Tokyo, une ville en perpétuelle métamorphose

Le Nouveau stade national sera-t-il prêt pour les JO de 2020 ?

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Les Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo débuteront le 24 juillet 2020. Où en est la construction du Nouveau stade national, dont la conception et les plans ont dû être revus plusieurs fois ?

À l’approche des Jeux olympiques et paralympiques de 2020, les préparatifs vont bon train un peu partout au Japon. Ceux qui attirent le plus d’attention sont, bien entendu, les travaux du Nouveau stade national, principal site des Jeux. En juillet 2015, le chantier a totalement été remis en question après le rejet du projet tout d’abord entériné, celui de l’architecte Zaha Hadid, critiqué pour cause de coût exorbitant et d’intégration insuffisante à l’environnement local (voir notre article La vraie nature du fiasco du nouveau stade olympique). Les travaux devaient pourtant commencer trois mois plus tard. Un nouveau concours a alors été organisé, remporté par Kuma Kengo en décembre 2015. Le chantier a fini par débuter un an après, avec 14 mois de retard sur le projet initial. Le stade ne pourra donc pas accueillir la coupe du monde de rugby 2019, comme cela avait été prévu. Deux ans après le début des travaux, où en est la construction du Nouveau stade national ?

Rendu en perspective aérienne du Nouveau stade national vu du sud-ouest. (Image réalisée par Taisei Corp./Azusa Sekkei/Cabinet d’architecture Kengo Kuma and associates. Avec l'aimable autorisation de JSC)

Nous avons rencontré deux responsables du Conseil du sport du Japon (JSC), l’organisme gestionnaire du stade.

Un chantier en accéléré

——Où en sont les travaux ?

Le chantier a démarré il y a un peu plus de deux ans, et tout avance conformément aux prévisions, sans retard notable. Hors impondérable, les travaux devraient être achevés fin novembre 2019, comme convenu. L’organisation des achats de matériaux et la mise en place de techniques d’accélération des travaux ont été pensées dès la phase de conception afin de respecter les délais. La pénurie de main-d’œuvre liée au manque de travailleurs du bâtiment et à leur vieillissement auquel le Japon est aujourd’hui confronté était une question encore plus pressante, mais qui n’a en définitive pas posé de gros problèmes.

Avancement semestriel du chantier entre le 1er décembre 2016 et le 1er décembre 2018. (Photos prises par JSC, avec la coopération du Sendagaya Intes Bldg.)

——Concrètement, quelles technologies et mesures ont été adoptées pour réduire la durée des travaux ?

Tout d’abord, les fondations et les tribunes ont été construites avec des blocs de béton armé fabriqués à l’avance. Il n’y a ainsi pas besoin d’attendre que le ciment prenne, comme quand on le coule sur place. Ensuite, les poutrelles de la toiture sont fabriquées en deux temps, la structure métallique de soutien d’un côté et la structure aérienne de l’autre. Cette dernière est elle-même composée de trois unités séparées, qui sont montées sur place.

La difficulté est que l’assemblage des structures à l’aide de grues demande une grande précision. Le toit est un ovale soutenu par 108 piliers métalliques, qui doivent être soudés très précisément, au millimètre près. L’opération est réalisée grâce à des techniques de mesure en 3D, par exemple en projetant un faisceau laser sur la cible lors du soudage, ce qui permet de réduire la marge d’erreur à moins de trois millimètres.

La charpente métallique est mise en place grâce à des grues. (Avec l'aimable autorisation de JSC)

——Y a-t-il eu des modifications ou des dépassements de budget ?

Il y a toujours une multitude de petites modifications, sur tous les chantiers. Chaque semestre, nous signons un contrat avec le donneur d’ordres pour ratifier les modifications. Vu l’envergure du chantier, on parle de plusieurs centaines de modifications par semestre, plus d’un millier en deux ans. Mais les travaux doivent être achevés à une date précise, et le budget est limité. Nous réussissons à respecter ces critères.

Komatsu Yukio (à gauche), coordinateur de travaux, et Tasaka Akihiko, en charge de la gestion du projet

Le Nouveau stade national se dévoile

——L’extérieur du stade commence à prendre forme. Quelles sont vos premières impressions ?

Avec un usage massif du bois, le stade est une expression moderne des techniques d’architecture traditionnelles du Japon, comme pourront le constater les visiteurs du monde entier. L’extrémité des auvents, par exemple, est effilée, tout en légèreté. Ce sera l’œuvre phare de Kuma Kengo, et les travaux sont menés dans le respect du moindre détail. Il n’existe aucun autre stade où la chaleur du bois est ainsi présente.

Les échafaudages supérieurs démontés laissent apparaître les auvents de la toiture. (Avec l'aimable autorisation de JSC)

Rendu de l’entrée sud avec ses avant-toits en bois distinctifs (Image réalisée par Taisei Corp./Azusa Sekkei/Cabinet d’architecture Kengo Kuma and associates. Avec l'aimable autorisation de JSC)

——Les avant-toits devaient être fabriqués avec du bois provenant des toutes les 47 préfectures du Japon, qu’en est-il dans les faits ?

Il était prévu d’utiliser uniquement du bois certifié du Japon pour construire les avant-toits du Nouveau stade national. Dans les premiers temps du projet, cela a semblé difficile pour certaines préfectures, qui ont néanmoins obtenu la certification afin de pouvoir nous livrer des matériaux. Grâce à la coopération de scieries dans de nombreuses régions, nous avons réussi à réaliser ce projet.

Les auvents en bois s’harmonisent parfaitement avec la forêt de Jingu Gaien. (Avec l'aimable autorisation de JSC)

La couleur des sièges des tribunes varie de façon à créer une gradation harmonieuse avec le rouge et le vert du terrain, le bois de la toiture et le ciel bleu. (Avec l'aimable autorisation de JSC)

Une conception universelle de haut niveau

——Comment se présente l’intérieur du stade, notamment l’accès aux tribunes ?

Nous nous enorgueillissons de répondre aux plus hautes exigences en matière de conception universelle ; nous invitons chaudement tout le monde à venir constater le résultat de visu. Nous avons consacré vingt séminaires à cette question entre la phase de conception et les travaux. Quatorze groupes y ont participé, des groupes de personnes handicapées, de soutien aux personnes âgées et de personnes élevant des enfants en bas âge. Nos échanges se sont reflétés dans la conception et la réalisation du stade.

——Pouvez-vous nous donner quelques exemples concrets ?

Les emplacements réservés aux fauteuils roulants, qui prennent plus de place que les sièges classiques, sont souvent situés sur les flancs du stade, mais certaines personnes ont envie de regarder les épreuves depuis la tribune centrale, ou d’avoir une vue d’ensemble sur le terrain, en hauteur. Nous avons donc prévu des emplacements à chacun des 5 étages répartis sur 3 niveaux. De la même façon, les emplacements réservés aux personnes souffrant de troubles de l’audition, avec des installations sonores, sont disséminés en plusieurs endroits. Ces avis nous ont aussi permis d’améliorer divers points comme la hauteur des dalles podotactiles pour les non-voyants, ou l’emplacement des rampes dans les toilettes.

En haut : des sièges sont également prévus pour les accompagnants des personnes en fauteuil roulant.
En bas : en orange, le nombre de places réservées aux fauteuils roulants ; en bleu, les places supplémentaires prévues pour les Jeux paralympiques
(Image et schéma réalisés par Taisei Corp./Azusa Sekkei/Cabinet d’architecture Kengo Kuma and associates. Avec l'aimable autorisation de JSC)

——Qu’avez-vous prévu en cas de canicule ou de séisme ?

Les tribunes bénéficient de l’ombre du toit, tandis que les auvents ont également pour fonction de faire circuler le vent vers l’intérieur du stade. Des ventilateurs générateurs de flux d’air ont été installés au-dessus des tribunes des niveaux 1 et 2. Ces flux feront baisser la température dans le stade et, avec les courants thermiques qui s’élèveront du terrain chauffé par le soleil, ils permettront d’évacuer la chaleur par le haut.

Flux d’air et de chaleur. Des simulations ont été effectuées afin de générer un flux d’air suffisant pour rafraîchir les tribunes et le terrain sans gêner les épreuves. Sous le terrain, un réseau de tuyaux permet de faire circuler de l’eau froide ou de l’eau chaude pour réguler la température et entretenir la pelouse. (Image réalisée par Taisei Corp./Azusa Sekkei/Cabinet d’architecture Kengo Kuma and associates. Avec l'aimable autorisation de JSC)

Concernant les mesures antisismiques, la structure supérieure est résistante aux déformations grâce à un assemblage de poutrelles en diagonale et de structures en croisillons ; pour la structure inférieure, le système « soft first story » permet d’absorber les secousses grâce à de nombreux amortisseurs hydrauliques. Les tribunes et les couloirs ont été pensés de façon à pouvoir évacuer rapidement en cas de besoin. Le stade est également équipé de groupes électrogènes et de réserves d’urgence pour servir de refuge local.

——La finale de la Coupe du Japon de football, le 1er janvier 2020, sera l’épreuve inaugurale du nouveau stade. Aucun retard n’est plus permis.

Le calendrier ne pose aucun problème. Nous continuons à travailler en faisant de la sécurité notre priorité absolue pour éviter tout accident.

Un stade au cœur de la capitale, un exemple rare au niveau mondial. Le 1er décembre 2018. (Avec l'aimable autorisation de JSC, avec la coopération de NTT Docomo).

Note : les rendus sont des expressions artistiques du projet qui peuvent différer de l’aspect final. Le rendu de la végétation est projeté sur dix ans.

(Reportage de Nippon.com. Photo de titre : le Nouveau stade national le 1er décembre 2018. Photo prise par JSC, avec la coopération de Sendagaya Intes Bldg.)

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