Fukushima Daiichi : le point sur la situation, six ans après

Takahashi Hideki [Profil]

[16.03.2017] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

Peu avant le sixième anniversaire de l’accident de Fukushima Daiichi, Takahashi Hideki, spécialiste de l’énergie nucléaire de l’agence de presse Kyodo News, s’est rendu une nouvelle fois sur place. Ce reportage lui a permis non seulement de constater les efforts déployés récemment pour localiser les débris de combustible fondu, mais aussi de corriger certaines interprétations erronées véhiculées par les media à sensation.

La première fois que j’ai fait un reportage sur la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, c’était il y a six ans, aussitôt après l’accident de mars 2011. À l’époque, j’ai vu les bâtiments des réacteurs dévastés par de multiples explosions d’hydrogène et les employés équipés de combinaisons intégrales blanches antiradiations et de détecteurs de radioactivité qui n’arrêtaient pas de sonner. J’ai aussi été le témoin du combat acharné qui s’est déroulé sur place pendant des années pour circonscrire l’eau radioactive, la décontaminer et éviter qu’elle ne s’accumule.

Mais le spectacle qui s’est offert à mes yeux six ans plus tard était complètement différent. Dans le cadre de sa lutte tous azimuts pour enrayer la contamination des eaux souterraines, la compagnie d’électricité de Tokyo (Tepco) a recouvert d’asphalte une grande partie du site de Fukushima Daiichi afin d’empêcher les eaux de pluie de s’infiltrer dans le sol et dans les bâtiments des réacteurs endommagés. Les alignements de gigantesques réservoirs cylindriques – plus de 900 lors du dernier pointage – témoignent à eux seuls de l’étendue du problème de la contamination de l’eau dans la centrale (voir article du même auteur « Fukushima Daiichi cinq ans après l’accident »). Toutefois l’eau hautement radioactive que contenaient à l’origine ces énormes cuves a été filtrée et traitée à de multiples reprises si bien qu’aujourd’hui, elle n’émet qu’une faible quantité de rayons ionisants. À l’heure actuelle, on peut circuler en toute sécurité sans équipement protecteur contre les radiations sur l’essentiel du site. L’ambiance qui règne sur place fait penser à un chantier de construction comme les autres où les travailleurs vaquent à leurs occupations en bavardant et en plaisantant.

La centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, gérée par Tepco, vue du côté ouest. À l’arrière plan, au-delà des alignements de cuves remplies d’eau contaminée, on aperçoit les bâtiments des réacteurs 1 à 4 dont les trois premiers ont vu leur cœur entrer en fusion en mars 2011. (Photo : Takahashi Hideki, 17 février 2017)

Bien entendu, il en va tout autrement sur la partie du site abritant les bâtiments des réacteurs endommagés où tout le monde ne peut pas accéder. C’est là que les spécialistes tentent de recueillir les données dont ils ont absolument besoin pour commencer à évacuer le combustible fondu et les autres débris radioactifs. Le réacteur 2 est actuellement au cœur de tous leurs efforts. Mais il fait en même temps l’objet d’une grande attention de la part des médias qui ont malheureusement plus d’une fois propagé des nouvelles inexactes depuis quelques semaines.

La diffusion d’informations erronées

Au début du mois de février 2017, de nombreux médias non-japonais ont diffusé des informations fantaisistes faisant état d’une élévation brutale du niveau de radioactivité de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. L’origine de ces rumeurs se trouve semble-t-il dans une déclaration de Tepco à propos des résultats d’une inspection menée à l’intérieur de la première enceinte de confinement du réacteur 2. À cette occasion, un robot doté d’un appareil de prises de vues conduit à distance a été introduit dans la première enceinte de confinement de ce réacteur et cette expérience – une première en la matière – a permis de mettre en évidence un niveau d’émissions radioactives extrêmement élevé, estimé à plus de 500 sieverts par heure (Sv/h).

Le bâtiment du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi (Photo : Takahashi Hideki, 17 février 2017)

500 Sv/h, voilà une dose à coup sûr mortelle et qui plus est, bien supérieure à celles enregistrées sur le site de Fukushima Daiichi aussitôt après l’accident de mars 2011. Mais il fallait logiquement s’attendre à un niveau d’émissions radioactives aussi élevé puisque c’est la première fois que l’on prenait une mesure à l’intérieur de l’enceinte de confinement. On savait déjà qu’au cours de l’accident, du combustible fondu s’était échappé du cœur du réacteur et qu’il était tombé dans son enceinte de confinement. L’équipe chargée d’effectuer les investigations se doutait que si elle réussissait à mesurer le niveau des rayonnements ionisants, celui-ci serait particulièrement intense. Mais le taux de radioactivité à l’extérieur de l’enceinte de confinement n’a pas changé pour autant, parce que celle-ci est hermétiquement fermée. Les alentours de l’édifice ne présentent aucun danger, comme j’ai pu moi-même le constater. Il n’y a pas de risque de contamination de l’environnement extérieur du réacteur et encore moins de doses mortelles de rayonnements ionisants. Or les médias internationaux ont monté en épingle le taux de radioactivité de l’intérieur de l’enceinte de confinement du réacteur 2 sans préciser que celle-ci était isolée et qu’il n’y avait aucun danger pour les environs du bâtiment.

Six ans après l’accident nucléaire de mars 2011, la préfecture de Fukushima est toujours en train d’essayer de surmonter les conséquences économiques désastreuses des rumeurs et des informations erronées sur la contamination radioactive de la région. Et le genre de désinformation irresponsable que l’on constate à l’heure actuelle pourrait encore avoir des effets catastrophiques. Le mieux que nous puissions faire pour la combattre, c’est de redoubler d’efforts pour rétablir la vérité en diffusant des informations exactes.

  • [16.03.2017]

Directeur adjoint du service énergie nucléaire de Kyodo News depuis mai 2012. Né en 1964 à Tokyo, il a travaillé successivement à l’agence de Sapporo puis de Saitama de Kyodo News, ainsi qu’au service société à Tokyo. Depuis le séisme et le tsunami de mars 2011, il enchaîne les reportages sur l’accident de la centrale Fukushima Daiichi. Il est l’auteur de Mémoire du black-out : témoignages autour de Fukushima Daiichi – la vérité sur mille jours (2015, Shôdensha).

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