Série L’année en japonais
Le kanji de l’année 2013

Michael Schauerte [Profil]

[27.12.2013] Autres langues : ENGLISH | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Depuis 1995, le 12 décembre est la date qu’a choisie l’Association pour l’évaluation de la connaissance des kanji (Nihon kanji nôryoku kentei kyôkai) pour annoncer le kanji de l’année, le caractère le plus représentatif des évènements des douze mois de l’année écoulée.

Au début du mois, nous avons passé en revue « Les mots de l’année 2013 » arrivés en tête du classement établi chaque année par les éditions Jiyû kokumin-sha. À peu près au même moment, l’Association pour l’évaluation de la connaissance des kanji — Japanese Kanji Proficiency Society (Nihon kanji nôryoku kentei kyôkai), qui organise les tests d’aptitude en japonais — a dressé, comme elle le fait chaque année depuis 1995, une liste d’idéogrammes qu’elle a soumis à un vote à l’échelle nationale. Le caractère qui a obtenu le plus grand nombre de suffrages a été élu kanji de l’année écoulée (kotoshi no kanji).

Le 12 décembre 2013, les résultats de ce vote ont été révélés au Kiyomizudera, un temple bouddhique de Kyoto inscrit sur la liste des sites du patrimoine mondial de l’humanité de l’UNESCO. À cette occasion, le supérieur du temple a calligraphié en public le kanji de l’année. (voir 360° Le Kiyomizudera de jour et de nuit)

Le caractère qui l’a emporté cette année, avec un total de 9 518 suffrages, est 輪 (rin ou wa, l’ « anneau » ou le « cercle »). Cet idéogramme fait partie du terme gorin (五輪, littéralement « cinq anneaux ») qui, en japonais, désigne les Jeux Olympiques. La présence de 輪 (rin) en tête des kanji de l’année s’explique en grande partie par le fait que, le 2 septembre 2013, la ville de Tokyo a été désignée comme ville-hôte des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2020. Mais un certain nombre d’autres facteurs ont eux aussi contribué au choix de 輪 (rin), entre autres l’espoir de voir s’agrandir le « cercle » de solidarité qui s’est constitué dans le cadre de la reconstruction des zones dévastées par le séisme et le tsunami catastrophiques du 11 mars 2011.

C’est la deuxième année consécutive qu’un idéogramme évoquant les Jeux Olympiques l’emporte. En 2012, le choix s’était en effet porté sur le caractère 金 (kin, l’« or »), en raison non seulement du nombre de médailles engrangées par les athlètes japonais aux JO de Londres, mais aussi du prix Nobel de médecine décerné à Yamanaka Shinya et d’autres événements en relation avec l’or ou l’argent.

Le kanji arrivé en seconde place en 2013, avec 8 562 voix est 楽 (raku ou tanoshii, « plaisant » ou « agréable »), sans doute parce qu’il figure dans le nom de l’équipe — Tôhoku Rakuten (楽天) Golden Eagles — qui a remporté le championnat de base-ball professionnel du Japon cette année. La victoire de cette jeune équipe fondée il y a à peine huit ans a donné beaucoup d’espoir aux habitants de la région de Tôhoku encore en difficulté.

Mais il y avait aussi, bien d’autres raisons à ce choix, à commencer par l’espoir nourri par les Japonais que la politique économique du Premier ministre Abe Shinzô (Abenomics) rende leur vie un peu plus « agréable ».

Le sens de plusieurs des kanji sélectionnés cette année recoupe celui des quatre « mots de 2013 » placés en tête du classement des éditions Jiyû kokumin-sha. C’est ainsi que l’idéogramme 倍 (bai, « deux fois » ou « double ») qui est arrivé en troisième position, figure aussi dans l’expression 倍返し (baigaeshi, littéralement « rendre le double »), classée quatrième des « mots de 2013 ». Baigaeshi fait clairement référence à un dialogue “culte” d’un feuilleton TV à succès — Hanzawa Naoki, qui se déroule dans les milieux de la banque — où le héros promet de « doubler sa vengeance ».

Quant au caractère 今 (ima, « maintenant »), qui a obtenu la septième place du classement des kanji de 2013, il renvoie directement à 今でしょ (ima deshô, « Pourquoi pas maintenant ? »), un des quatre « mots » qui l’ont emporté cette année. En 2013, l’expression ima deshô s’est trouvée au cœur de l’actualité au Japon à cause d’une publicité pour la boîte à bachot Tôshin High School où l’on voit Hayashi Osamu, l’un des professeurs de l’établissement, s’exclamer en pleine classe « Vous comptez vous y mettre quand ? Pourquoi pas maintenant ? »

Les kanji arrivés en quatrième et cinquième place en 2013 sont respectivement 東 (higashi ou, l’« Est ») et 風 (kaze, le « vent »). Le premier doit semble-t-il son classement à plusieurs événements, à commencer par le choix de Tokyo (東京, littéralement la « capitale de l’Est ») comme ville-hôte des Jeux Olympiques de 2020 et la victoire d’une équipe du Nord-Est (東北), les Tohoku Rakuten Golden Eagles, déjà mentionnés plus haut, à l’issue du championnat de baseball professionnel du Japon.

J’ai d’abord pensé que le kanji 風 (kaze) devait sa position à la sortie du film Kaze tachinu (Le vent se lève), le dernier anime du grand réalisateur Miyazaki Hayao. (voir Quel avenir pour l’animation japonaise après la retraite de Miyazaki ?).

Mais les raisons données par le site de l’Association pour l’évaluation de la connaissance des kanji sont tout autres. D’après cette association en effet, ce choix s’explique d’une part par le grand nombre de typhons et de tempêtes qui se sont abattus sur l’Archipel et le reste du monde en 2013, et de l’autre par l’espoir que, grâce aux Jeux Olympiques et à la politique économique d’Abe Shinzô (Abenomics), les « vents » de l’économie seront plus favorables au Japon. On notera au passage que les « Abenomics » sont très souvent invoqués dans les explications justifiant le choix des kanji de 2013.

Depuis 1995, plusieurs des caractères plébiscités en 2013 l’avaient déjà été auparavant. En 2000 et 2012, par exemple, c’est le kanji 金, qui l’avait emporté à cause des nombreuses médailles obtenues par les Japonais aux Jeux Olympiques de Sydney et de Londres.

Mais les idéogrammes qui arrivent en tête du classement n’ont pas toujours une connotation aussi réjouissante. En 1998, c’est le kanji 毒 (doku, le « poison ») qui a fini à la première place, parce que cette année-là, une affaire de curry empoisonné à l’arsenic servi lors d’une fête célébrée à Wakayama, dans le Kansai, a défrayé la chronique. Quatre personnes en sont mortes et soixante-trois autres ont été gravement intoxiquées. Et en 2001, l’année qui a coïncidé avec les attentats du 11 septembre et le début de la guerre en Afghanistan, le kanjigagnant a été le caractère 戦 (sen) qui désigne le « combat » ou la « guerre ».

Fort heureusement, il y a aussi des années où le vainqueur est un kanji plus joyeux. En 2005 par exemple, le choix s’est porté sur 愛 (ai, l’« amour »), sans doute à cause de l’Exposition universelle qui s’est tenue à Aichi (愛知) cette année-là. De même en 2011, c’est le caractère 絆 (kizuna, le « lien ») qui s’est imposé en référence aux liens que les Japonais ont noués ou renoués pendant qu’ils luttaient ensemble pour surmonter le désastre du 11 mars.
Il ne reste plus qu’à souhaiter que l’année 2014 corresponde à l’un des kanji les plus plaisants qui soit.

(D’après un original en anglais écrit le 12 décembre 2013.)

  • [27.12.2013]

Traducteur et éditeur pour Nippon.com. A fréquenté l’Université des arts libéraux Kenyon de Gambier, aux États-Unis, où il a obtenu une licence en littérature française en 1991. Réside au Japon depuis son arrivée dans ce pays, en 1995, dans le cadre du programme JET (Japon Exchange and Teaching Program). Titulaire d’un mastère en sciences sociales obtenu en 2001, à l’Université Hitotsubashi de Tokyo. A travaillé quelques temps pour la Society for Testing English Proficiency (EIKEN) et une agence de traductions, avant d’entrer à Japan Echo Inc., en 2010.

Articles liés
Autres articles dans cette série 

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone