Dossier spécial Les différents courants de l'animation japonaise
« Evangelion », ou la consécration mondiale d’un chef-d’œuvre
Le dernier volet de la saga est prévu pour 2020

Hikawa Ryûsuke [Profil]

[07.03.2019] Autres langues : ESPAÑOL |

Un quart de siècle après sa sortie, Evangelion attire toujours de nouveaux fans. Sa diffusion mondiale sur Netflix, ainsi que la sortie prévue en 2020 de Shin-Evangelion, censé clôturer la célèbre saga, sont l’occasion de réévaluer l’extraordinaire portée esthétique ainsi que celle des valeurs exprimées par cette série. (Trailer officiel de Netflix en fin d’article)

À la fin des années 1990 : un véritable phénomène de société

Les 26 épisodes de l’anime Evangelion (le nom complet de l’œuvre est Neon Genesis Evangelion) diffusé originellement en 1995, ainsi que les deux longs métrages sortis en 1997, provoquèrent un véritable phénomène social pendant la seconde moitié des années 90. Ils seront diffusés exclusivement sur Netflix à partir du printemps 2019.

Le point de départ de l’histoire est très simple : un garçon de 14 ans, Ikari Shinji, est contacté par son père dont il n’avait plus aucune nouvelle afin de devenir pilote d’un géant humanoïde que l’on appelle EVA. Le jeune homme se retrouve donc impliqué, sans en comprendre les tenants et les aboutissants, dans la lutte contre une forme de vie mystérieuse et ennemie que l’on appelle les « Anges » …

Certes, les éléments récurrents au genre de l’anime de mecha, de Mazinger Z à Gundam, sont nombreux. Le concept de base de l’intrigue est de même conforme au schéma générique des dessins animés classiques, où le personnage principal cherche alors la place qu’il occupe dans le monde à partir des interactions avec les autres personnages. Les éléments typiques d’une œuvre de divertissement non plus n’ont pas été oubliés.

Mais Evangelion ne s’arrête pas là. Il présente plusieurs spécificités remarquables. Au-delà des mystérieux mots-clés qui parsèment le récit un peu partout, l’imagination du spectateur est dirigée et entretenue par une structure narrative et un univers inhabituel, le tout accompagné d’une psychologie profonde des personnages. La puissance visuelle des combats et la mise en scène stylée accrochent également fortement l’attention du spectateur.

En 2020 : Shin Evangelion, la fin de la saga

En 1995, lors de sa première diffusion, la série Evangelion avait été programmée sur le créneau « début de soirée ». Puis elle avait été rediffusée, mais cette fois sur un créneau « fin de soirée » peu avant la sortie en salle des longs métrages en salle en 1997, ce qui avait contribué à sa popularité auprès d’une autre catégorie de spectateurs. Cette stratégie a donné naissance à un modèle commercial basé sur la diffusion d’animes durant la nuit, qui permettait un retour sur investissement par la vente de packages vidéo. Ce système a bouleversé le marché de l’animation : pour la première fois, c’était l’anime en lui-même, et non plus ses produits dérivés, qui permettait grâce à la vente de vidéos de rentabiliser plus efficacement les dépenses. De ce point de vue également, Evangelion est un titre à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire de l’animation japonaise.

Après les 26 épisodes et les 2 films, une nouvelle série voit le jour en 2007. Elle se nomme Rebuild of Evangelion, et se composera de quatre films d’animation dont les trois premiers volets sont : Prologue [ou 1.0 You Are (Not) Alone, 2007], Développement [ou 2.0 You Can (Not) Advance, 2009], Q [ou 3.0 You Can (Not) Redo, 2012]. Le point de départ de l’histoire et l’univers étaient identiques à ceux de la série originale, mais le développement prenait soudain au milieu une direction différente. La surprise fut totale, assurant un nouveau succès phénoménal ! La production du quatrième titre de cette série, dont il est attendu qu’il devienne le point d’orgue final, se poursuit. L’objectif étant une sortie en 2020 sous le titre Shin Evangelion (ou Evangelion 3.0 + 1.0).

Ainsi, un quart de siècle après la sortie de la première série, la popularité d’Evangelion se maintient à un niveau rarement atteint, précisément grâce à cette structure de work in progress, d’œuvre en recherche d’une constante évolution.

Anno Hideaki, concepteur et réalisateur de cette phénoménale série, est né en 1960. Il est considéré comme l’un des chefs de file de la « première génération » de créateurs qui ont grandi à l’époque de l’évolution rapide des techniques d’animation visuelles, quand les effets spéciaux gagnaient davantage en qualité. En 2016, il a écrit le scénario et a réalisé le long métrage en live-action Godzilla Resurgence (Shin Godzilla), qui a engrangé un succès de 8,25 milliards de yens au box-office…

Quelle surprise nous réserve donc le nouveau bébé de ce faiseur de hit ? Shin Evangelion va-t-il être un nouveau chef-d’œuvre après 8 ans de silence ? À l’approche de ce prochain nouvel opus, l’attention grimpe en flèche…

Les personnages principaux d’Evangelion, Ikari Shinji et Ayanami Rei © khara/Project Eva.

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  • [07.03.2019]

Né en 1958. Chercheur spécialisé dans les films d’animation et les effets spéciaux (tokusatsu). Professeur invité à l’Institut de recherches de troisième cycle de l’Université Meiji. A travaillé en tant qu’ingénieur informaticien. Ecrivain et critique spécialiste de l’image y compris du point de vue technique. Actuellement directeur du Anime Tokusatsu Archive Center (ATAC), présidé par Anno Hideaki, le concepteur d'Evangelion.

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