Dossier spécial Sanctuaires shintô : suivez le guide !
Visite guidée d’un sanctuaire shintô [8] : Honden

Toya Manabu [Profil]

[03.10.2016] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | Русский |

Le honden est, au sens littéral du terme, le « pavillon principal » du sanctuaire, le saint des saints où se trouve le « support matériel de la divinité » (shintai). Un examen attentif de l’édifice permet de se faire une idée du type d’architecture auquel il appartient et de la divinité qu’il abrite.

Honden, le pavillon principal

Le honden, est l’endroit le plus sacré du sanctuaire, celui où la divinité tutélaire est censée résider. Son architecture, qui varie grandement d’un jinja à l’autre, fait en général référence au kami qu’on y vénère. Mais elle se rattache toujours à l’un des deux grands styles architecturaux des édifices shintô. Le premier est le style taisha zukuri du sanctuaire d’Izumo dont l’entrée précédée d’un grand escalier se trouve du côté du pignon. Et le second, le shinmei zukuri du sanctuaire d’Ise, où l’on pénètre par l’un des côtés. Le style taisha zukuri rappelle celui des maisons de l’époque ancienne et le shinmei zukuri, celui des greniers japonais de l’antiquité.

Mais quel que soit le style du sanctuaire, le toit du « pavillon principal » comporte toujours deux éléments en bois caractéristiques appelés respectivement chigi et katsuogi. Le chigi est un épi de faîtage constitué par deux madriers qui se croisent au sommet de chaque pignon du honden et se prolongent en formant un V. Les katsuogi sont des rondins de bois fixés horizontalement sur la poutre faîtière de l’édifice. Il existe une multitude de styles de honden, mais ils incluent tous les chigi et les katsuogi emblématiques de l’architecture shintô.

La présence de ces deux éléments architecturaux, loin de relever uniquement de considérations d’ordre esthétique, est aussi chargée de sens. Lorsque les extrémités du chigi sont coupées horizontalement (uchisogi), cela veut dire que la divinité vénérée dans le sanctuaire est féminine. Et quand elles sont verticales (sotosogi), il s’agit d’un kami masculin.

Les différences caractéristiques des extrémités des épis de faîtage (chigi)

Les rondins de bois (katsuogi) posés sur la faîtière du honden sont eux aussi très révélateurs sur la divinité tutélaire du sanctuaire. Lorsqu’ils sont en nombre pair, on est en présence d’un kami femelle alors que dans le cas contraire, il s’agit d’une entité divine mâle. À de rares exceptions près, les honden présentant des chigi aux extrémités horizontales comportent aussi des katsuogi en nombre pair. Et ceux dont les chigi sont coupés verticalement, ont en même temps un nombre impair de rondins de bois.

Certains sanctuaires shintô sont dépourvus de honden et ne comportent qu’un « pavillon cérémoniel » (haiden). Il s’agit souvent d’établissements très anciens et de lieux sacrés où l’on vénère une montagne ou un arbre à caractère sacré. C’est le cas, entre autres exemples célèbres, du sanctuaire Ômiwa situé sur le mont Miwa (préfecture de Nara), du grand sanctuaire de Suwa du mont Moriya (préfecture de Nagano) et du sanctuaire Kanasana du mont Mimuro (préfecture de Saitama).

Le sanctuaire de Tajima, à Karatsu, dans la préfecture de Saga

Le sanctuaire de Nagata, à Kobe, dans la préfecture de Hyôgo

Le sanctuaire de Tsuno, à Koyu, dans la préfecture de Miyazaki

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 (Photos : Nakano Haruo. Illustrations : Izuka Takeshi.)

  • [03.10.2016]

Historien et desservant de sanctuaire shintô (kannushi). Spécialiste des recherches sur le shintô. Né en 1953, dans la préfecture de Saitama. Titulaire d’une licence ès lettres de l’Université Kokugakuin. Auteur de divers ouvrages dont Shintô nyûmon (Introduction au shintô) ; Fujisan, 2200 nen no himitsu (Le mont Fuji : un secret vieux de 2 200 ans), Sanshu no shingi – tama, kagami, tsurugi – ga shimesu tennô no kigen (Les trois trésors sacrés – joyau, miroir, épée – aux origines de la lignée impériale), Suwa no kami, fûin sareta jômon no chimatsuri (Les divinités de Suwa et les sacrifices rituels de l’époque Jômon) et Onmyôdô to wa nanika (Qu’est-ce que le onmyôdô ?) .

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