Les « minshuku », l’atout charme du Japon
Les chambres d’hôtes japonaises ont-elles toujours la cote ?

Himeda Konatsu [Profil]

[28.02.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | 繁體字 | ESPAÑOL | Русский |

Si les minshuku attirent de moins en moins les habitants de l’Archipel, ils sont en revanche très appréciés par les touristes venus de l’étranger. Les secrets de ces chambres d’hôtes ? Des rapports humains chaleureux, et un sens de l’hospitalité qui fait la différence.

Les Airbnb à la japonaise

Les minshuku sont souvent décrits comme des chambres d’hôtes louées à des voyageurs par des habitants de l’Archipel disposant d’espace sous leur toit. Autrefois, les maisons japonaises n’avaient pas de serrures et il n’était pas rare que la partie occupée par les visiteurs soit séparée de celle où dormait la famille uniquement par des cloisons coulissantes en papier (fusuma).

Ce type d’hébergement existe toujours, mais il comporte à présent obligatoirement les équipements incontournables de notre époque, comme des portes fermant à clef. Toutefois, si les pièces réservées aux hôtes sont isolées du reste de la maison, la salle de bain et les toilettes sont souvent communes. À l’heure actuelle, les habitants de l’Archipel ont tendance à préférer les installations modernes offrant une plus grande intimité, tandis que les vieux minshuku, se retrouvant un peu dépassés par le temps, disparaissent petit à petit. Ce genre d’hébergement n’a plus vraiment la cote auprès des Japonais, mais heureusement, il est en train de séduire une autre clientèle, celle des touristes étrangers amateurs de nouvelles expériences ou d’accueil chaleureux à l’ancienne. Ce qui compense le manque à gagner pour les propriétaires de minshuku.

Un mode d’hébergement recherché par les touristes étrangers

Ariake est un quartier de la ville de Shibushi, dans la préfecture de Kagoshima, tout au sud de l’île de Kyûshû. C’est là que se trouve le « Suzukaze », le minshuku de Masuda Sadaaki. Durant sa jeunesse, ce Japonais de 71 ans a parcouru le monde sac au dos et fait l’expérience concrète des chambres d’hôtes. Et il y a dix ans, il a commencé à accueillir des voyageurs sous son toit.

La baie de Kagoshima est délimitée à l’ouest par la péninsule de Satsuma, riche en lieux touristiques, et à l’est, par celle d’Ôsumi, moins fréquentée, où se trouve Ariake. Pourtant Masuda Sadaaki affirme que depuis l’ouverture de son minshuku, il ne cesse pas de voir affluer les visiteurs étrangers. Son établissement affiche complet jusqu’au printemps. Il est vrai qu’avec ses chambres nettes et coquettes, le « Suzukaze » a bonne allure.

Le « Suzukaze » est très apprécié parce que c’est un endroit où l’on se sent chez soi. Ce minshuku se compose uniquement de deux chambres d’hôtes de style japonais situées dans une maison en bois de plain-pied.

Mais il existe d’autres minshuku rustiques à l’ancienne qui ont eux aussi du succès auprès des touristes non-Japonais. L’un d’eux, appelé « Sôsuke », est situé à Takayama, une ville de la préfecture de Gifu, au centre du Japon, qui accueille chaque année plus de 400 000 visiteurs étrangers. Takayama compte plusieurs grands hôtels ainsi que de magnifiques ryokan, mais on y trouve aussi une douzaine de minshuku installés dans des maisons de style japonais. Le « Sôsuke » accueille des voyageurs depuis 45 ans dans une ancienne maison traditionnelle japonaise (kominka) vieille de 180 ans, transférée de son site d’origine après avoir été démontée, puis remontée sur place.

C’est un établissement propice à la nostalgie, dû non seulement à son grand âge, mais aussi à ses bains et ses toilettes en commun, sans oublier ses planchers grinçants. Il dispose de 13 chambres en général réservées les jours ouvrables par des visiteurs étrangers, souvent des habitués. Tamai Keiko, la maitresse des lieux, raconte fièrement l’histoire d’une famille suédoise venue une première fois en tant que couple, puis une seconde avec leur fils et enfin une troisième, sous la forme de ce même fils devenu étudiant, en compagnie de sa petite amie. Elle montre aussi une photographie accrochée au mur où l’on voit un groupe de jeunes Australiens hébergés sur place à l’occasion d’un voyage scolaire. Des années plus tard, l’un d’eux s’est reconnu sur la photo quand il est revenu au « Sôsuke ».

Le « Sôsuke », un minshuku situé à Takayama dans la préfecture de Gifu, plait beaucoup aux touristes étrangers. En haut : la porte d’entrée de l’établissement. En bas : le salon du « Sôsuke » avec son foyer traditionnel (irori) encastré dans le plancher.

  • [28.02.2018]

Journaliste, elle s’installe à Shanghai en 1997 et y lance l’année suivante un magazine en japonais destinée aux entreprises japonaises présentes en Chine. À l’été 2008, elle démissionne du poste de rédacteur en chef de la publication pour créer Asia Business Forum, un site offrant des informations sur le monde des affaires en Asie, notamment en Chine. En 2014, elle termine ses études à l’École supérieure de gestion économique publique de la Shanghai University of Finance and Economics. Son dernier ouvrage est Inbound no wana (Piège du boom du tourisme étranger au Japon) publié en 2017 chez les éditions Jiji Press.

Articles liés
Articles récents

Nippon en vidéo

バナーエリア2
  • Chroniques
  • Actu nippone