Sotchi 2014 : Hanyû Yuzuru, le nouveau prince du patinage artistique

Yanai Yumiko [Profil]

[24.02.2014] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le 14 février 2014, Hanyû Yuzuru a remporté la médaille d’or de patinage artistique messieurs aux Jeux Olympiques de Sotchi. Le jeune prodige — il a tout juste dix-neuf ans — a du même coup offert au Japon son premier titre olympique dans cette discipline. Et il s’est révélé au moment même où le légendaire patineur russe Evgeni Plushenko, qui l’a profondément influencé, annonçait qu’il prenait sa retraite.

Une influence déterminante

Hanyû Yuzuru est né le 7 décembre 1994 à Sendai, dans la préfecture de Miyagi, au nord-est du Japon. Il a commencé à patiner dès l’âge de quatre ans. À l’époque, Sendai était en proie à un véritable engouement pour le patinage artistique parce que quatre des patineurs japonais en lice aux JO de Nagano de 1998 — dont Arakawa Shizuka (médaille d’or aux JO de Turin, en 2006) et Honda Takeshi (quatrième aux JO de Salt Lake City, en 2002) — s’étaient entrainés sur la patinoire de la ville. Hanyû Yuzuru a commencé par suivre les pas de sa grande sœur qui prenait des cours avec Sano Minoru, le premier patineur japonais à avoir participé à des jeux olympiques et remporté une médaille de bronze aux championnats du monde. Mais l’intérêt du jeune garçon pour ce sport ne s’est véritablement éveillé qu’en 2002, lorsqu’il a vu Evgeni Plushenko évoluer sur la glace, au moment des Jeux Olympiques de Salt Lake City.

Ce jour-là, Hanyû Yuzuru est en effet resté les yeux rivés sur le petit écran, fasciné par la compétition féroce qui opposait les deux russes favoris de l’épreuve de patinage individuel messieurs, en l’occurrence Evgeni Plushenko, alors âgé d’à peine dix-neuf ans, et Alexeï Yagoudine. À l’issue du programme court, c’est Alexeï Yagoudine qui est arrivé en tête. Evgeni Plushenko n’était que quatrième, parce qu’il avait raté la combinaison quadruple saut de boucle piqué-triple saut de boucle piqué. Mais il n’en a pas moins réussi à accéder à la seconde place et à remporter la médaille d’argent après un programme libre époustouflant. Hanyû Yuzuru, qui n’avait alors que sept ans, a été stupéfait de voir les deux russes porter le patinage artistique à des hauteurs sans précédent grâce à un festival de quadruples et de combinaisons de sauts.

« Pour moi, les Jeux Olympiques c’était l’endroit où Plushenko et Yagoudine s’étaient livrés à cette féroce bataille », raconte Hanyû Yuzuru. À la fin de l’épreuve, Alexeï Yagoudine a remporté le titre olympique, mais le patineur qui a vraiment fasciné le jeune japonais, c’est Evgeni Plushenko bien qu’il n’ait obtenu que la médaille d’argent. Hanyû Yuzuru est resté bouche bée devant ses formidables quadruples sauts de boucle piqué et autres pirouettes Biellmann. La pirouette Biellmann est en principe un mouvement signature des patineuses. Elle est considérée comme particulièrement difficile à réaliser par les hommes parce qu’il faut une souplesse exceptionnelle pour pouvoir lever la jambe en arrière et la maintenir par le pied au-dessus de sa tête avec une main, tout en continuant à tourner sur l’autre jambe.

Persuadé qu’il avait la souplesse requise, Hanyû Yuzuru a aussitôt entrepris d’apprendre la pirouette Biellmann. Il a en même temps adopté la coupe de cheveux « champignon » d’Evgeni Plushenko et commencé à signer des autographes avec un champignon affublé d’un sourire. « Ça me prenait beaucoup de temps à chaque fois, mais à l’époque je considérais les champignons comme un porte-bonheur. En fait, j’admirais tout ce que faisait Plushenko et c’est encore vrai aujourd’hui », précise le patineur.

Quand l’élève dépasse son maître

Douze ans plus tard, Hanyû Yuzuru s’est retrouvé face à Evgeni Plushenko au Palais des sports de glace Iceberg de Sotchi, à l’occasion des XXIIe Jeux Olympiques d’hiver. Les deux patineurs se sont confrontés pour la première fois lors du programme court de l’épreuve de patinage artistique par équipe, qui a été remportée par la Russie.

Evgeni Plushenko en train d’observer Hanyû Yuzuru à l’entrainement sur une patinoire de Sotchi. (Photo : Reuters/Aflo)

Entre temps, Evgeni Plushenko avait participé aux Jeux Olympiques d’hiver de Turin de 2006 où il avait obtenu la médaille d’or. Il a ensuite été victime de toute une série de blessures. En 2010, il avait tout de même réussi à remporter la médaille d’or aux championnats d’Europe et la médaille d’argent aux JO de Vancouver. Mais il avait dû renoncer à une grande partie des compétitions qui ont précédé les JO de Sotchi, y compris les championnats d’Europe de 2013, une épreuve déterminante pour la qualification aux Jeux Olympiques d’hiver de 2014. Le légendaire patineur n’en a pas moins réussi à intégrer l’équipe olympique russe après avoir passé un test à huit clos devant un comité d’experts. Il brûlait d’envie d’obtenir une médaille d’or devant son public aux premiers JO d’hiver organisés par la Russie.

Evgeni Plushenko s’est montré à la hauteur de ses ambitions en contribuant, avec son équipe, à donner à la Russie son premier titre olympique de patinage par équipes. Il a par la même occasion remporté sa quatrième médaille olympique. Au cours de cette épreuve, le champion russe a réalisé un programme court magistral qui lui a valu une note de 91,39 points, la meilleure qu’il ait jamais obtenu.

Mais Hanyû Yuzuru a réussi à faire encore mieux que son modèle. Il a exécuté sans sourciller les trois sauts du programme court, y compris un extraordinaire quadruple boucle piqué, et fait preuve d’une maîtrise absolue dans ses séquences de pas et de spirales imposées. C’est ainsi que pour ses débuts aux Jeux Olympiques, le jeune japonais a obtenu le score époustouflant de 97,98 points.

Cette prestation remarquable n’a toutefois pas suffi pour assurer au Japon le titre olympique de patinage par équipes. La Russie a fini par remporter la médaille d’or et les patineurs japonais sont restés au pied du podium, à la cinquième place. Hanyû Yuzuru et Evgeni Plushenko ont ensuite commencé à se préparer pour l’épreuve de patinage individuel messieurs.

Cette fois, la chance n’a pas souri au patineur russe. Evgeni Plushenko a fait une très mauvaise chute au cours d’une séance d’entrainement. Il s’est gravement blessé au dos, ce qui l’a contraint à se retirer de la compétition. Le 13 février 2014, Hanyû Yuzuru a pris la première place du programme court avec un score de 101,45 points, établissant ainsi un nouveau record du monde. Et le lendemain, il a remporté le programme libre et le titre olympique de patinage individuel messieurs avec un total de 280,09 points et ce, en dépit de deux chutes au début de sa prestation. Le 14 février 2014, le jeune japonais a ainsi obtenu la consécration suprême de sa spécialité, douze ans, jour pour jour, après avoir admiré la performance d’Evgeni Plushenko aux Jeux Olympiques d’hiver de Salt Lake City.

Hanyû Yuzuru est confiant dans l’avenir. « Je vais continuer à consacrer ma vie au patinage pendant encore longtemps », affirme le nouveau prince du patinage artistique qui, après l’or de Sotchi, entend bien aller encore plus haut dans sa discipline.

« Quel dommage que Plushenko ait été contraint à l’abandon ! », ajoute Hanyû Yuzuru. « Je suis quand même très content d’avoir pu me confronter à lui dans l’épreuve de patinage par équipes. Pour moi, c’était comme un rêve devenu réalité. Je tiens à le remercier pour toutes les formidables prestations qu’il a données tout au long de sa carrière. »

Le défi : une notion capitale dans le patinage artistique 

Evgeni Plushenko a effectivement porté le patinage artistique masculin à un niveau sans précédent, notamment à cause de ses qualités athlétiques. À en croire certains, le grand patineur russe aurait pris la décision de participer aux JO de Sotchi, malgré ses nombreuses blessures et les trois médailles olympiques qu’il avait déjà remportées, parce que depuis les Jeux Olympiques d’hiver de Vancouver de 2010 — où l’Américain Evan Lysacek ayant remporté le titre olympique en effectuant seulement des triples sauts — il souhaitait ardemment que les quadruples sauts reviennent au cœur de la compétition.

À l’issue des JO de Vancouver, Evgeni Plushenko et d’autres sportifs avaient demandé à ce que le quadruple saut compte davantage dans la notation des performances. Ils considéraient en effet que le patinage artistique est un sport où la notion de défi joue un rôle capital et qu’il n’est pas juste qu’un patineur qui s’abstient de faire des quadruples sauts par crainte de tomber obtienne la meilleure note. La Fédération internationale de patinage a fini par réagir en rééquilibrant le système de notation ce qui a redoré le blason du quadruple saut.

Les quadruples sauts ont tenu une place déterminante dans les prestations de Hanyû Yuzuru aux JO de Sotchi. Evgeni Plushenko a dû se sentir rassuré en voyant le vainqueur de l’épreuve de patinage individuel messieurs l’emporter parce qu’il avait parfaitement réussi un quadruple boucle piqué et qu’il avait même eu l’audace de se lancer dans un quadruple salchow, encore plus difficile à réaliser.

Après le titre olympique, un nouveau départ

Le nouveau « prince » du patinage artistique n’en garde pas moins la tête froide. Il est le premier à affirmer que sa « carrière de patineur est loin d’être terminée ». Il est vrai qu’Hanyû Yuzuru est le plus jeune champion olympique masculin de patinage artistique de tous les temps après Dick Button vainqueur de l’épreuve aux JO de Saint Moritz en 1948, en Suisse, à l’âge de dix-huit ans. Il est aussi le premier japonais à avoir remporté le titre olympique dans cette discipline.

« À dire vrai, je ne suis pas satisfait de la façon dont j’ai patiné pendant ces jeux olympiques. En tant que Japonais, je suis fier, bien entendu, de l’avoir emporté. Mais maintenant que j’ai obtenu la médaille d’or, j’ai l’impression que je suis au point de départ de mon aventure. »

L’objectif de Hanyû Uzuru est simple. « Je veux devenir un champion, comme Plushenko. Un champion capable de patiner sans faire d’erreur partout et à tout moment. » Le jeune japonais a attendu douze ans avant de pouvoir se mesurer sur la glace avec son héros. Et ce jour-là, le nouveau prince du patinage artistique a pris le relais du légendaire champion russe.

(Adapté d’ un article en japonais du 18 février 2014. Photographie du titre : Nikkan Sports/Aflo.)

  • [24.02.2014]

Journaliste sportive née en 1966 à Hokkaido. Diplômée de l’université de Hokkaido, elle intègre le Sports Nippon Newspaper, où elle couvre le tennis, les JO et le football entre autres. Depuis son départ du journal en 2006, elle a écrit de nombreux ouvrages sur le football.

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