70 ans après sa création, le Nihon Hidankyô poursuit le combat des survivants des bombes atomiques
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La Confédération japonaise des organisations de victimes des bombes A et H (Nihon Hidankyô), seule organisation nationale représentant les survivants des bombardements atomiques (hibakusha), a fêté ce lundi le 70e anniversaire de sa création. Récompensée par le prix Nobel de la paix en 2024, elle rassemble des survivants qui, unis autour de l’idée de « sauver l’humanité de la crise grâce à leurs expériences », réclament depuis des décennies l’abolition des armes nucléaires au Japon comme à l’étranger.
Parmi eux figurait Iwasa Mikisô, ancien représentant exécutif de l’organisation, décédé en 2020 à l’âge de 91 ans. Après avoir vu sa mère mourir sous ses yeux et vécu la douleur de devenir orphelin, il répétait souvent dans les interviews : « Nous devons transformer l’héritage négatif des armes nucléaires en une leçon pour l’avenir. »
Le 6 août 1945, alors âgé de 16 ans, Iwasa se trouvait dans le jardin de sa maison à Hiroshima, à environ 1,2 kilomètre de l’hypocentre. Il ressentit une onde de choc semblable à un violent coup porté à l’arrière de la tête et fut projeté au sol, sans toutefois subir de blessures graves.
« Ma maison et la ville avaient disparu. En voyant ce paysage de mort, je suis tombé dans le désespoir », se souvenait-il après avoir réussi à se relever au milieu des décombres.
Après avoir retiré les tuiles de la maison effondrée et brisé un mur en terre, il aperçut sa mère, prisonnière des décombres et incapable de bouger. Il tenta désespérément de la sauver, mais un immense mur de flammes s’approchait d’eux.
« Fuis vite », lui supplia sa mère.
Iwasa n’eut d’autre choix que de s’enfuir, après lui avoir dit : « Je suis désolé. Je te rejoindrai bientôt. » Quelques jours plus tard, il dut lui-même incinérer le corps de sa mère.
Pendant le mois qui suivit, il parcourut inlassablement les environs de l’hypocentre à la recherche de sa petite sœur, mais ne parvint même pas à retrouver sa dépouille. Il tomba lui-même malade en raison des effets aigus des radiations. Son père étant décédé quelque temps auparavant des suites d’une maladie, il se retrouva complètement orphelin.
« J’ai tué ma mère », confia-t-il en larmes à sa tante maternelle lorsqu’il arriva chez elle.
Après la fin de la guerre, il commença à travailler avec le soutien de sa tante, avant d’intégrer, sur les conseils de son entourage, l’Université de Nagoya. Il devint par la suite professeur à l’Université de Kanazawa.
En août 1956, le Nihon Hidankyô fut créée. Quatre ans plus tard, Iwasa fonda l’Association des amis des victimes de la bombe atomique de la préfecture d’Ishikawa, rejoignant ainsi le mouvement national.
Il entreprit alors des recherches sur les conséquences physiques et psychologiques des bombardements sur les hibakusha, dirigea des négociations avec le gouvernement et se rendit même en Grande-Bretagne, puissance nucléaire, pour témoigner de son expérience.
Il devint représentant exécutif de Nihon Hidankyô en 2011, puis conseiller en 2017. Malgré un cancer de la prostate et d’autres problèmes de santé, il consacra toutes ses forces à cette cause : « Je ne veux que personne ne connaisse à nouveau une mort comme celle de ma mère ou de ma sœur. »
Au cours de ses dernières années, Iwasa s’est particulièrement consacré à la transmission de la mémoire aux générations suivantes. En 2011, il contribua à la création de l’Association pour la transmission de la mémoire « No More Hibakusha », dont il devint directeur exécutif.
« Préserver cette mémoire consiste à comprendre le parcours de vie des irradiés et à faire nôtre leur message selon lequel les bombes atomiques ne doivent jamais exister », expliquait-il.
« Il s’agit de savoir comment faire face à la bombe atomique en tant qu’êtres humains. Les hibakusha sont des enseignants qui montrent la voie à suivre à l’ère nucléaire. Nous devons transformer cet héritage négatif en une leçon pour l’avenir. »
Portant toute sa vie un profond sentiment de culpabilité envers sa mère, Iwasa a consacré chacune de ses journées au combat pour l’abolition des armes nucléaires.
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