Le fugu, un poisson mortel que les Japonais apprécient

Sumiki Hikari [Profil]

[30.01.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 繁體字 |

Un poisson fatal

D’après le ministère de la Santé, du Travail et des Affaires sociales, plus de la moitié des décès consécutifs à une intoxication alimentaire au Japon sont dus au fugu. Chaque année, il est à l’origine d’une trentaine d’intoxications, dans lesquelles une cinquantaine de personnes sont empoisonnées. La moitié n’y survivent pas.

Le poison à l’œuvre s’appelle la tétrodotoxine, et son danger connaît d’importantes variations en fonction du type de fugu ingéré, et de la partie de la chair qui est consommée. La tétrodotoxine est généralement plus concentrée dans le foie, les ovaires et la peau, mais les parties comestibles varient selon le type de poisson. Une personne en ayant avalé ressentira vingt minutes à trois heures plus tard d’abord un fourmillement, puis une paralysie qui s’étendra à l’ensemble du corps, pour finir par des difficultés respiratoires qui causeront le décès. Les Japonais mangent du fugu malgré ce risque.

Tora fugu (photo avec l’aimable autorisation de la ville de Shimonoseki)

Parmi les personnes célèbres qui en sont mortes figure un acteur de kabuki, Bandô Mitsugorô VIII (1906-1975). Celui-ci adorait le foie du tora fugu, le plus dangereux. Le jour de sa mort, il avait commandé quatre portions de fugu, bien que conscient du danger. À l’époque, les gourmets aimaient le déguster en sashimi, et préféraient le tremper dans de la sauce de soja agrémenté non de wasabi, mais de foie de fugu, une pratique interdite. Selon eux, les picotements dans la langue que cela procurait rendaient le saké encore plus délicieux. Bien que le cuisinier ait affirmé avoir rechigné à accepter la commande du célèbre acteur, il a été condamné à une peine de prison avec sursis pour homicide involontaire et non-respect du règlement municipal de Kyoto.

  • [30.01.2018]

Écrivain. Réside à Taïwan depuis 2006. Diplômée du département des beaux-arts de l’Université municipale des Arts de Kyoto. Écrit des articles sur Taïwan et la culture de cette île pour les médias japonais. Auteur de divers ouvrages dont Taiwan, Y-jiro sagashi (Taïwan, à la recherche des carrefours à trois branches, Yu-shan Publishing Co, 2017). Pour consulter le site Internet (uniquement en japonais) de Sumiki Hikari, aller sur Taipei Story. 

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