule et unique fois, quand il avait la vingtaine, et le mal aigu des montagnes dont il a souffert lui a fait promettre de ne jamais y retourner.

À partir de 2010, il commence à partager des photos prises lors d’un voyage avec mon smartphone sur Mixi, un réseau social japonais. Il reçoit de très bons retours, en particulier d’un ami amateur de photographie qui reconnaît son talent et lui recommande fortement d’acheter un bon appareil photo. Il débute ainsi avec un appareil photographique hybride entrée de gamme.

Puis un jour, il remarque un calendrier mural accroché sur son lieu de travail qui le fascine immédiatement : une photo du mont Fuji, flottant majestueusement dans une mer de nuages. Le lieu indiqué, Shimizu Yoshiwara (ville de Shizuoka), se trouve juste à quelques minutes en voiture, mais il n’avait jamais vu de sa vie une telle formation nuageuse. Afin d’assister à une scène semblable à celle du calendrier, il se rend plusieurs fois à Shimizu Yoshiwara, sans succès. Ne perdant pas espoir, il continue de retourner sur le même lieu, tout en effectuant des recherches sur les conditions climatiques et le moment du jour provoquant l’apparition de tels nuages. Quand Hashimuki parvient finalement à prendre une photo de la montagne enneigée et encerclée d’une mer de nuages, il se rend compte qu’il a été complètement ensorcelé par le mont Fuji.

Vers le même temps, en juin 2013, le mont Fuji est inscrit au patrimoine culturel mondial de l’Unesco, comme « lieu sacré et source d’inspiration artistique ». Il décide de se consacrer plus à la photographie, avec pour volonté de faire connaître le plus haut sommet du Japon, qui est la fierté des habitants locaux, aussi bien au reste du Japon qu’à l’étranger.

Plusieurs nuages lenticulaires au sommet du mont Fuji en été, avec une mer de nuages recouvrant Shimizu Yoshiwara au premier plan (photo de Hashimuki Makoto).
Plusieurs nuages lenticulaires au sommet du mont Fuji en été, avec une mer de nuages recouvrant Shimizu Yoshiwara au premier plan.

Hashimuki décide de changer de réseau social, passant de Mixi à Twitter afin de se connecter au monde entier. Il achète aussi un appareil photo reflex. Désormais bien équipé pour prendre des photos dans n’importe quelles conditions, il organise des séances photos du mont Fuji tous les weekends.

Les champs de thé et le mont Fuji, qui font la fierté de Shizuoka, avec des nuages apportant une touche de mystère. Cette photo a été prise d'un endroit où les champs de thé étaient illuminés par des lampadaires. (photo de Hashimuki Makoto)
Les champs de thé et le mont Fuji, qui font la fierté de Shizuoka, avec des nuages apportant une touche de mystère. Cette photo a été prise d’un endroit où les champs de thé étaient illuminés par des lampadaires.

Hashimuki est également connu pour ses magnifiques photos de nuit. Ici, le mont Fuji, la Voie lactée et une mer de nuages éclairée par les lumières urbaines créent une harmonie époustouflante.
Hashimuki est également connu pour ses magnifiques photos de nuit. Ici, le mont Fuji, la Voie lactée et une mer de nuages éclairée par les lumières urbaines créent une harmonie époustouflante.

Le photographe aime conférer une touche saisonnière à ses œuvres. Il parcourt sans cesse les environs de la montagne pour trouver les meilleurs angles de prise de vue.
Le photographe aime conférer une touche saisonnière à ses œuvres. Il parcourt sans cesse les environs de la montagne pour trouver les meilleurs angles de prise de vue.

Un photographe nouvelle génération

Boulanger est un métier de lève-tôt, une habitude parfaite pour Hashimuki qui s’investit de plus en plus dans son activité de photographe spécialiste du mont Fuji. En effet, il n’a aucun problème à sortir de chez lui bien avant l’aube pour être prêt à prendre des photos au lever du soleil. Pendant ses pauses au travail, il consulte des applications météo et des webcams diffusant en direct des images de la montagne depuis plusieurs endroits. Ses horaires de travail lui permettent de prendre des photos du coucher de soleil même en semaine, donc si une formation nuageuse intéressante apparaît dans l’après-midi, il peut rapidement aller prendre des photos après le travail.

Trois ans seulement après qu’il a commencé à photographier le mont Fuji, une de ses photos a été élue dans le « Top 10 » du Tokyo Camera Club de 2016, qui opère le plus grand site de publication de photos au Japon. Figurer dans le « Top 10 » des meilleures œuvres de l’année est un moyen pour les photographes émergents de sortir du lot et de se faire connaître.

Grâce à cette récompense, un photographe peut être contacté par des magazines spécialisés ou des ouvrages de technique de photographie afin de fournir des clichés ou rédiger des articles, ou encore être invité à des événements organisés par des fabricants d’appareils photo. Le calendrier Mt. Fuji Calendar (publié par Impress) mis en vente en 2020 a été très bien reçu et son livre photo, dont il a longtemps rêvé, devrait sortir cette année. Cette progression fulgurante huit ans seulement après avoir acheté son premier appareil réflex est impressionnante, encore plus pour quelqu’un dont l’activité principale n’est pas la photographie.

Ce cliché de 2016 des feux d'artifice d'été avec le mont Fuji en arrière-plan a été sélectionné dans le « Top 10 » de l'année par le Tokyo Camera Club.
Ce cliché de 2016 des feux d’artifice d’été avec le mont Fuji en arrière-plan a été sélectionné dans le « Top 10 » de l’année par le Tokyo Camera Club.

L'un des points de vue les plus célèbres pour observer le mont Fuji : le parc Arakurayama Sengen (ville de Fujiyoshida, préfecture de Yamanashi) avec des cerisiers en fleur et une pagode à cinq étages. De nombreux visiteurs affluent ici pour prendre des photos du mont Fuji, mais ce cliché de Hashimuki est à un autre niveau.
L’un des points de vue les plus célèbres pour observer le mont Fuji : le parc Arakurayama Sengen (ville de Fujiyoshida, préfecture de Yamanashi) avec des cerisiers en fleur et une pagode à cinq étages. De nombreux visiteurs affluent ici pour prendre des photos du mont Fuji, mais ce cliché de Hashimuki est à un autre niveau.

Au fur et à mesure que sa carrière de photographe progresse, Hashimuki a de plus en plus d’occasions de présenter ses photos dans des expositions ou de publier des ouvrages, mais il affirme clairement qu’il ne peut pas imaginer son activité de création photographique sans les réseaux sociaux :

« Il y a beaucoup d’excellents photographes spécialistes du mont Fuji, comme Ohyama Yukio, que je ne pourrais pas surpasser. C’est pourquoi je veux me faire une réputation à ma manière, en prenant des photos que seul moi peut prendre. Je pense que c’est grâce aux réseaux sociaux que j’ai pu me faire connaître si rapidement et que mon champ d’activité a pu autant s’élargir. En outre, je peux partager en direct avec le monde entier ce que je ressens quand je prends une photo qui m’inspire, quelque chose que les gens ne peuvent pas expérimenter en visitant une exposition ou en feuilletant un livre photo. »

Hashimuki Makoto pense que sans les réseaux sociaux, il n'aurait peut-être pas continué à prendre de photos.
Hashimuki Makoto pense que sans les réseaux sociaux, il n’aurait peut-être pas continué à prendre de photos (photo de Nippon.com).

Le mont Fuji est un immense « réseau social »

Hashimuki explique que la chose la plus précieuse qu’il a obtenue grâce à la photographie est la connexion avec tous les autres admirateurs du mont Fuji, que ce soit les personnes qu’il a rencontrées à travers les réseaux sociaux ou directement pendant les séances photo et les différents événements photographiques. Comme ces personnes vivent dans différents endroits et sont de tous âges, ce sont des amis qu’il n’aurait jamais pu se faire sans internet.

« Je pense que le mont Fuji est, en lui-même, le meilleur réseau qui puisse exister : c’est lui qui a permis à mon monde de s’agrandir et de me connecter avec autant de gens. Cette imposante montagne a une présence sacrée, il est facile de voir pourquoi elle est autant vénérée depuis les temps anciens. Moi-même, je ne manque pas de visiter régulièrement le sanctuaire Sengen Taisha. »

Ce Nouvel an, Hashimuki s’est rendu au sanctuaire Sengen Taisha pour écrire son vœu le plus cher sur un ema (petite tablette en bois) : « Publier mon premier livre photo. » Immédiatement après, son vœu a été exaucé : une maison d’édition l’a contacté pour un projet de livre photo et il est actuellement sur le point de réaliser son rêve. Il est évident que Hashimuki Makoto aime le mont Fuji de tout son cœur, et il semble que la montagne l’aime aussi en retour.

Hashimuki et d'autres photographes se sont cotisés pour louer un avion Cessna, à bord duquel il a pu prendre cette magnifique photo du cratère.
Hashimuki et d’autres photographes se sont cotisés pour louer un avion Cessna, à bord duquel il a pu prendre cette magnifique photo du cratère.

  En voyant cette photo, de nombreuses personnes ont cru que le mont Fuji avait été frappé par une invasion de criquets. En réalité, c'est une photo du reflet de la montagne dans une rizière.
En voyant cette photo, de nombreuses personnes ont cru que le mont Fuji avait été frappé par une invasion de criquets. En réalité, c’est une photo du reflet de la montagne dans une rizière.

Le « diamant du mont Fuji », quand le soleil se couche juste au-dessus du sommet, est une vue célèbre de la montagne. Hashimuki a créé sa propre version : la « perle du mont Fuji », avec la lune qui brille sur la cime du mont Fuji.
Le « diamant du mont Fuji », quand le soleil se couche juste au-dessus du sommet, est une vue célèbre de la montagne. Hashimuki a créé sa propre version : la « perle du mont Fuji », avec la lune qui brille sur la cime du mont Fuji.

Les comptes Instagram et Twitter de Hashimuki Makoto

Quelques-uns de nos articles sur le mont Fuji

(Toutes les photos ont été prises par Hashimuki Makoto, sauf indication contraire.)

paysage photo Mont Fuji photographe photographie