Comment valoriser les travailleurs étrangers dans les entreprises japonaises ?

Himeda Konatsu [Profil]

[01.05.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية |

Afin de renforcer sa main d’œuvre et sa compétitivité à l’international, le Japon, en plein déclin démographique, souhaiterait davantage se doter de travailleurs venus de l’étranger. Mais les entreprises japonaises devraient tout d’abord opérer un changement radical dans la manière de gérer leur accueil.

Un salaire qui ne correspond pas à la quantité de tâches effectuées

« Jusqu’à quelle heure travaillent les employés des sociétés japonaises ? » se demande une Chinoise employée dans le secteur financier de Shanghai. Un jour où elle avait dû rester jusqu’à 23 heures, elle avait remarqué que de nombreux employés japonais d’une banque japonaise, dont les bureaux se trouvent au même étage que le sien, étaient toujours présents, sans qu’aucun ne semblait se préparer à rentrer chez lui. Une de ses collègues avait observé le même phénomène à une autre occasion. Elles ont alors pensé que les banques japonaises étaient des sociétés effrayantes.

Selon le Livre blanc de l’économie chinoise et des entreprises japonaises publié par la Chambre de commerce et d’industrie japonaise en Chine, 23 094 entreprises japonaises étaient présentes en Chine fin 2012. Plus de 10 millions de Chinois travaillent directement et indirectement pour des entreprises japonaises. Les Chinois en contact avec la culture d’entreprise japonaise ne sont donc pas rares, mais cela ne signifie certainement pas qu’ils l’acceptent.

J’entends souvent les Chinois employés par des entreprises japonaises en Chine dire que la pression qu’ils subissent dans leur travail est trop importante. « Par rapport à nos salaires » est ce qu’il faut sous-entendre à travers leurs propos.

Un Chinois de 31 ans, employé d’une firme japonaise de chimie, me confie : « Comparées à celles des petites entreprises locales et privées chinoises, les rémunérations offertes par les entreprises japonaises ne sont pas mauvaises. Mais cela ne veut pas dire que j’en suis satisfait. Je voudrais dire à mon employeur de cesser d’exiger de moi un travail qui ne correspond pas à mon salaire. »

La grille des salaires pour un poste administratif dans les entreprises japonaises de la région de Shanghai va de 4 à 20 mille yuans (1 yuan = environ 7,5 euros), et la majorité se situe entre 6 à 8 mille yuans, un niveau inchangé depuis le début des années 2000. En dépit de la croissance remarquable de l’économie chinoise depuis le début du XXIe siècle, les entreprises ont maintenu le même niveau de salaire. Aux yeux des Chinois qui regardent cela de très près, les entreprises japonaises en Chine ne sont pas attractives, avec leurs salaires peu élevés, leurs congés difficiles à prendre, et leurs perspectives de carrière inexistantes.

Le désespoir des travailleurs chinois du Japon

Plus de 670 000 Chinois vivent au Japon, et nombre d’entre eux travaillent dans les mêmes conditions que leurs collègues japonais. Difficile de dire toutefois qu’ils sont satisfaits par cette situation. Une Chinoise de 35 ans employée par une compagnie aérienne remarque : « J’ai la chance de m’être adaptée à mon milieu de travail et d’avoir de bons rapports avec mes collègues. Mais si cet équilibre devait disparaître, je rentrerais sans hésiter en Chine. Je ne tiens pas à travailler à tout prix pour une société japonaise. »

Dans les années 1990, Toyota, Sony ou Panasonic étaient des marques nippones rêvées des Chinois. Un jeune homme qui a trouvé un emploi chez un autre industriel japonais de renom mondial explique : « Je ne pensais pas que les sociétés japonaises avaient une structure si verticale. Je n’ai aucun contact avec le service d’à côté. J’ai voulu cet emploi parce que mon employeur est présent dans le monde entier, mais ce côté international, je ne le ressens absolument pas au quotidien. À cause de la réduction des coûts, seuls les chefs de section ou les responsables de division sont envoyés en voyages d’affaires à l’étranger. Pour ma part, j’ai déjà commencé à chercher ailleurs. »

  • [01.05.2017]

Journaliste, elle s’installe à Shanghai en 1997 et y lance l’année suivante un magazine en japonais destinée aux entreprises japonaises présentes en Chine. À l’été 2008, elle démissionne du poste de rédacteur en chef de la publication pour créer Asia Business Forum, un site offrant des informations sur le monde des affaires en Asie, notamment en Chine. En 2014, elle termine ses études à l’École supérieure de gestion économique publique de la Shanghai University of Finance and Economics. Elle est notamment l’auteur de Une stratégie de ressources humaines gagnante en Chine pour les PME, publié en 2012 aux éditions Ten Books.

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