Promenade autour de la Tokyo Skytree

Les ateliers-boutiques du quartier de la tour Tokyo Skytree

Culture Tourisme

L’arrondissement de Sumida abrite plusieurs quartiers dans lesquels fleurissait la culture des artisans traditionnels pendant l’époque d’Edo. Il devint ensuite à l’ère Meiji le berceau de l’industrie légère du Japon. Cette culture est encore vivace aujourd’hui. Nous avons visité quelques uns des ateliers-boutiques parsemés dans la périphérie de la Tokyo Skytree inaugurée il y a deux ans.

Activité manufacturière dans les quartiers populaires

Le cœur de Tokyo est divisé en 23 arrondissements. La tour Tokyo Skytree se trouve dans l’arrondissement de Sumida, à l’est. L’histoire de ses différents quartiers est étroitement liée au développement de l’activité manufacturière.

Pendant toute l’époque d’Edo, profitant du transport par voie fluviale sur la Sumida, la production artisanale de tuiles, menuiserie, teinture etc. était florissante. Au passage à l’ère Meiji dans la seconde moitié du XIXe siècle, les quartiers se sont adaptés et ont participé de façon centrale au développement de l’industrie légère dans une multitude d’usines et d’ateliers : traitement du métal, fabrication de verre, textiles, cuir, jusqu’à la production de jouets en celluloïd.

Plus tard, malgré les dégâts causés par le grand tremblement de terre du Kantô en 1923 puis les attaques aériennes sur Tokyo à la fin de la guerre, les quartiers ont assuré la vie de leurs habitants en produisant des produits d’usage quotidien et des pièces détachées pour l’industrie.

Aujourd’hui encore, la production industrielle et artisanale de l’arrondissement de Sumida reste très active. Le projet « Sumida ateliers-boutiques » vise à promouvoir l’intégration de l’activité de vente au détail directement dans les ateliers de fabrication, et ceci avec l’objectif de développer la production et d’assurer la transmission des savoir-faire de l’artisanat traditionnel, tout en familiarisant les consommateurs avec l’univers de la fabrication.

Les ateliers-boutiques des alentours de la Tokyo Skytree intègrent des idées et des designs nouveaux aux techniques traditionnelles, dans une conception éternelle du bel objet. Allons toucher du doigt l’esprit de l’artisan japonais, sa passion pour son savoir-faire dans trois de ces ateliers de papier japonais, de paravents, et de baguettes.

En explorant les ateliers-boutiques…

Un champ expérimental de création moderne pour le papier japonais

Le Kamism Lab qui a ouvert en avril 2011, est un atelier-boutique spécialisé dans la fabrication et la transformation du papier japonais. Bien que toujours fabriqué selon une technologie traditionnelle, le papier japonais trouve maintenant des applications dans l’aménagement intérieur et l’éclairage, grâce aux couleurs et au design contemporain. La boutique présente également des articles de papeterie et autres accessoires.

« Les clients s’étonnent souvent et nous demandent : “C’est vraiment fait en papier ?” » raconte Mme Watanabe, employée de l’atelier-boutique.

Dans l’atelier, il est également possible de s’initier aux techniques traditionnelles de traitement du papier comme la gravure sur bois, la technique du kushibiki ou « au peigne », ou celle du suminagashi (« marbré à la cuve », technique vieille de plus de 1 000 ans de motifs créés en soufflant sur des encres en flottaison sur de l’eau, puis en transférant l’encre sur une feuille de papier). « Notre premier objectif est de faire découvrir les multiples possibilités du papier », dit Mme Watanabe.

(À gauche) L’exposition des œuvres et des outils permet aux visiteurs de comprendre les diverses techniques de traitement traditionnel. (À droite) On peut voir de près le travail de gravure effectué par des artisans qualifiés.


(À gauche) Expérience de la gravure sur bois. (À droite) Kushibiki. Technique empruntée aux plâtriers, permettant de tracer de jolis motifs linéaires avec un outil en forme de peigne sur une encre épaisse.


(À gauche) Gravure sur bois : le mot « merci » imprimé en différentes langues. La broche rouge est fabriquée dans le même papier. (Au centre) Les chutes de papier peint ou d’essais d’impression sont vendus à prix discount. (À droite) Dessous de verres, cartes postales… Des objets très pratiques pour faire des cadeaux souvenirs.

 

Kamism Lab

  • Mme Watanabe Mayuko, du service commercial, et Monsieur Nakanishi Katsuteru du département production

    3-7-11 Narihira, Sumida-ku, Tokyo (à 2 minutes à pied de la station Oshiagé du réseau Tokyo Metro, sortie B2) / tél : +81.3.5637.8571

  • Ouverture : tous les jours (sauf mardi et jours fériés) de 10h à 18h30 (atelier jusqu’à 16h45). *L’atelier est fermé le lundi, mardi, et jours fériés. Le magasin est ouvert les week-ends et quand un jour férié tombe un samedi ou un dimanche.
  • Atelier : Merci de réserver pour les groupes de 4 ou plus personnes
  • Il est possible de s’initier à la gravure sur bois et au Kushibiki. Par exemple, pour la gravure sur bois, la réalisation de trois feuilles format carte postale coûte 1000 yens. Compter 15 minutes environ.
  • http://kamism.co.jp/

Un savoir faire artisanal qui permet d’adapter tout motif sur paravent.

La maison Kataoka Byôbu-ten (byôbu veut dire paravent en japonais) est en train d’ouvrir un nouvel univers au paravent, grâce à sa maîtrise des techniques artisanales traditionnelles.

Le principe de M. Kataoka Kyôichi, patron de la deuxième génération de la maison : « Vous avez un kimono ou un obi auquel vous tenez tout particulièrement ? Nous en faisons un paravent que vous pourrez exposer avec fierté. Nous étudions tout ce qu’il est possible de la faire pour répondre à vos souhaits. Nous avons déjà transformé des cravates d’un père qui représentaient un souvenir particulier pour une famille en paravent, ainsi qu’une robe de bonze. Mais ce n’est pas tout, nous avons réalisé des paravents en émail aussi, et même en 3D. “Désolé, nous ne faisons pas ça…” Cette phrase ne fait pas partie de notre vocabulaire, sinon, c’est fini ! »

Le « Musée du paravent » qui dépend de la boutique Kataoka Byôbu-ten (et a obtenu le label « petit musée » de l’arrondissement de Sumida en 1996), expose en permanence ses plus belles réalisations. Il est également possible d’assister à une démonstration de karakuri byôbu (« paravent à effets mécaniques »), un paravent à panneaux mécaniques et papier japonais à changement d’images (réservation obligatoire).

(À gauche) Exposition d’œuvres d’une grande originalité, qui montre un nouvel horizon dans l’univers du paravent. (À droite) Ces deux paravents sont très demandés par les clients étrangers comme souvenir.


Dans le Musée du paravent sont également exposés les outils traditionnels et le processus de fabrication des byôbu.


(À gauche) M. Kataoka explique la structure du byôbu mécanique à l’aide d’un grand modèle de paravent. (À droite) Dans la classe atelier, on peut s’initier à la fabrication d’un paravent mécanique, qui fait apparaître 4 images différentes par le maniement de deux panneaux.

 

Kataoka Byôbu-ten

  • La famille Kataoka, (de gauche à droite) Mitsuko, Kyôichi, Yui et Sai.

    1-31-6, Mukojima, Sumida-ku, Tokyo (1 minute à pied de la gare Tokyo Sky Tree sur la ligne Tôbu, 5 minutes à pied de la station Honjo-Azumabashi du réseau Toei Métro, 6 minutes à pied de la station de Oshiage de Tokyo Metro) / tél : +81.3.3622.4470

  • Ouverture : toute l’année (sauf vacances du Nouvel An) de 10h à 17h. *Quelques fermetures irrégulières également possibles.
  • Atelier : Réservation obligatoire pour les groupes de plus de 10 personnes (possibilité jusqu’aux groupes de 50 personnes) . Frais : 3000 yens par personne pour 2 heures environ.
  • http://www.byoubu.co.jp/

Vous y trouverez baguettes à votre main !

M. Takeda Katsuhiko, patron de Edo-kibashi Daikoku-ya était à l’origine représentant de commerce pour un grossiste en article de vaisselle. Un jour d’il y a 20 ans, il s’aperçut que des baguettes qu’il avait achetées en gros présentaient un petit problème et n’étaient pas très maniables. Il prit conseil auprès d’un artisan pour les modifier, mais elles n’étaient toujours pas idéales. Il décida alors de les retravailler lui-même. Il est aujourd’hui devenu l’un des artisans fabricant de baguettes les plus réputés du pays.

Parmi ses articles les plus innovants de la maison Daikoku-ya, on remarquera en particulier les « Baguettes heptagonales », véritable chef-d’œuvre introuvable chez d’autres fabricants. Les baguettes s’utilisent en prenant appui sur trois doigts : le pouce, l’index et le majeur, et les baguettes pentagonales ou heptagonales s’avèrent les plus conformes à l’anatomie de ces doigts pour une prise en main optimale, ce que M. Takeda appelle « l’esthétique impaire ».

(À gauche) Les fameuses baguettes heptagonales. Leur structure les rend plus maniables que celles à section carrée, tout en étant moins fuyantes que les baguettes rondes. (À droite) Pour que les clients puissent les essayer sans hésitation, les produits sont présentés sans emballage.


(À gauche) Le magasin et l’atelier sont séparés, mais si vous avez de la chance, vous pouvez voir l’artisan donner un dernier coup de rabot. (À droite) Des baguettes dont le gros bout est hexagonal (6), le corps triangulaire (3), et la pointe carrée (4), une œuvre d’art conceptuel basée sur la hâteur de 634m de la Tokyo Skytree. C’est ce modèle qui est utilisé par le restaurant panoramique de la tour.

 

Edo-kibashi Daikoku-ya

  • M. Takeda Katsuhiko.

    2-3-6 Higashi Mukôjima, Sumida-ku, Tokyo (à 3 minutes à pied de la gare de Hikifune de la ligne Tôbu, 7 minutes à pied de la gare de Hikifune de la ligne Keisei) / tél : +81.3.3611.0163

  • Ouverture : tous les jours (sauf dimanche, jours fériés, 2e et 3e samedis du mois) de 10h à 17h
  • http://www.edokibashi.com/

(D’après un original japonais écrit par Sasaki Kaori. Photographies de Yamada Shinji)

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