Japan Data

Retour sur les enlèvements de Japonais par la Corée du Nord

Politique

Durant les années 1970 et 1980, au moins 17 Japonais ont été kidnappés par des agents nord-coréens. En 2002, à l’occasion d’une visite du Premier ministre Koizumi Junichirô en Corée du Nord, cinq d’entre eux ont pu rentrer au Japon avec leur famille. Mais les autorités nord-coréennes affirment que huit autres sont décédés de maladie, tandis qu’elles continuent de nier l’enlèvement des quatre derniers.

Le 7 octobre 2018, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo s’est rendu en Corée du Nord, où il s’est entretenu avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Les deux hommes sont convenus d’organiser dans les meilleurs délais une deuxième rencontre au sommet entre leurs deux pays. M. Pompeo a par ailleurs révélé avoir abordé la question des enlèvements de ressortissants japonais au cours de cet entretien.

Ces enlèvements sont intervenus du milieu des années 1970 au début des années 1980, principalement sur le littoral du Hokuriku, mais également sur l’île de Kyûshû et en Europe.

Leur principal objectif était de se procurer des passeports japonais pour faciliter les allées et venues des agents nord-coréens se faisant passer pour des Japonais, mais aussi d’apprendre des personnes kidnappées entre autres la langue de l’Archipel.

Cette série d’enlèvements a longtemps constitué un véritable mystère. C’est le témoignage de l’agent secret Kim Hyon-hui, responsable de l’attentat à la bombe contre un avion de la Korean Air en 1987, dans les derniers mois de la guerre froide, qui a jeté la lumière sur ces événements. Munie d’un passeport nippon, elle se faisait passer pour une citoyenne japonaise : elle a expliqué avoir appris le japonais auprès d’une victime d’enlèvement.

Au Japon, la victime symbolique de cette série de kidnappings est Yokota Megumi, enlevée en 1977 alors qu’elle était encore collégienne. Ce n’est qu’en 1997 que son nom a été révélé au grand jour. Son histoire a alors été activement relayée par les médias, éveillant l’attention de l’opinion publique. La même année, une coalition de parlementaires réclamait la libération des victimes d’enlèvements. Les parents de Megumi, qui attendent de la revoir depuis plus de quarante ans, sont aujourd’hui âgés de 85 et 82 ans. Nombreux sont les Japonais qui espèrent le retour rapide de Megumi, pour que la famille soit enfin réunie.

La Corée du Nord a longtemps nié ces kidnappings, mais lors de la visite en 2002 du Premier ministre japonais de l’époque, Koizumi Junichirô, elle a pour la première fois reconnu les faits et présenté des excuses. Cinq victimes ont pu ensuite rentrer au Japon, puis en 2004, ce sont huit membres de leurs familles qui ont rejoint l’Archipel. Depuis, la Corée du Nord considère l’affaire close ; aucun progrès n’a été enregistré.

Tableau chronologique des enlèvements

Le tableau suivant fait le point sur la série d’enlèvements.

Novembre 1977 Yokota Megumi (13 ans) disparaît à Niigata sur le chemin du retour du collège (série d’enlèvements entre le milieu des années 1970 et le début des années 1980)
Mars 1997 Création de l’Association des familles de victimes d’enlèvement par la Corée du Nord
Mai 1997 Le gouvernement japonais reconnaît pour la première fois que dix Japonais, parmi lesquels Yokota Megumi, ont probablement été kidnappés
Septembre 2002 Le Premier ministre Koizumi Junichirô se rend en Corée du Nord. Le dirigeant Kim Jong-il reconnaît les enlèvements, longtemps niés, et présente ses excuses. Il affirme que huit des victimes sont décédées et cinq autres vivantes
Octobre 2002 Retour au Japon de cinq victimes : Soga Hitomi, Chimura Yasushi et son épouse Fukie, Hasuike Kaoru et son épouse Yukiko
Mai 2004 Deuxième visite de Koizumi Junichirô en Corée du Nord. Retour au Japon de cinq membres des familles des victimes : les enfants de M. et Mme Chimura et de M. et Mme Hasuike
Juillet 2004 Retour au Japon des trois membres de la famille de Soga Hitomi
Novembre 2004 Réunion de travail nippo-nord-coréenne à Pyongyang. La Corée du Nord fournit les cendres de Yokota Megumi mais, en décembre, le gouvernement japonais établit que ce ne sont pas les siennes
Octobre 2006 La Corée du Nord procède à un essai nucléaire. Le Japon adopte des sanctions commerciales, notamment l’interdiction des importations en provenance de Corée du Nord
Août 2008 Réunion de travail nippo-nord-coréenne à Shenyang en Chine ; la Corée du Nord s’engage à rouvrir l’enquête sur les victimes d’enlèvements
Mai 2009 Deuxième essai nucléaire nord-coréen
Décembre 2011 Décès du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il
Avril 2012 Kim Jong-un est nommé Premier secrétaire du Parti du travail
Mars 2013 Troisième essai nucléaire nord-coréen
Mars 2014 Rencontre entre les parents de Yokota Megumi et sa fille Kim Un-kyong à Oulan-Bator
Mai 2014 Réunion nippo-nord-coréenne ; la Corée du Nord s’engage à rouvrir l’enquête sur les victimes d’enlèvement (accord de Stockholm)
Janvier 2016 Quatrième essai nucléaire nord-coréen
Février 2016 La Corée du Nord annonce l’arrêt total des enquêtes sur les victimes d’enlèvement
Septembre 2016 Cinquième essai nucléaire nord-coréen
Novembre 2017 Visite du président américain Donald Trump au Japon ; entretien avec les familles des victimes d’enlèvement
Avril 2018 Rencontre entre les dirigeants sud et nord-coréens ; le président sud-coréen Moon Jae-in aborde la question des enlèvements ; le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un affirme être disposé à dialoguer avec le Japon
Juin 2018 Première rencontre au sommet entre les dirigeants américain et nord-coréen, à Singapour
Octobre 2018 Visite en Corée du Nord du secrétaire d’État américain Mike Pompeo ; accord sur l’organisation d’une deuxième rencontre au sommet
Novembre 2018 (prévision) Deuxième rencontre au sommet entre les dirigeants américain et nord-coréen (dans un pays tiers autre que Singapour)

Tableau établi par la rédaction de Nippon.com à partir des informations du site de la cellule gouvernementale sur la question des enlèvements et de divers médias

(Photo de titre : cinq victimes d’enlèvement séquestrées en Corée du Nord rentrent au Japon dans un avion affrété par le gouvernement japonais, en octobre 2002. Jiji Press)

diplomatie Corée du Nord chronologie