Dossier spécial Visite des communautés éloignées du Japon
Shimoguri-no-sato, un Shangri-la japonais
[27.05.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Parmi les sommets impressionnants du sud de la préfecture de Nagano, un hameau solitaire est accroché à la cime d’une montagne et semble être suspendu entre espace et temps. Nous avons visité Shimoguri-no-sato, où les récoltes sont abondantes sur des pentes escarpées à 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer et où les villageois continuent d’observer le rite ancestral de la récolte qui a inspiré Le Voyage de Chihiro à Miyazaki Hayao.

Le village de Shimoguri-no-sato situé à 1 000 mètres de hauteur dans la préfecture de Nagano semble suspendu dans l’air rarifié des Alpes du Sud.

Abondance dans l’isolement

À 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer, le petit hameau de Shimoguri-no-sato est accroché au sommet d’une montagne dans la région de Tôyama-gô, au sud de la préfecture de Nagano. On se demande comment une communauté a pu se développer dans un endroit aussi inaccessible. La réponse est à trouver dans l’abondance des ressources naturelles les plus élémentaires : soleil et eau. Shimoguri-no-sato où, dit-on, le soleil se lève à vos pieds, est l’un des rares endroits de cette région alpine à bénéficier d’une journée entière de soleil. Grâce à ces longues heures de clarté, il offre un environnement idéal pour la culture des pommes de terre, du sarrasin et des autres légumes. Les eaux claires de la montagne s’écoulent en profusion dans les canaux d’alimentation du village et les habitants les utilisent pour tout, aussi bien le lavage des légumes de leur potager que pour infuser le thé à partir de feuilles de thé cultivées chez eux.

Défiant avec joie la gravité, Kurumizawa Mieko (à droite) récolte du thé avec l’assurance vive de quelqu’un qui a vécu la majeure partie de sa vie sur le flanc d’une montagne.

Autrefois, lorsque personne ne se souciait des transports jusqu’à la ville la plus proche, Shimoguri-no-sato devait être un paradis terrestre pour les habitants de la région. En fait, les hommes se sont établis sur ce site il y a plusieurs milliers d’années, comme l’atteste la présence d’outils de l’âge de pierre, remontant à l’ère Jômon.

Aujourd’hui, on doit réfléchir à deux fois avant de choisir un tel endroit pour vivre. Le village ne possède ni magasin, ni service de bus régulier. Les visiteurs doivent soit conduire eux-mêmes sur les pentes abruptes soit prendre un taxi à partir de la gare routière de la petite ville de Kamimachi au pied de la montagne. Il n’est peut-être pas surprenant que la population du hameau continue de décliner. Durant les huit dernières années seulement, le nombre de foyers a diminué de 53 à 48 et le nombre d’habitants de 117 à 93. Les maisons restent vides et abandonnées. Nombreux sont ceux qui pensent que les jours du village sont comptés.

Un différent type d’affluence

Avec ses pentes abruptes, le terrain n’est pas propice à la culture du riz. Pendant des générations, le principal produit récolté ici a été une petite pomme de terre appelée nido imo – littéralement « pomme de terre deux fois ». Dans la plupart des régions du Japon, les pommes de terre doivent être cultivées en rotation avec d’autres produits pour bien s’épanouir. Ici, dans un environnement rapellant celui de leur terre ancestrale dans les Andes, ces petites tubercules peuvent être plantées et récoltées deux fois dans le même champ, une fois en été et une fois en automne.

« Les pommes de terre sont petites mais elles sont sucrées et délicieuses. » déclare Kurumizawa Mieko, venue d’un village voisin pour se marier ici, il y a des décennies. « Un de nos plats favoris, c’est les pommes de terre à la dengaku. Vous en mettez trois en quatre en brochette pour les faire griller sur le feu en plein air en les badigeonnant avec de l’huile egoma (périlla) ou de la sauce miso aux noix maison. »

Madame Kurumizawa fait elle-même son miso et son tofu à partir de graines de soja récoltées en automne. Elle cuit à la vapeur des bouchées sucrées faites avec de la farine de sarrasin locale et ramasse du seri (oenanthe aquatique) dans les eaux cristallines coulant dans le village. Ses recettes sont l’incarnation d’une tradition vivante de cuisine « de la ferme à la table » saine et délicieuse.

Les brochettes dengaku de pommes de terre locales au miso font partie des spécialités que l’on peut déguster à Hanbatei, le seul restaurant du village, construit sur le site de l’école primaire de la communauté après sa fermeture en 1986.

Les visiteurs peuvent goûter aux spécialités locales dans le seul et unique restaurant du village, Hanbatei, où les femmes de Shimoguri-no-sato cuisinent et s’occupent des clients à tour de rôle. Madame Kurumizawa travaille également ici.

Même si elle travaille dur, Kurumizawa Mieko considère que sa vie à Shimoguri-no-sato est « sans problème » parce que « même si l’on n’a pas beaucoup d’argent, il y a toujours plein de choses à manger. L’air est frais et propre, il y a beaucoup de soleil et la plupart des produits agricoles poussent bien. Je ne pense pas du tout que la vie ici n’est pas pratique. »

Outre les « pommes de terre deux fois », les habitants de Shimoguri-no-sato s’arrangent généralement pour caser le sarrasin dans leur emploi du temps de plantation et de récolte. De la fin août à la mi-septembre, une profusion de fleurs de sarrasin blanches vient parer les champs en pente du village, donnant au paysage une beauté quasi céleste.

  • [27.05.2016]
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