Employés de maison étrangers au Japon : le cas d’une Philippine injustement licenciée

Masutomo Takehiro [Profil]

[27.08.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | 简体字 | العربية | Русский |

En 2015, le Japon avait lancé le projet de faire venir des employés de maison étrangers, de façon à alléger le fardeau des tâches ménagères des femmes engagées dans une carrière. Il se trouve malheureusement que ce dispositif a des lacunes, comme le montre l’histoire de Keevee, qui a été brusquement renvoyée sans motif adéquat.

Un rêve brisé

En juin 2017, une Philippine de 37 ans admise au Japon en tant qu’employée de maison pleurait de joie dans un avion à destination de Tokyo. L’excitation de cette passionnée de culture pop japonaise était telle qu’elle se sentait prête à embrasser la piste d’atterrissage de ce pays où elle désirait depuis longtemps vivre et travailler.

Elle était loin de s’imaginer que, quelques mois plus tard, un licenciement injustifié allait la laisser complètement désemparée.

J’ai rencontré Keevee (le nom a été changé) dans un café du centre de Manille. Depuis son retour aux Philippines, elle vit dans la banlieue de la capitale avec sa fille de 15 ans et son fils de 3 ans. Il est difficile de réaliser à quel point son renvoi soudain a perturbé ses projets de vie. Après un accueil chaleureux, son visage s’est assombri quand je lui ai demandé de m’expliquer comment sa vie à Tokyo avait pris fin.

Keevee, de dos (le nom a été changé)

Le vendredi 13 octobre 2017, elle se livrait à ses tâches habituelles de nettoyage de la maison d’un client dans le luxueux quartier d’Azabu, à Tokyo. Sur la table de la salle de séjour était posée une boîte qu’elle n’avait jamais vue. Conformément à la demande qui lui avait été faite de veiller à ce que tout soit impeccablement propre parce qu’un enfant de la famille était asthmatique, elle ouvrit la boîte, en fit l’inventaire et remit à leur place les jouets et le porte monnaie d’enfant qu’elle contenait. Puis, comme d’habitude, elle vérifia son emploi du temps sur son téléphone portable et se remit au travail. Son entreprise autorisait les employés à faire un usage raisonnable de leurs téléphones.

Ce soir-là, après être rentrée chez elle, Keevee a reçu la visite impromptue d’un membre du personnel de la société de services domestiques qui l’employait. On s’était plaint d’elle. Le client chez qui elle avait fait le ménage avait rapporté qu’une caméra de sécurité l’avait filmée son comportement « douteux ».

Keevee dit que le client était mécontent parce qu’elle avait touché la boîte de l’enfant et donné l’impression de prendre des photos de l’intérieur de la maison avec son téléphone.

Le vendredi suivant, elle fut convoquée au siège de l’entreprise et licenciée sans autre forme de procès. Le motif invoqué était la plainte du client. Vu qu’elle n’avait pas pris de photo et qu’elle s’était contentée de refermer le porte-monnaie après avoir constaté qu’il contenait des objets de valeur, elle s’attendait au pire à une réprimande. Cette punition injuste la fit fondre en larmes. Trois jours plus tard, l’entreprise lui donnait un ticket de retour pour les Philippines.

Sa notification de licenciement déclarait que, contrairement aux instructions de l’entreprise, elle s’était servie de son téléphone portable pendant les heures de travail et que cela avait conduit à la soupçonner de prendre des photos de l’intérieur de la maison. La notification ajoutait que ce comportement enfreignait trois clauses du règlement auquel était soumis son emploi, et notamment celle qui concernait les « actes criminels commis au travail ou en dehors ».

  • [27.08.2018]

Journaliste. Né en 1985 dans le département de Fukuoka. Passe une maîtrise de relations internationales à l’Université de Californie, à San Diego, avant de travailler pour la société chinoise Caixin Media. Chercheur à l’Université nationale de Singapour de 2014 à 2016. Il écrit désormais sur le Japon, la langue chinoise et l’Asie du Sud-Est.

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