La vérité sur le sort des minorités sexuelles au Japon

Nagayasu Shibun [Profil]

[18.11.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

En août 2015, un étudiant en droit de troisième cycle de l’Université Hitotsubashi de Tokyo s’est donné la mort après que son homosexualité eut été révélée publiquement par l’un de ses camarades. Sa famille a porté plainte contre l’université et contre l’étudiant qui s’est gaussé de lui sur les réseaux sociaux. Cet événement dramatique a révélé à quel point les préjugés et la discrimination envers les minorités sexuelles sont tenaces au Japon, contrairement à ce que la popularité de certaines vedettes transgenres des médias pourrait laisser croire.

Un secret jeté en pâture sur les réseaux sociaux

L’année dernière, un étudiant de troisième cycle de la faculté de droit de l’Université Hitotsubashi s’est suicidé quelques mois après la révélation au grand jour de son homosexualité sur l’application de messagerie Line. En août 2016, sa famille a porté l’affaire en justice en demandant réparation pour le préjudice subi à l’université et à la personne ayant dévoilé la nouvelle sur les réseaux sociaux. D’après le journal Asahi Shimbun et d’autres médias, la victime a déclaré sa flamme en avril 2015 à l’un de ses camarades de l’université et celui-ci a réagi en racontant l’affaire à six autres étudiants lors d’un dialogue en ligne sur la messagerie Line. Les parents de la victime réclament un dédommagement au titre de l’angoisse provoquée par la divulgation au grand jour de l’homosexualité de leur fils et ils poursuivent l’université en justice pour la réponse inadéquate que son service d’assistance au harcèlement a donné lorsque le jeune homme l’a consulté, avant de se suicider.

La tolérance des Japonais vis-à-vis des minorités sexuelles : une idée fausse

Le Japon a la réputation d’être traditionnellement tolérant vis-à-vis des minorités sexuelles. En ce qui concerne l’homosexualité, on sait qu’à partir du Moyen Age, les rapports amoureux entre les hommes et les jeunes garçons – danshoku (男色, littéralement « sexe entre hommes ») – ont été monnaie courante dans le monde des guerriers et dans les monastères bouddhistes. Les relations entre le shôgun Ashikaga Yoshimitsu (1358-1408) et Zeami – alias Kanze Motokiyo (1363-1443), le fondateur du théâtre –, et celles qui unissaient le seigneur de la guerre Oda Nobunaga (1534-1582) et son jeune vassal Mori Ranmaru (1565-1582) figurent parmi les plus célèbres. À l’époque d’Edo (1603-1868), l’écrivain et poète de haikai Ihara Saikaku (1642-1693) a quant à lui décrit le danshoku comme une pratique habituelle dans les milieux populaires. L’attitude des Japonais vis-à-vis des travestis semble elle aussi à première vue bienveillante. À preuve, le théâtre kabuki où les rôles de femmes sont exclusivement joués par des hommes (onnagata), et la compagnie Takarazuka spécialisée dans les revues et les spectacles musicaux interprétés uniquement par des actrices. Qui plus est, il n’est pas rare de voir des hommes habillés en femmes et vice-versa à l’occasion des fêtes et des occasions spéciales.

À l’heure actuelle, plusieurs travestis très célèbres font des apparitions fréquentes à la télévision et dans les publicités de l’Archipel. Matsuko Deluxe, un homosexuel travesti en femme, est très présent dans les émissions de variétés et les annonces publicitaires. Et Haruna Ai, une chanteuse transsexuelle qui a remporté le titre Miss International Queen en 2009, lors d’un concours de beauté transsexuel, se produit souvent sur le petit écran. Il existe par ailleurs un type de romans et de mangas qui, comme son nom (BL « Boys Love ») l’indique, traite d’histoires d’amour entre hommes. Ces ouvrages ont, paraît-il, un succès de plus en plus grand à l’extérieur de l’Archipel, dans le cadre de la vague « Cool Japan ». Enfin, on entend souvent dire qu’au Japon, l’amour entre personnes du même sexe n’a jamais fait l’objet d’un interdit religieux comme dans le christianisme ou l’islam et que les homosexuels ne sont pas poursuivis par la loi ni victimes de violence.

Pour toutes ces raisons, beaucoup considèrent qu’il n’y a pas de discrimination envers les LGBT – lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres – dans l’Archipel et que les Japonais sont en général tolérants vis-à-vis des minorités sexuelles (voir article Le statut des homosexuels au Japon : des signes encourageants). Mais dans la réalité, les choses sont loin d’être aussi simples.

  • [18.11.2016]

Écrivain public et journaliste. Né en 1966 dans la préfecture d’Ehime. Titulaire d’un diplôme de littérature chinoise de l’Université de Tokyo. Il a d’abord travaillé pour une maison d’édition spécialisée dans les sciences humaines et les manuels scolaires avant de s’installer à son compte, en 2001. Il participe aux activités de la communauté homosexuelle. En 2013, il a obtenu l’autorisation d’exercer le métier d’écrivain public et ouvert une officine pour venir en aide aux minorités sexuelles, dans le quartier de Higashi Nakano, à Tokyo. La même année, il a fondé Purple Hands, une organisation à but non lucratif dont il est le secrétaire général. Auteur entre autres ouvrages de Futaride anshin shite saigomade kurasu tame no hon (Comment vivre en couple sans problème jusqu’à la fin de sa vie, éd. Tarô Jirô, 2015) et Dôsei partner seikatsu dokuhon (La vie avec un partenaire du même sexe, éd. Ryokufû, 2009).

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