Série Le b.a.-ba du Japon
« Emoji » : quand les mots ne suffisent pas
[10.04.2016] Autres langues : ENGLISH | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Les emoji étaient au début un ensemble de 176 caractères basiques développés par le géant de la télécommunication NTT Docomo. Ils sont aujourd’hui utilisés partout dans le monde pour agrémenter de façon amusante les communications électroniques.

Créés pour les téléphones mobiles japonais en 1998, les emoji sont rapidement devenus partie intégrante de la vie quotidienne dans le monde entier. Bien que couramment utilisés pour transmettre une émotion, il n’y a pas de lien linguistique entre les termes emoji et émotion. Le mot dérive en fait de 絵 (e), « image » et 文字 (moji), « lettre » ou « caractère ». En 2010, l’intégration des emoji au standard Unicode 6.0, poussée par un lobbying de Google et d’Apple, leur a permis de se propager facilement à travers de multiples plates-formes. Ils sont maintenant utilisés pour animer toutes sortes de communications électroniques, y compris les messages de téléphone portable, les courriels et les messages sur Facebook, Twitter et autres médias sociaux.

Les tous premiers emoji

Kurita Shigetaka était un employé de la société NTT Docomo quand il a conçu en 1998 les ancêtres des emoji. Il y avait seulement 176 caractères de 12×12 pixels créés pour i-mode, la première plate-forme Internet mobile au monde. Les lettres japonaises comprennent généralement un certain nombre de formules de politesse et d’expressions saisonnières pour maintenir une connexion entre l’expéditeur et le destinataire. Kurita a conçu les emoji pour remplacer ces longues formules dans le système de communication court des textes de téléphones portables. Il a développé un grand nombre de ses idées pour les premiers emoji en se remémorant les manga qu’il lisait étant jeune et en s’inspirant de kanji. Il n’était pas designer de profession.

Du fait de la simplicité de ces pictogrammes, Docomo n’a pas pu obtenir de droits d’auteur. Ses rivaux ont par la suite commencé à proposer les emoji à leur clientèle, accélérant leur diffusion. Les utilisateurs de téléphones mobiles japonais ont apprécié leur facilité d’utilisation et leur design mignon, mais aussi la façon dont les caractères ont permis – avec un ton léger et humoristique – de communiquer leur état d’esprit.

Lorsque l’iPhone est arrivé au Japon en 2008 avec l’iOS version 2.2, Son Masayoshi, le président de Softbank, a directement demandé à Steve Jobs d’y intégrer les emoji. Ils sont ensuite devenus disponibles dans le monde entier avec la sortie de l’iOS 5 en 2011.

Utilisation d’emoji dans un message. (Photo : photo : Intel Free Press)

Une persistante touche japonaise

En 2013, un clip vidéo pour le single Roar de Katy Perry a marqué la montée du emoji en dehors du Japon : les emoji remplacent beaucoup de mots des paroles qui apparaissent au fur et à mesure de la vidéo.

[YouTube] Katy Perry – Roar (Lyric Video)

Emoji « Visage avec des larmes de joie ». (Avec l’autorisation d’Apple)

Puis en novembre 2015, Oxford Dictionaries a créé la surprise en désignant l’emoji « Visage avec des larmes de joie » mot de l’année.

Malgré leur succès mondial, les emoji trahissent leur origine du fait de leur design japonais distinctif. Un article du New York Times de 2015 avait pour titre « L’Amérique a besoin de ses propres emoji ». L’auteur explique que certains des emoji sont typiquement japonais : masque sanitaire, love hotel ou chien Akita. Il y a même une crotte qui sourit. Depuis, certains emoji qui n’existaient pas à ce moment et que l’auteur estimait comme essentiels pour les utilisateurs américains sont depuis devenus disponibles : dinde, burritos ou doigt d’honneur. Les emoji sont en pleine phase de mondialisation.

Kaomoji, emoji et stickers

Une conversation sur l’application de messagerie installée Line, accompagnée d’emoji et ponctuée par des stickers, notamment un « high five » entre un ours et un lapin, ses deux mascottes.

Avant les emoji, le Japon avait des kaomoji, qui sont l’équivalent des « smileys » ou « émoticônes » couramment utilisés dans les pays occidentaux. En Japonais, kao signifie « visage ». Les émoticônes occidentales sont inclinées sur le côté avec des émotions principalement transmises par la bouche : le visage heureux :) et le visage triste :( sont des exemples bien connus. Quand à eux, les kaomoji ne sont pas inclinés et communiquent l’émotion principalement à travers les yeux : (^_^) est un visage heureux, tandis que (> _ <) est une sorte de grimace utilisée pour exprimer la déception ou des excuses quand quelque chose de mauvais est arrivé. Les emoji ont repris une partie du rôle des kaomoji, bien que ces derniers soient encore très utilisés.

Les stickers utilisés par de nombreuses applications de messagerie instantanée représentent la prochaine étape dans l’utilisation d’images dans la communication électronique. L’application Line, en particulier, a établi son immense popularité au Japon et d’autres pays asiatiques avec son groupe de personnages centrés sur Cony le lapin et Brown l’ours brun. Ils illustrent les sentiments que veulent transmettre les utilisateurs de l’application. En plus des stickers de base, qui sont disponibles à tout moment, il est possible d’en télécharger gratuitement ou d’en acheter à petit prix.

Comme le karaoké et la mode kawaii, les emoji ont pris une dimension mondiale. Ils continuent à se développer en une langue internationale et il est fascinant suivre leur évolution.

(Photo de titre : Freepik. Autre photo : Intel Free Press)

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  • [10.04.2016]
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