Un pèlerinage divin en noir et blanc

La montée périlleuse vers le Gotobiki, le rocher sacré de Kumano

Tourisme

Gotobiki est un immense bloc de roche sacré, situé à Kumano, une région imprégnée des mythes fondateurs du Japon et considérée comme l’un des plus anciens lieux de culte de la nature du pays.

Le lieu où descendirent les dieux de Kumano

Le sanctuaire de Kamikura, situé à Shingû, dans la préfecture de Wakayama, se dresse fièrement à mi-hauteur du mont Gongen (aussi connu sous le nom de mont Kamikura). Au sommet de la falaise Ama no Iwatate se dresse le rocher sacré Gotobiki. Objet de culte principal, il est considéré comme étant la pierre sur laquelle les divinités des trois grands sanctuaires de Kumano seraient descendues sur terre pour la première fois. Le site était ainsi déjà vénéré comme lieu sacré avant même la fondation des sanctuaires de Kumano.

Selon la légende, le premier empereur du Japon, Jinmu, guidé par le Yatagarasu, corbeau divin à trois pattes envoyé par les dieux, gravit cette falaise au cours de son voyage vers Yamato dans le but d’y établir la capitale impériale. De nos jours encore, les chemins de pèlerinage reliant les trois sanctuaires de Kumano sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco sous l’intitulé « Sites sacrés et chemins de pèlerinage dans les monts Kii ».

Le rocher Gotobiki domine une falaise abrupte d’environ cent mètres de haut. Depuis le grand portail torii situé au pied de la montagne, un escalier de pierre, que l’on dit offert par Minamoto no Yoritomo (fondateur du shogunat de Kamakura), mène jusqu’au sanctuaire. Il vous faudra gravir les quelque 538 marches avec la plus grande attention tant elles sont raides et irrégulières. Un grand pavillon vermillon dominé par l’imposant rocher vous accueillera après cette montée périlleuse. Dans le dialecte local, « gotobiki » signifie « crapaud », et il est vrai que la forme de la pierre évoque un amphibien accroupi au bord du vide. Face à cet édifice naturel colossal, on comprend facilement pourquoi les habitants de Kumano ressentent depuis des siècles un caractère divin en ce lieu, tant la puissance qui s’en dégage paraît irréelle.

Depuis le sanctuaire de Kamikura, la vue s’étend sur toute la ville de Shingû et, au loin, sur les eaux bleues scintillantes de la mer de Kumano. Le lieu est également réputé pour son panorama spectaculaire. Chaque année, dans la nuit du 6 février, s’y déroule le festival du feu Otô : des milliers d’hommes, torches à la main, dévalent les marches abruptes dans une procession vertigineuse. La foi vouée au rocher Gotobiki survit encore aujourd’hui au travers de cette cérémonie.

L’étroite cavité située sous le rocher aurait servi d’espace rituel avant la construction du sanctuaire. (© Ôsaka Hiroshi)

L’étroite cavité située sous le rocher aurait servi d’espace rituel avant la construction du sanctuaire. (© Ôsaka Hiroshi)

Sanctuaire de Kamikura

  • Divinités vénérées : Takakuraji no Mikoto, Amaterasu Ômikami
  • Adresse : 1-13-8 Kamikura, Shingû, Wakayama-ken

Cet ancien sanctuaire se dresse à mi-hauteur du mont Gongen, près de l’embouchure de la rivière Kumano. Aujourd’hui sanctuaire auxiliaire du Kumano Hayatama Taisha, il est considéré comme le premier lieu où les divinités de Kumano seraient descendues sur terre. Le rocher Gotobiki s’élevant à une dizaine de mètres de hauteur à côté du sanctuaire, constitue son principal objet de culte. Des vestiges datant de la période Yayoi (environ 300 av. J.-C. à 300 apr. J.-C.) ont été découverts à proximité, témoignant de la longue histoire du site comme lieu de culte de la nature.

Selon les recueils antiques Kojiki et Nihon Shoki, Kumano serait l’endroit où l’empereur Jinmu fit étape lors de son expédition vers l’est destinée à établir une nouvelle capitale. Après avoir reçu une épée divine de Takakuraji, il poursuivit sa route vers Yamato guidé par le Yatagarasu, corbeau divin à trois pattes.

Au Moyen Âge, la région de Kumano devint un important centre du shugendô, une pratique spirituelle ascétique en montagne. L’origine du festival Otô est aujourd’hui encore débattue : certains la rattachent à l’accueil de l’empereur Jinmu par Takakuraji, tandis que d’autres y voient un héritage des rituels de feu pratiqués par les ascètes du shugendô.

L’imposant rocher surplombant la ville de Shingû (© Ôsaka Hiroshi)
L’imposant rocher surplombant la ville de Shingû (© Ôsaka Hiroshi)

Kumano Hayatama Taisha, aussi connu sous le nom de Shingû, le « nouveau sanctuaire », car il fut édifié après le sanctuaire de Kamikura, considéré comme le site sacré originel de la région. (© Ôsaka Hiroshi)
Kumano Hayatama Taisha, aussi connu sous le nom de Shingû, le « nouveau sanctuaire », car il fut édifié après le sanctuaire de Kamikura, considéré comme le site sacré originel de la région. (© Ôsaka Hiroshi)

L’escalier de pierre s’élevant depuis le torii situé au départ du sentier (© Kitazaki Jirô)
L’escalier de pierre s’élevant depuis le torii situé au départ du sentier (© Kitazaki Jirô)

(Texte et édition : Kitazaki Jirô. Photo de titre : © Ōsaka Hiroshi)

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