Dossier spécial Les endroits à visiter à tout prix !
Le quartier Golden-gai à Shinjuku : un haut lieu de la prostitution devenu le paradis des buveurs
[07.12.2018] Autres langues : ESPAÑOL |

La partie ouest de l’arrondissement de Shinjuku à Tokyo abrite un petit quartier unique en son genre appelé Shinjuku Golden-gai. Ce lieu aujourd’hui rempli de bars minuscules a d’abord été voué à des activités de marché noir et de prostitution avant de devenir le rendez-vous de prédilection d’intellectuels amateurs de discussions bien arrosées se prolongeant jusqu’à l’aube. À l’heure actuelle, il est en train de s’ouvrir à tous les types de clientèle depuis que ses établissements sont peu à peu repris par des jeunes.

Le Shinjuku Golden-gai est une petite enclave intacte du Tokyo de jadis nichée au cœur de Shinjuku, un des principaux quartiers commerçants de la capitale japonaise. Ces derniers temps, les touristes venus de l’étranger sont de plus en plus nombreux à se presser dans ses petites ruelles, si bien qu’il est animé de jour comme de nuit.

Une ambiance tout à fait singulière

Situé à moins de dix minutes à pied de la sortie est de la gare de Shinjuku, le Shinjuku Golden-gai est accolé au Kabuki-chô, un quartier chaud regorgeant de bars, de restaurants, de cinémas et d’autres divertissements. En y pénétrant pour la première fois, difficile de ne pas être surpris par le changement soudain d’atmosphère qui caractérise cet endroit singulier…

Le côté souvent énigmatique des enseignes lumineuses éclectiques du Golden-gai fait partie intégrante de son charme étrange. On ne peut guère s’y fier pour se faire une idée de ce qui se passe à l’intérieur des bars. Les initiés se glissent furtivement derrière la porte d’entrée de leurs bistrots préférés.

À l’intérieur du quartier, quelque 280 minuscules établissements vétustes se serrent les uns contre les autres. Chacun a une superficie au sol d’à peine 10 à 15 mètres carrés et il est le plus souvent pourvu d’un petit escalier menant à un premier et plus rarement un second étage. Les ruelles étroites sont pleines de gens en quête de la prochaine étape de leur tournée des bars.

Nao est la propriétaire du Nabesan, un débit de boissons qui a ouvert ses portes il y a 45 ans. D’après elle, « pour apprécier pleinement le Golden-gai, mieux vaut connaître son histoire avant de venir y boire ». Voici donc un aperçu de l’évolution de ce quartier à nul autre pareil depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui.

Nao, la patronne du Nabesan, en train de fumer une cigarette derrière le comptoir exigu de son minuscule bar du Golden-gai

Du marché noir à la prostitution

Les débuts du Golden-gai remontent à 1945, juste après la défaite du Japon à l’issue de la Seconde Guerre mondiale. À l’époque, l’endroit, appelé Sankô-chô, se limitait à une sorte de terrain vague envahi par des roseaux à plumes (susuki) et pratiquement dépourvu de constructions. Les forces d’occupation ont décidé d’y transférer les activités de marché noir qui se déroulaient jusque-là du côté est de la gare de Shinjuku.

Le Golden-gai a la forme d’un vaste carré enclavé entre la mairie d’arrondissement de Shinjuku et le sanctuaire shintô Hanazono jinja. Du côté ouest, il est bordé par un espace vert de promenade appelé Shiki no michi (« Chemin des quatre saisons »), orienté nord-sud et parallèle à la rue où se trouve la mairie. Shiki no michi a été aménagé sur le site d’une ancienne ligne de tramway en service jusqu’en 1970. Son aspect a donc considérablement évolué au fil du temps.

La structure du Golden-gai repose sur un quadrillage constitué par sept ruelles dont six sont orientées est-ouest et une nord-sud. Les six premières ont pour nom, du nord au sud, Hanazono Hachiban-gai, Hanazono Goban-gai, Hanazono Sanban-gai, Hanazono Ichiban-gai, G2 dôri et G1 dôri. La septième, qui traverse le côté ouest du quartier du nord au sud, est appelée Maneki-dôri. Ces petites rues sont elles-mêmes reliées à des venelles à peine assez larges pour laisser le passage à une personne !

Le Golden-gai est géré par deux associations indépendantes appelées respectivement Sankô-chô (Association pour la promotion de la zone commerciale de Sankôchô) et Hanazono-gai (Association commerciale du Shinjuku Golden-gai). La première s’occupe de la partie nord du quartier et la seconde de sa partie sud. Pourquoi deux organismes distincts ? À l’origine, chacun regroupait des types d’activités différents. Sankô-chô était spécialisé dans les bars, les restaurants, les salons de coiffure et les cliniques alors que Hanazono-gai se consacrait essentiellement aux divertissements.

Le plan du Golden-gai placé à l’entrée du quartier. Il permet de se faire une idée précise de la densité du tissu urbain de ce quartier de Tokyo. Du côté gauche, on aperçoit (en vert) le promenade Shiki no michi (« Chemin des quatre saisons ») situé à l’emplacement d’une ligne de tramway supprimée en 1970.

La configuration urbaine surprenante du Golden-gai lui vient de son passé en tant que lieu de prostitution. Au Japon, le commerce du sexe a été autorisé dans des zones bien spécifiques jusqu’en 1958, date de l’adoption de la Loi contre la prostitution. Bien que le Golden-gai n’ait jamais été officiellement un quartier chaud, le premier et le second étage de ses petites bâtisses faisaient office de maison de passe. Quand la prostitution est devenue illégale, ces établissements se sont reconvertis en bars, mais la façon très particulière dont ils sont alignés le long des ruelles témoigne clairement de leur passé trouble.

Une ruelle du Golden-gai photographiée du haut du premier étage d’un bar. Jusqu’à la promulgation de la Loi contre la prostitution de 1958, les prostituées recevaient leurs clients à l’étage des petites bâtisses du quartier.

  • [07.12.2018]
Articles liés
Autres articles dans ce dossier
  • Le temple Tôfukuji de Kyoto, un site incontournable pour l’automneVoici un fabuleux endroit à Kyoto que nous vous présentons pour admirer les feuillages dorés de l’automne : le temple bouddhique Tôfukuji et ses 2 000 arbres. Pour le grand bonheur des visiteurs, Kyoto est l’endroit où les feuilles garderont leurs couleurs vives le plus longtemps.
  • L’île de Miyajima, aux couleurs de l’automneMiyajima, située dans la préfecture de Hiroshima, est notamment célèbre pour le portique shinto rouge vermillon qui semble flotter sur la mer. Mais derrière lui s’étend un autre spectacle : la nature luxuriante du mont Misen, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, qui attire de nombreux touristes lorsqu’elle se pare entre autres des couleurs automnales.
  • Le parc de Nara : vue automnale sur un patrimoine mondialLe parc de Nara, immense étendue parsemée de nombreux artéfacts inscrits au patrimoine mondial ou trésors nationaux, est particulièrement splendide dans sa livrée automnale. Au cœur de l’ancienne capitale, avec ses feuillages colorés de rouge et de jaune parmi lesquels vivent les daims en liberté, le parc de Nara apparaît alors comme la figure même de l’éternité, un lieu absolument unique au monde.
  • Les meilleurs sites pour admirer les feuillages colorés de l’automne [2] : partie sud de la région du TôhokuContinuons notre périple à la recherche des plus beaux paysages de l’automne, que les Japonais appellent la saison des kôyô. Dans cet article, présentation des magnifiques spectacles qu’offrent les arbres aux couleurs rouge et jaune au nord-est du Japon, dans les préfectures de Miyagi, Yamagata et Fukushima, autour des gorges, montagnes, cascades et autres châteaux.
  • Des villages du patrimoine mondial dans leur écrin d’automneLes villages de Shirakawa-gô et Gokayama, sites inscrits au patrimoine mondial, sont réputés pour leur beauté sous la neige. Mais ils sont tout aussi magnifiques en automne, quand leurs toits de chaume se découpent sur un fond de feuillages mordorés.

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone