Sous le feuillage des arbres géants du Japon

Les géants de la forêt accueillent leurs nouvelles feuilles

Culture

Au Japon, où l’année scolaire et fiscale débute en avril, le printemps est la saison de séparation et de rencontre. Au moment où les cerisiers disent adieu à leurs pétales de fleur, les arbres à feuilles caduques accueillent la venue de leurs nouvelles feuilles. Cette renaissance verdoyante est particulièrement grandiose lorsqu’il s’agit des arbres géants, qui nous donne la force de se lancer dans un nouveau départ.

Après la chute des fleurs de cerisiers vient la belle saison des feuilles vertes. Les chênes des forêts mixtes aux alentours des villes ouvrent tous en chœur leurs bourgeons pour annoncer l’installation du printemps. Les castanopsis et les camphriers comptent parmi les espèces les plus remarquables en cette saison. En effet, ces géants à feuilles persistantes remplacent leurs anciennes feuilles par des nouvelles environ un mois plus tard que les espèces à feuilles caduques.

Plus impressionnants encore sont justement ces arbres à feuilles caduques, lorsqu’ils passent de la nudité sèche et brune de l’hiver à une régénérescence complète de leur verdure. Des grands katsura, ginkgos ou zelkova enveloppés de leur feuillage tout frais naissent alors une splendide énergie vitale.

La couleur des jeunes feuilles varie en fonction de l’espèce, et cela, chaque arbre est prêt à vous le montrer. Profitez donc du fabuleux spectacle de cette nature japonaise et de cette saison printanière, période où l’on dit que « la montagne sourit ».

Le ginkgo de Kita-Kanegasawa (Aomori)

Espèce : ginkgo (ginkgo biloba)
Localisation : 356, Aza Shiomigata, Kita-Kanegasawa, Fukaura-machi, Nishi-Tsugaru-gun, Aomori-ken 038-2504
Circonférence : 22 m, hauteur : 33 m, âge : 1 000 ans
Patrimoine naturel du Japon
Taille  ★★★★★
Vigueur  ★★★★★
Forme  ★★★★★
Branchage  ★★★★
Majesté  ★★★★★

Le « Ginkgo cithare » de Tsushima, l’île située au sud-ouest de l’Archipel, à mi-chemin entre celui-ci et la péninsule de Corée, serait le plus vieux ginkgo du pays. Pourtant, les ginkgos géants sont bien plus nombreux dans le nord-est du pays que dans les régions plus chaudes et plus proches du continent. Dans la préfecture d’Aomori, sont répertoriés 12 ginkgos géants dont le tronc dépasse les 10 mètres de circonférence...

Parmi ces derniers, citons le plus grand : le ginkgo de Kita-Kanegasawa. C’est sans conteste l’un des arbres les plus massifs de tout le Japon. Personne ne le sait, mais en ce lieu trône probablement le plus grand ginkgo du monde.

Ses innombrables racines aériennes sont d’une diversité étonnante. Certaines ont même atteint le sol et sont désormais totalement intégrées au tronc. Au point qu’il est totalement impossible de déterminer si telle partie est une branche, une racine, ou une partie du tronc. Devant une telle force de la nature, il ne nous reste plus qu’à s’incliner…

Les racines aériennes du ginkgo sont appelées « seins », et longtemps, ces arbres géants ont fait l’objet d’une dévotion populaire de la part des femmes qui ne pouvaient pas allaiter. Les très nombreuses racines aériennes du ginkgo de Kita-Kanegasawa lui ont valu l’affectueux nom de « ginkgo aux seins gonflés ». On dit que certaines personnes raclaient ces racines pour les boire en infusion. Et avec une certaine efficacité, puisque les chansons folkloriques de la région parlent des sept merveilles de Tsugaru, parmi lesquelles « de l’arbre offert / par dieu ici-bas / du lait en jaillira ».

Le grand katsura d’Itoi (Hyôgo)

Espèce : katsura (Cercidiphyllum japonicum)
Localisation : Takenouchi, Wadayama-chô, Asago-shi, Hyôgo-ken 669-5237
Circonférence : 19,55 m, hauteur : 36 m, âge : plus de 2 000 ans
Patrimoine naturel du Japon
Taille  ★★★★★
Vigueur  ★★★★★
Forme  ★★★★
Branchage  ★★★★★
Majesté  ★★★★

C’est probablement le plus grand et le plus impressionnant de tous les grands katsura du Japon, tout au moins par sa circonférence. À une heure et demie en voiture des vestiges du château de Takeda, connu comme « le château dans le ciel », car il s’élève au-dessus de la mer de nuages, se trouve le hameau de Takenouchi, au fond de la vallée d’Itoi, à l’extrême nord de la ville d’Asago. En remontant sur quatre kilomètres le cours de la rivière Itoi, le katsura géant se présente à nous. La grande majorité des katsura géants ne résidant qu’au fond des montagnes, leur rendre visite se paie d’un véritable effort. Cependant, comme le katsura d’Itoi se trouve en bordure du chemin menant vers le sommet du mont Higashi-Tokonoo, à un kilomètre au nord, les lieux sont régulièrement entretenus, et aménagés avec bancs et toilettes, pour pouvoir l’admirer sans se fatiguer.

Le tronc principal n’existe déjà plus, mais sa forme est toujours là, constituée par l’ensemble des rejetons regroupés et constitués en faisceau. Ils seraient plus de 80 troncs secondaires, tous à peu près de taille cohérente et disposés régulièrement, bien droits, ce qui donne à l’ensemble un aspect particulièrement harmonieux. Vous éprouverez une sensation étrange en apercevant, au cœur du faisceau, une espace vide qui correspond à l’endroit où devait se trouver le tronc principal, du temps où il existait. Combien de crues de la rivière Itoi qui coule à proximité a-t-il supporté pour que le géant tienne depuis si longtemps ? Les racines, mises à nu par le courant, apparaissent jusqu’à plusieurs dizaines de mètres en aval, comme de gros serpents.

Selon une légende, le pays fut sauvé d’une sévère sècheresse par un moine qui habilla l’arbre de sa soutane, avant de prier pour la venue de la pluie. Le surnom de « L’arbre vêtu » lui est resté, et il est toujours révéré comme un arbre sacré.

On le dit vieux de 2 000 ans. Il serait l’arbre sur lequel s’est posé le héron blanc chevauché par Kanayako, le dieu de l’acier, qui apporta aux hommes la technologie du tatara. Autrefois, toute forge à bas-fourneau traditionnel tatara plantait un katsura en honneur du dieu Kanayako. Et autrefois, les monts Tokonoo et Kanatoko étaient effectivement des lieux de production sidérurgique. Il n’est donc pas impossible que le grand katsura d’Itoi ait bel et bien été planté de main d’homme il y a 2 000 ans.

Le Grand Roi Agariko (Akita)

Espèce : hêtre du Japon (Fagus crenata)
Localisation : Aza Nakajimadai, Yokooka, Kisakata-machi, Nikaho-shi, Akita-ken 018-0151
Circonférence : 7,62 m, hauteur : 25 m, âge : 300 ans
Taille  ★★★
Vigueur  ★★★★★
Forme  ★★★★★
Branchage  ★★★★
Majesté  ★★★

Le « hêtre chandelier », sur le chemin à proximité du Grand Roi Agariko vaut aussi le détour.

La forêt de hêtres au pied du mont Chôkai fait l’objet d’un grand intérêt de la part des amateurs de la nature depuis quelques années. La plupart de ces forêts sont constituées de hêtres, baptisé agariko, déformés par la main de l’homme. Agariko signifie à l’origine « les jeunes pousses sorties plus haut que la terre ». Comme son nom l’indique, ce hêtre doit sa forme étrange à ses pousses : elles sont sans doute sorties d’une souche coupée par des bûcherons en hauteur, peut-être à cause de la neige qui s’était accumulée jusque-là, il y a très longtemps. À environ deux mètres du sol, une multitude de branches se divisent, générant une apparence assez sinistre pour un hêtre, sans compter que plusieurs autres arbres présentent la même forme aux alentours. Et pourtant, il serait bien malvenu de critiquer ces formes ! En effet, les vestiges de plus de 50 fours à charbon ont été découverts dans cette forêt…Ces arbres ont donc certainement été coupés pour produire du charbon de bois.

Le Grand Roi Agariko est considéré comme le plus grand hêtre du parc naturel de Nakajimadai, au pied du côté nord du mont Chôkai. Cinq grosses branches se développent à partir d’une hauteur de deux mètres, lui donnant la forme très impressionnante d’une main géante aux doigts ouverts. L’écorce blanche caractéristique des hêtres est chez lui recouverte de mousses. Cela prouve qu’il pousse dans un environnement très humide. Le nombre de visiteurs a augmenté depuis qu’il a été sélectionné par l’Agence nationale des forêts pour figurer dans la liste des « 100 arbres géants de la forêt du Japon ». Un sentier circulaire a été aménagé pour en faire le tour et assurer sa sauvegarde.

Selon certaines hypothèses, le lieu se trouve à proximité d’un endroit qui a été recouvert par un gigantesque éboulement rocheux des hauteurs du volcan du mont Higashi-Chôkai, il y a 2 600 ans, ce qui aurait conduit à la formation d’une nouvelle forêt. Toute la région est en effet riche en très vieux hêtres comme celui-ci, et les nombreux lacs de la région abritent les célèbres marimo (« boules de mousse », ou Aegagropila Linnaei). Nous voici dans un autre monde, où s’écoule un temps bien différent de celui d’ici-bas.

(Texte et photos : Takahashi Hiroshi)

arbre printemps