La Nissan GT-R s’efface, la Honda Prelude renaît : quel avenir pour les sportives japonaises ?

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En août 2025, Nissan a mis fin à la production de la GT-R, l’un des modèles emblématiques du monde des voitures de sport japonaises. Pourquoi cette icône, plébiscitée par les passionnés et dont l’histoire remonte aux années 1960, a-t-elle été abandonnée ? Un journaliste automobile revient sur le parcours de cet engin et s’interroge sur la signification de sa disparition en parallèle à la renaissance d’une autre supercar phare des années 1980.

Conçue pour gagner sur circuit

La version moderne de la « supercar » Nissan GT-R a fait ses débuts en 2007. En dix-huit ans, sa silhouette de base est restée globalement inchangée, tandis que ses composants et ses performances ont fait l’objet d’améliorations continues. Ces dernières années, le modèle a continué d’évoluer à travers des « year models », identifiés par l’année de lancement. La voiture est également connue sous la désignation R35. Sa lignée remonte à la première Skyline GT-R, lancée en 1969. Dérivée de la berline Skyline à quatre portes, la GT-R de cette époque a bénéficié d’évolutions majeures, dont le passage d’un moteur quatre à six cylindres en ligne, qui en a fait une redoutable sportive de haut niveau.

La GT-R de première génération se distingue par son design anguleux et très carré. À l’époque, la réussite en compétition était considérée comme le meilleur moyen de démontrer les performances d’une voiture de sport et constituait donc un facteur clé des ventes. Équipée d’un moteur S20 2,0 litres six cylindres en ligne à double arbre à cames en tête, à la pointe de la technologie de son temps, la première GT-R a remporté 49 victoires consécutives dans des compétitions nationales grâce à sa vitesse exceptionnelle, s’imposant comme une machine de haute performance conçue pour gagner des courses.

La Skyline GT-R de deuxième génération est apparue en 1973, sur la base de la Skyline GC110, également surnommée « Ken-Mary », un sobriquet issu d’une campagne publicitaire mettant en scène un jeune couple portant ces prénoms. Toutefois, le durcissement des normes antipollution et les difficultés à s’y conformer ont conduit à l’arrêt de la production après seulement trois mois.

Renaissance, disparition, puis nouveau retour

Il faudra attendre 16 ans pour voir la GT-R faire son retour en 1989. La troisième génération, connue sous la désignation R32, était équipée d’un moteur 2,6 litres six cylindres en ligne à double arbre à cames et double turbo développant 280 chevaux, ce qui la plaçait parmi les voitures japonaises les plus puissantes de l’époque. Ses performances étaient remarquables : de 1990 à 1993, ses pilotes ont revendiqué 29 victoires en quatre saisons dans le championnat japonais des voitures de tourisme, alors la principale série nationale. La GT-R de troisième génération a également été saluée à l’étranger, notamment aux 24 Heures de Spa-Francorchamps en Belgique, acquérant une notoriété mondiale.

La quatrième génération, la R33, a été lancée en 1995, suivie de la cinquième génération, la R34, en 1999. Toutes deux ont rencontré un vif succès en tant que sportives haut de gamme. La production de la R34 a toutefois pris fin en 2002, une nouvelle fois en raison des réglementations environnementales.

Un alignement des générations historiques des Skyline GT-R. La version coupé de la première génération se trouve au premier plan, suivie, de gauche à droite, des deuxième, troisième, quatrième et cinquième générations. Ces modèles sont aujourd’hui très recherchés lors des ventes aux enchères de voitures de collection, au Japon comme à l’étranger. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)
Un alignement des générations historiques des Skyline GT-R. La version coupé de la première génération se trouve au premier plan, suivie, de gauche à droite, des deuxième, troisième, quatrième et cinquième générations. Ces modèles sont aujourd’hui très recherchés lors des ventes aux enchères de voitures de collection, au Japon comme à l’étranger. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)

Cinq ans après la fin de la production de la R34, Nissan a dévoilé la R35 en 2007. Développée sous la direction du PDG de l’époque, Carlos Ghosn, dans le cadre de la restructuration du groupe, elle est devenue le symbole de la renaissance de l’entreprise. La R35 s’est éloignée du concept dominant des générations précédentes, axé sur la suprématie en compétition, pour privilégier les performances de conduite sur route ouverte. Comparée à des modèles comme ceux de Porsche en Allemagne, la R35 a été positionnée comme une sportive de luxe capable de maintenir des vitesses élevées dans un grand confort sur de longues distances. Alors que les générations précédentes visaient principalement le marché japonais, la R35 a été conçue comme un modèle véritablement mondial. Son nom a été modifié, passant de Skyline GT-R à Nissan GT-R, symbolisant la renaissance de la marque.

Le millésime 2025 est devenu la version finale de la R35 GT-R. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)
Le millésime 2025 est devenu la version finale de la R35 GT-R. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)

La fin d’une marque mondiale

Comme indiqué, les générations précédentes de GT-R n’étaient généralement pas commercialisées à l’étranger. Néanmoins, grâce à leurs performances remarquées en compétition internationale et à leur présence dans divers médias, leur excellence technique a été largement reconnue en Occident et ailleurs.

La R34, cinquième génération de la Skyline GT-R, avait été lancée en 1999. Plus compacte que la R33, elle offrait une grande agilité et des performances de conduite exceptionnelles. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)
La R34, cinquième génération de la Skyline GT-R, avait été lancée en 1999. Plus compacte que la R33, elle offrait une grande agilité et des performances de conduite exceptionnelles. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)

La R34 a acquis une popularité mondiale après son apparition dans le film d’action hollywoodien Fast & Furious. Les modèles historiques de la GT-R ont également été mis en avant dans la série de jeux de simulation automobile Gran Turismo sur PlayStation, ce qui lui a valu l’admiration des passionnés comme des joueurs du monde entier. De cette manière, la GT-R est devenue une icône mondiale représentant non seulement Nissan, mais aussi l’excellence automobile japonaise.

Ces dernières années, des voitures de sport japonaises classiques des années 1960 à 1990 sont apparues dans des ventes aux enchères à travers le monde, atteignant des prix élevés. La légendaire Toyota 2000GT des années 1960 s’est ainsi vendue à plus de 100 millions de yens. La série Skyline GT-R est elle aussi très prisée, avec des modèles comme les R32 et R34 atteignant plusieurs dizaines de millions de yens.

La R35 a poursuivi l’héritage des sportives japonaises célébrées à l’international. Son moteur V6 biturbo de 3,8 litres était assemblé à la main par un groupe de neuf maîtres artisans, garantissant un niveau de qualité et de performance exceptionnel.

Chaque moteur de la R35 GT-R est assemblé à la main par neuf maîtres artisans, et le nom du responsable de l’équipe est gravé sur une plaque fixée au moteur. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)
Chaque moteur de la R35 GT-R est assemblé à la main par neuf maîtres artisans, et le nom du responsable de l’équipe est gravé sur une plaque fixée au moteur. (Avec l’aimable autorisation de Nissan Motor)

Le dernier modèle 2025 développait 570 chevaux dans sa version standard et 600 chevaux dans la version hautes performances GT-R NISMO, équipée de turbines de grande capacité à haut rendement. Les prix s’échelonnaient d’environ 14,44 millions à 22,89 millions de yens (78 000 à 125 000 euros) sur le marché japonais, et la voiture attirait des fans non seulement au Japon, mais aussi en Europe, aux États-Unis et en Asie. Malgré cette popularité, Nissan a été contraint de mettre fin à la production pour la troisième fois, en raison du désintérêt croissant pour les voitures de sport et du durcissement des normes environnementales et réglementaires. Ainsi s’achevait une histoire longue de 56 ans depuis le lancement de la première Skyline GT-R.

Véhicules électriques : une nouvelle voie

À l’opposé de la disparition de la GT-R, la Honda Prelude a fait son retour après vingt-quatre ans d’absence. Modèle sportif historique lancé en 1978, la Prelude a connu un grand succès, en particulier avec ses deuxième et troisième générations dans les années 1980, qui ont séduit de nombreuses conductrices grâce à leur design élégant. Elle a été à l’origine du boom des date cars, ces voitures idéales pour les couples en quête d’escapades romantiques.

La Honda Prelude, relancée après vingt-quatre ans, a été mise en vente le 5 septembre 2025. (Avec l’aimable autorisation de Honda Motor)
La Honda Prelude, relancée après vingt-quatre ans, a été mise en vente le 5 septembre 2025. (Avec l’aimable autorisation de Honda Motor)

La nouvelle Prelude de sixième génération associe le système hybride à deux moteurs e:HEV propre à Honda à la nouvelle technologie de contrôle du groupe motopropulseur Honda S+ Shift. Elle parvient ainsi à conjuguer les excellentes performances environnementales d’un véhicule hybride avec une sensation de conduite directe et réactive propre à une voiture de sport, incarnant un nouveau type de « sportive électrique spécialisée », différent des modèles hybrides proposés par d’autres constructeurs.

Dans l’ensemble, les constructeurs automobiles japonais réduisent leur production de voitures de sport. En allant à contre-courant et en ressuscitant la Prelude, Honda semble vouloir raviver une marque menacée de disparition. Dans les années 1980, lorsque la Prelude connaissait le succès et que Honda s’illustrait en Formule 1, l’entreprise jouissait d’une forte image de constructeur prêt à relever les défis. Toutefois, selon les enquêtes internes de Honda, cette image s’est affaiblie ces dernières années, la cote de popularité diminuant auprès des jeunes générations. En réintroduisant la Prelude comme un modèle sportif électrique et hybride exclusif, sans équivalent chez ses concurrents, Honda espère raviver son image de challenger et se démarquer sur le marché.

Dans le même temps, Nissan a enregistré de lourdes pertes dans ses résultats financiers pour l’exercice 2024 et se trouve sous pression pour restructurer ses activités. Les réglementations en matière d’émissions et de bruit se durcissent chaque année, et s’y conformer implique des coûts considérables. Pour Nissan, dont la stratégie centrale repose sur le passage aux véhicules électriques, il n’est plus possible d’investir massivement dans les moteurs à combustion interne. Le même défi se pose à Honda, qui vise à électrifier l’ensemble de ses véhicules à quatre roues d’ici 2040. En ressuscitant la Prelude avec des technologies électriques de pointe, Honda cherche à tracer une nouvelle voie pour l’avenir.

La GT-R pourrait-elle suivre une trajectoire similaire et renaître sous la forme d’une sportive électrique, animée par les technologies les plus récentes ? Forte de sa base de fans établie dans le monde entier, cette dernière pourrait bien jouer un rôle majeur dans la restauration de l’image de marque de Nissan. Lors de l’arrêt de la production de la GT-R, le 26 août 2025, le PDG de Nissan, Ivan Espinosa, a déclaré : « Même si nous n’avons pas encore de plan précis à ce stade, la GT-R évoluera et réapparaîtra à l’avenir. »

J’espère vraiment qu’un jour, la GT-R fera son retour sous la forme d’une « hyper sportive » électrique encore plus puissante, plus propre et plus sûre.

(Photo de titre : un alignement des générations historiques de la GT-R. À l’avant se trouve la GT-R 2025, dernier modèle R35. Derrière elle figurent les générations précédentes de la Skyline GT-R : à partir de la droite, la deuxième génération « Ken-Mary », la troisième génération R32, la cinquième génération R34, la quatrième génération R33 et la première génération de ce modèle. © Nissan Motor)

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