Dossier spécial L'histoire du whisky japonais
Qu’est-ce qui rend le whisky japonais « japonais » ?
Quand le Japon bat l'Écosse à son propre jeu...

Tim Hornyak [Profil]

[20.07.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 |

Depuis quelques années, le whisky japonais ne cesse de marquer des points, à mesure que sa popularité s’accroît auprès des buveurs du monde entier et qu’il engrange les prix dans les concours internationaux. Brian Ashcraft et Kawasaki Yûji, deux amateurs éclairés, viennent de publier un livre en anglais qui retrace l’histoire de la boisson japonaise et propose un assortiment de choix délicieux et tout à fait abordables.

Brian Ashcraft

Brian AshcraftÉcrivain et journaliste. Né en 1978 à Dallas, au Texas. Étudie l’histoire de l’art à l’Université Cornell. S’installe à Osaka en 2001 et se lance dans l’enseignement de l’anglais. Commence à écrire pour « Wired » en 2003, puis se consacre en 2005 à l’écriture à plein temps pour le site d’information sur les jeux vidéo « Kotaku », où il est aujourd’hui rédacteur en chef. Chroniqueur pour le Japan Times, il est l’auteur et le co-auteur de cinq ouvrages, dont Japanese Whisky : The Ultimate Guide to the World’s Most Desirable Spirit (Le whisky japonais : guide suprême vers le spiritueux le plus désirable au monde, 2018) et Japanese Tattoos : History, Culture, Design (Les tatouages japonais : histoire, culture, design, 2016).

Kawasaki Yûji

Kawasaki YûjiBlogueur sur le whisky. Né dans la préfecture de Hiroshima, terre natale de Taketsuru Masataka, le père du whisky japonais. Crée son blog en langue japonaise « One More Glass of Whisky » (Encore un verre de whisky) en 2013, après s’être dit qu’il n’y avait pas suffisamment de sources indépendantes d’information sur la dégustation du whisky japonais. Vit aujourd’hui à Hokkaidô.
Site web

Une cote qui explose dans le monde entier

Tous les ans, le site Internet dédié aux boissons « TheDrinksReport.com » présente le concours international des whiskies, qui propose un éclairage sur l’excellence en matière de whisky. Il n’est pas surprenant qu’en 2018, les prix du meilleur blended malt et du meilleur single malt aient été attribués à des whiskies japonais – le Hakushû, 25 ans d’âge, et le Taketsuru, 17 ans d’âge. Le Japon a ajouté un autre trophée à son palmarès quand Ichiro’s Malt de Venture Whisky, un fabricant mineur et relativement nouveau sur la scène, s’est vu attribuer le Prix du meilleur blended à tirage limité.

Alignement de bouteilles de whisky au bar « Cordon Noir » de Kyoto.

Depuis 2003, année où le single malt 12 ans d’âge Yamazaki de Suntory est devenu le premier whisky japonais à remporter une médaille d’or au prestigieux Concours international des spiritueux, le Japon n’a cessé de progresser dans la confection du whisky. Les concours ont désormais des catégories à part pour le whisky japonais, et les distillateurs nippons sont en position dominante sur la scène internationale.

Un article de l’agence de presse mondiale Associated Press a fait la manchette du journal Independent en 2017, avec un titre qui témoigne bien du grand bon en avant accompli par le Japon : « Le Japon bat l’Écosse à son propre jeu et devient le champion du monde du whisky ». La reconnaissance internationale des grands whiskies japonais, couplée au boom des whiskies highball (combinaison de whisky, glaçons et eau gazeuse) au Japon, a pris les fabricants de court et généré une explosion de la demande et des prix. Une boutique duty-free de l’aéroport de Haneda épuise tous les matins en 10 minutes son stock quotidien de 12 bouteilles de Suntory Hibiki, et si l’on en croit le journal Nikkei Asian Review, les bouteilles de Yamazaki s’arrachent à 50 000 yens (environ 380 euros) dans le quartier de Ginza à Tokyo. Certains acheteurs misent sur le whisky japonais en tant qu’investissement et Suntory a récemment annoncé qu’il va interrompre la vente du Hibiki 17 ans d’âge (qui apparaît dans le film américain Lost in Translation) et du Hakushû 12 ans d’âge pour cause d’épuisement des stocks. Les grands crus de whisky se font désormais de plus en plus rares au Japon, et si vous entrez chez un caviste, vous aurez bien de la chance de trouver la moindre bouteille millésimée de whisky japonais…

Verres à whisky brillamment éclairés à la distillerie Yamazaki de Suntory (préfecture d’Osaka)

Tags :
  • [20.07.2018]

Journaliste né à Montréal, au Canada. Diplômé en journalisme de l’Université de Carleton à Ottawa, il a travaillé notamment pour Kyodo News, NHK, CNet, IDG News pendant 20 ans. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les inventeurs japonais, les ingénieurs, les roboticiens et des scientifiques ayant reçu le prix Nobel. Ses travaux ont fait l’objet d’articles dans diverses publications telles que Nature, Science, Scientific American et sur Internet. Il est également l’auteur de Loving the Machine: The Art and Science of Japanese Robots et a contribué à la rédaction de plusieurs guides de voyage Lonely Planet. Il habite à Tokyo depuis 12 ans.

Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Le fabuleux destin de Taketsuru Rita, l’épouse de celui qui inventa le whisky japonaisIl y a 96 ans, une fille de médecin dans une petite ville d’Écosse était tombée amoureuse d’un étudiant japonais… Suivons les traces de Jessie Roberta “Rita” Cowan qui épousa Taketsuru Masataka, le futur fondateur de Nikka Whisky, vint vivre avec lui au Japon et le soutint toute sa vie.
  • Le whisky « Made in Japan » devenu un label de classe mondialeL’époque héroïque de Taketsuru Masataka ne pouvait s’arrêter à simplement produire un whisky « Made in Japan », il fallait que celui-ci fût le meilleur du monde. Deux générations furent nécessaires pour en arriver là, mais l’esprit du grand pionnier flotte encore sur les alambics…
  • La naissance du whisky « Made in Japan »Alors que le Japon est connu pour son saké, son whisky lui vaut également un prestige extraordinaire. Des connaisseurs du monde entier de plus en plus nombreux sont séduits par le liquide ambré « Made in Japan », alors même que la production commerciale y a débuté seulement il y a moins d'un siècle. Nous verrons ici comment Taketsuru Masataka, le père du whisky nippon, a importé les techniques de distillations écossaises.
  • Le monde reconnaît la noblesse du whisky « Made in Japan »Né en Europe, c’est en Écosse que le whisky a évolué en « alcool de référence » pour le monde entier. Au Japon, la production de whisky a débuté il y a 90 ans. C’est le temps qu’il a fallu pour que sa qualité lui confère le droit d’être comparé aux plus grands de son pays d’origine. Aujourd’hui, les amateurs lui prêtent toute leur attention.

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone