Changer le monde… en commençant par les toilettes

Katô Atsushi [Profil]

[03.02.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le Japon s’est bâti une réputation de pays où les toilettes sont les plus sophistiquées du monde. Les défis demeurent cependant nombreux : le tout-venant des toilettes dans les établissements d’enseignement primaires, ou en cas de catastrophe naturelle, par exemple. Après un survol de 30 années d’amélioration dans le domaine des toilettes, nous réfléchirons à un environnement favorable à aux possibilités d’une ouverture internationale pour les toilettes japonaises dans le contexte d’une société qui respecte la diversité.

Les débuts d’une action pour l’amélioration des toilettes

Jusqu’à il y a une trentaine d’années, quand on parlait des toilettes publiques au Japon, on avait l’habitude de parler des « 5 K », l’initiale des cinq mots japonais qui définissait l’image des toilettes : kurai, kitatani, kusai, kowai, kowareteiru, c’est-à-dire un endroit « sombre, sale, puant, sinistre et hors-service ». Un groupe de travail se mit en tête d’améliorer cette image. Il s’appelait « Association Toiletopia », et s’était formé à l’appel du think tank auquel j’appartenais avant, le Centre d’échanges régionaux, qui réunissait architecte, designer, paysagiste, médecin, chercheur, responsable d’autorités locales, fabricant d’équipements de santé, entreprise de nettoyage et autres personnes de toutes sortes, et menait des discussions sur les questions d’urbanisme.

Comment est apparue cette prise de conscience d’un problème autour des toilettes ? À l’époque, le Centre d’échanges régionaux s’était penché sur la question des ordures dans les zones touristiques, et nous nous étions aperçu à ce moment qu’il y avait un problème qui avait particulièrement mauvaise réputation auprès des touristes, à savoir celui des toilettes non entretenues, c’est ce qui nous a mis la puce à l’oreille.

L’un des fondateurs de l’Association Toiletopia, M. Ue Kôo a alors relevé, comme l’une des causes du retard pris par les toilettes publiques, le fait que tout ce qui touchait aux toilettes et à ce qui sort du corps était tabou. Effectivement, si les gens ne peuvent pas parler de leur problème, le problème ne risque pas de s’améliorer.

Les premiers signes d’une amélioration de la situation sont apparus en 1984, et les toilettes sont devenues plus adaptées aux besoins de l’époque. Les dix premières années (1984-1994), nous nous sommes efforcés de mettre la lumière sur les toilettes et de rompre le tabou. Durant la seconde période (1995-2005), nous avons ouvert le champ de notre action non seulement aux toilettes en tant que telles, mais aux toilettes dans le contexte scolaire, celui des catastrophes naturelles, et des questions d’environnement. Dans un troisième temps (2006 à aujourd’hui), l’administration, les entreprises et les citoyens ont coopéré à la promotion de projets sur une base constante. Personnellement, c’est à partir de 1997, c’est-à-dire dans cette troisième phase que je me suis impliqué, ce qui a abouti à la création de l’Institut japonais des toilettes en 2009.

Le Japon face au stress des toilettes

L’histoire des toilettes japonaises est une longue succession d’améliorations et de progrès tant au niveau de la plomberie, de l’évacuation des eaux usées et de l’hygiène du lieu, de l’ancestrale fosse à vidanger régulièrement à la chasse d’eau, des toilettes accroupies à la japonaise aux toilettes assises à l’occidentale, jusqu’aux toilettes à siège chauffant et jets de lavage qui font aujourd’hui du Japon le n°1 mondial de la technologie des toilettes. Mais les toilettes ne se limitent pas à un problème technologique.

L’élément essentiel des toilettes se résume en trois mots : ce doit être un endroit « sûr, rassurant et confortable ». Autrement dit, les toilettes doivent constituer un environnement où l’on puisse aller sans stress. C’est cet environnement qu’il nous est demandé de concevoir et de généraliser tant au niveau de la société globale que de la vie quotidienne de chacun.

L’Institut japonais des toilettes s’est principalement attaché aux problèmes de l’environnement des toilettes scolaires, aux questions d’hygiène des toilettes de secours sur les lieux des catastrophes naturelles, et sur l’environnement autour des toilettes dans une société accueillante à la diversité.

Des enfants constipés parce qu’ils se retiennent d’aller aux toilettes

De nos jours, la grande majorité des enfants grandissent en utilisant des toilettes de type occidental, avec siège. Or encore aujourd’hui, un grand nombre d’établissements scolaires primaires ne sont équipés que de toilettes traditionnelles à la japonaise, que l’on utilise accroupi. Ce qui fait que bon nombre d’enfants découvrent les toilettes à utiliser accroupis lors de leur entrée à l’école primaire. De plus, de nombreuses écoles publiques ont été construites il y a plus de 30 ans, et leurs équipements sont souvent détériorés. Aller aux toilettes dans cette situation est un stress pour les enfants.

Les enfants apprennent l’importance d’aller aux toilettes lors d’une « leçon de caca » (21 octobre 2013, école municipale de Tsurumaki, arrondissement de Shinjuku à Tokyo).

Selon notre enquête, 40 % des enfants du primaire se retiennent d’aller aux toilettes pour la grosse commission à l’école, et 20 % souffrent de constipation. Afin d’améliorer cette situation, nous apportez des décorations et un assainissement de l’espace des toilettes scolaires et autres toilettes publiques. Nous soutenons également les campagnes de donation aux écoles de toilettes à siège du laboratoire pharmaceutique Kobayashi Seiyaku, et nous donnons dans les classes du primaire des « leçons de caca », avec le concours d’Ôji Napier, un important fabricant de papier, dans lesquels les enfants apprennent combien il est important pour la santé de bien éliminer.

La santé physique et psychologique des enfants passe par un développement urgent de toilettes scolaires où ils puissent aller sans stresser. Quand on se retient, on ne peut pas manger ni apprendre ni faire du sport. D’ailleurs, il n’y a pas d’occasion d’apprendre l’importance des fonctions d’évacuer les excréments du corps à l’école primaire. Il serait nécessaire de coupler l’enseignement de l’hygiène alimentaire à celui de l’hygiène de l’élimination.

Les « Décorateurs des toilettes » de l’école primaire de Kuragano (Takasaki dans la préfecture de Gunma) (à gauche) repeignent leurs toilettes (à droite) (20 juillet 2013).

  • [03.02.2016]

Né en 1972 dans la préfecture d’Aichi. Après une expérience dans un think tank de développement urbain, il est actuellement directeur délégué de l’« Institut japonais des toilettes », une association à but non lucratif. Dans ce cadre, il conçoit des toilettes pour les sites touristiques en montagne ou des événements culturels de plein air, réalise des enquêtes sur les toilettes d’urgences sur les lieux sinistrés, travaille à l’amélioration des toilettes dans les écoles primaires ou intervient dans les classes pour enseigner l’importance d’une bonne évacuation de la digestion aux enfants. Il a organisé un stage sur « la gestion de l’hygiène des toilettes en cas de catastrophe » et forme des « conseillers toilettes » en état de crise. Ouvrages principaux : Un beau caca le matin : un signe de bonne santé (Genki no shirushi asa unchi, ouvrage collectif, Shônen shashin shinbunsha, 2010), Yon kai no susume (Les quatre plaisirs, ouvrage collectif, Shinyôsha, 2011), etc.

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