Série Le b.a.-ba du Japon
Le pachinko, jeu d’argent du peuple
[06.09.2015] Autres langues : ENGLISH | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Le pachinko est l’un des jeux d’argent les plus populaires du Japon. Tout comme les flippers traditionnels, des billes sont propulsées sur un plateau de jeu, et le joueur tente de les faire entrer dans des trous spéciaux. Mais dans le cas des pachinko, le joueur insère d’un coup un grand nombre de billes, qui sont tirées a intervalles réguliers. Si les billes rentrent dans un des trous gagnants, la machine en délivre des nouvelles, et ainsi de suite. Il suffit après d’aller échanger les billes contre de l’argent ; les gains peuvent parfois se compter en plusieurs dizaines de milliers de yens.

Un marché de 24 mille milliards de yens

Les salons de pachinko sont aisément reconnaissables à leurs enseignes lumineuses et multicolores. En 2013 ils étaient au nombre de 12 000, présents dans tout le Japon, notamment devant les stations de train, quartiers animés, rues commerçantes et le long des lignes de shinkansen. Le chiffre d’affaires des pachinko s’élève à 24 504 milliards de yens selon le livre blanc sur les loisirs de 2015. Cet impressionnant chiffre, quoique bien inférieur à celui du pic de 2005 (34 862 milliards de yens), surpasse de loin celui des supermarchés (12 700 milliards de yens).

Un plateau de pachinko avec son trou gagnant central (photo : Evan Williams)

Comment jouer au pachinko ? Rien de plus simple : il suffit de s’asseoir devant une machine, et de faire propulser les billes les unes après les autres. Les billes tombent sur un plateau vertical, et rebondissent aléatoirement au contact de clous, flippers et spinners entreposés tout le long de la surface de jeu, avant de tomber au bas du plateau. Avec de la chance, une bille peut s’introduire dans un « trou gagnant » qui remet en jeu une quinzaine de billes précédemment perdues.

Il y a aussi sur le plateau certains trous qui déclenchent, à l’instar des machines à sous traditionnelles, trois roues qui font défiler des symboles. Si les trois symboles sont identiques, c’est le gros lot : on obtient un énorme paquet de billes. La mode est aujourd’hui au pachinko numérique, surnommé degi-pachi (de digital-pachinko). Plus de mille billes sont délivrées à chaque gros lot, et s’ils se succèdent, il est possible de mettre la main sur des dizaines de milliers de billes.

Les machines de pachinko se déclinent en des thèmes variés : animes (Evangelion, Keiji), séries télévisées (Winter Sonata), groupes de J-Pop (AKB48), équipes de baseball, etc.

Les billes obtenues sont échangées avec des cadeaux ou de l’argent liquide

Il est possible d’échanger les billes gagnées avec des cadeaux à l’intérieur de l’établissement. Ces cadeaux sont divers et variés : cigarettes, snacks, cravates, chaussettes, appareils électriques, produits de beauté, CD, DVD, nourriture… Ces espaces cadeaux dans les plus grands salons de pachinko ressemblent presque à des petits magasins.

Cependant, la majorité des joueurs échangent leurs gains contre de l’argent. Après avoir échangé les billes une première fois contre des cadeaux dits « spéciaux » (le plus souvent des plaques en métal) , les joueurs sortent du pachinko pour se rendre à un stand où ils déposent ces cadeaux spéciaux pour se voir remettre de l’argent liquide. La raison pour laquelle cette étape intermédiaire est nécessaire est parce que la loi japonaise interdit l’échange direct des billes en monnaie.

Certains degi-pachi récents sont conçus pour attiser la passion du jeu en augmentant la somme des jackpots. En conséquence, nombreux sont les joueurs qui, ne pouvant plus s’arrêter, dépensent en une fois vingt, trente voire cent mille yens, et au final ressortent du salon de pachinko les mains vides. Dans certains cas graves, des joueurs finissent par développer une addiction aux jeux d’argent, ce qui est reconnu comme un réel problème de société.

Les pachinko en pleine période de transition

Des caisses remplies de billes gagnées (photo : tinisanto)

À l’heure actuelle, la bille est vendue à moins de 4,32 yens taxe incluse (environ 23 billes pour 100 yens). Mais dans plus en plus de pachinko, il est possible d’en acheter de 0,5 yen à 2 yens l’unité, ce qui permet de jouer pendant de longues heures à coûts réduits. Mais beaucoup de jeunes hommes et des femmes au foyer se lamentent : « J’y ai joué une fois pour essayer, et j’ai perdu 5 000 yens avant même de m’en rendre compte. Pas facile de s’adonner au jeu avec un argent de poche modeste ! »

Aujourd’hui, le pachinko, jeu d’argent de référence du peuple, est à un tournant décisif. Le chiffre d’affaires ne fait que diminuer depuis dix ans. Le concept s’essouffle, et l’apparition de machines malhonnêtes, font que le pachinko perd de son attrait. De plus, les jeunes s’éloignent des jeux d’argent, car ils sont plus attirés par les jeux vidéo et autres moyens de divertissement, qui se développent à foison. La stratégie des entreprises de pachinko pour garder la clientèle fidèle, qui est de créer des machines qui stimulent toujours plus la passion pour le jeu grâce à des jackpots de plus en plus gros, produit parfois l’effet inverse : même les plus amoureux de pachinko, dégoûtés, finissent par ne plus y mettre les pieds.

L’industrie du pachinko continue à représenter quand-même une énorme place dans l’économie japonaise. Il est important de noter qu’elle est principalement entre les mains de la minorité coréenne établie au Japon. Détail ironique, le pachinko est interdit par la loi en Corée du Sud. Pour les casinos, c’est l’inverse : ils sont interdits au Japon, mais légaux en Corée. Le débat sur la légalisation des casinos au Japon se bute souvent à la question de la cohabitation avec l’industrie du pachinko.

(Photo de titre : Adam. Autres photos : Evan Williams / tinisanto)

  • [06.09.2015]
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