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Puissantes et réalistes : les sculptures bouddhiques de Kamakura
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Trésor national, mais aussi symbole de la ville
La ville côtière de Kamakura, qui a été la capitale du Japon en son temps, abrite plus d’une centaine de temples au sein de ses vieux quartiers. Les structures de ces temples regorgent de représentations diverses de Bouddhas, bodhisattvas et moines fondateurs. Parmi elles, plus de 30 sont désignées monuments culturels importants, et beaucoup sont accessibles au public.
Sans aucun doute, la plus grande renommée parmi les sculptures bouddhiques revient au Grand Bouddha de Kamakura, au sein du temple Kôtoku-in, situé vers le sud de la ville. Cette statue géante, qui mesure 13,35 mètres de haut, date du milieu du XIIIe siècle et reste la seule sculpture bouddhique de Kamakura à être désignée Trésor national.
À bien des égards, cette statue reflète les éléments de l’art bouddhique que l’on trouvait en Chine durant la dynastie Song (960-1279), comme la protubérance crânienne appelée ushnisha, caractéristique des représentations du Bouddha, ainsi que l’aspect arrondi de son dos. Cependant, les yeux en amende, et la bouche qui est puissante tout en restant douce,évoquent plutôt l’influence du grand sculpteur japonais Unkai. Les guerriers de Kamakura étaient voués à la force et l’austérité, et cette perspective influençait l’art de la ville. De nombreuses statues de Kamakura sont imbues de ce réalisme puissant.

Le Grand Bouddha de Kamakura est le symbole de la ville. (© Harada Hiroshi)
Un Kannon qui a vogué sur l’eau
Hase-dera, un temple majeur à proximité du Kôtoku-in, abrite la sculpture à onze têtes de Kannon, bodhisattva de la miséricorde. Tout aussi impressionnante, elle mesure 9,18 mètres de haut, ce qui en fait l’une des plus grandes représentations en bois de cette divinité du Japon.
Selon la tradition, le temple aurait des origines miraculeuses. Il y a environ 1 300 ans, Tokudo Shônin, le moine qui a fondé le temple de Hase-dera à Sakurai, près de Nara, aurait sculpté deux images du Bouddha dans un même arbre sacré. L’une des statues fut mise en place au Hase-dera de Sakurai tandis que l’autre fut jetée à la mer dans l’espoir qu’elle viendrait en aide à de nombreuses personnes. Ayant vogué pendant de nombreuses années, la statue s’est enfin échouée sur la péninsule de Miura, au sud-est de Kamakura, et le temple de Hase-dera a été construit pour la vénérer.

Le Kannon à 11 têtes (Avalokiteshvara) de Hase-dera à Kamakura possède plusieurs caractéristiques en commun avec la statue du temple du même nom de la préfecture de Nara. (© Harada Hiroshi)
L’apparence et les caractéristiques de ces deux statues au même nom sont très similaires. En général, les Kannon à onze têtes portent un pichet contenant une fleur de lotus, représentant la pureté et la compassion, de la main gauche, la main droite restant vide. Cependant, les deux statues de Hase-dera tiennent un bâton khakkhara (bâton surmonté d’anneaux métalliques, souvent associé au bodhisattva Jizô) de la main droite. Dans la croyance mahayana, Kannon sauve les gens de la souffrance terrestre, tandis que Jizô sauve les âmes jusqu’aux enfers. Ces statues sont vénérées pour leur capacité à attribuer les deux bienfaits.
Après s’être incliné devant le Kannon de Hase-dera, le musée Kannon vaut également le détour. Ici, on peut admirer les trésors artistiques du temple, dont un groupement de sculptures représentant les 33 manifestations de Kannon qui adopte des formes différentes selon les circonstances, pour pouvoir venir en aide à tous.

Cette représentation de Kannon était auparavant placée devant la grande statue, et entourée des 33 manifestations du bodhisattva. (© Harada Hiroshi)
Des images du Bouddha uniques à Gokuraku-ji et Jôchi-ji
À environ 500 mètres au sud-ouest de Hase-dera se trouve le Gokuraku-ji, un temple dont la salle au trésor de Tenbôrin-den abrite une statue inhabituelle de Shakyamuni, le Bouddha historique. Elle représenterait le Bouddha prêchant peu après son éveil, avec ses mains dessinant le mudra (position codifiée et symbolique des mains) de Tenbôrin-in, le mudra de l’enseignement de la Roue du Dharma. Il n’existe au Japon qu’une seule autre image du Bouddha adoptant cette pose, le Shakyamuni assis de Gankô-ji, dans la préfecture de Gifu. Il n’est possible de visiter la salle au trésor que pendant de courtes périodes au printemps et en automne, mais elle vaut le détour (ouverture le mardi, jeudi, samedi, et dimanche du 25 avril au 25 mai, et du 25 octobre au 25 novembre, fermeture les jours de pluie).

Cette statue unique du Bouddha historique de Gokuraku-ji se distingue par le mudra effectué avec les trois doigts étendus de la main gauche. (© Harada Hiroshi)
On trouve de même un autre exemple d’un style unique chez les trois Bouddhas assis vénérés au temple de Jôchi-ji, dans la partie nord de Kamakura. Les trois images de Shakyamuni, Amida et Miroku qui se trouvent dans le pavillon Dongeden représentent le passé, le présent et le futur. La plupart des images de Miroku le représentent à la poursuite de l’éveil, mais là on voit un Bouddha en plein éveil sous la forme de Maitreya, 5,6 milliards d’années dans le futur. La façon dont le bas des habits retombe est aussi remarquable. On appelle ce style, caractéristique de la sculpture bouddhique de Kamakura du XIVe et XVe siècle, hôei-suika (habits retombants). Ce genre de trinité bouddhique reste très rare.

De gauche à droite : Amida, Shakyamuni et Miroku, au temple de Jôchi-ji. (© Harada Hiroshi)
Le Musée des trésors nationaux de Kamakura
La ville de Kamakura est tellement riche en magnifiques sculptures bouddhiques qu’il serait impossible de visiter tous les temples en quelques jours. Pour ceux qui n’ont qu’une journée à y consacrer, le Musée des trésors nationaux de Kamakura permet de découvrir certaines des plus belles pièces sous un même toit. Le musée, qui se trouve dans l’enceinte du sanctuaire de Tsurugaoka Hachiman-gû, a ouvert ses portes en 1928. Cinq années auparavant, le Grand séisme de Kantô avait sérieusement endommagé de nombreux temples et leurs trésors artistiques. Le musée a été établi pour œuvrer à la préservation du patrimoine culturel régional au profit des générations futures.
Parmi les joyaux du musée se trouvent deux pièces provenant du temple Ennô-ji, non loin de là. La première est une représentation assise de Shokô-ô, l’un des dix rois des enfers qui décident du sort des trépassés. La deuxième est le bâton appelé Nintôjô, utilisé par Enma, le roi des Enfers, qui s’en sert pour rendre ses jugements. Les deux sculptures ont été réalisées dans le style ultraréaliste attribué à Unkei.

Le Shokô-ô assis a été prêté au Musée des trésors nationaux de Kamakura par le Ennô-ji. Les neuf autres dieux des enfers se trouvent toujours dans le pavillon principal du temple. (© Harada Hiroshi)

Le Nintôjô (bâton à deux têtes) est orné de deux têtes qui représentent les bonnes et mauvaises actions des personnes. Il vient aussi du temple Ennô-ji qui l’a prêté au musée. (© Harada Hiroshi)
On compte aussi parmi les trésors du musée une sculpture de Shakyamuni couronné provenant du temple Kenchô-ji. Ici, on peut découvrir et admirer de près certains des plus beaux exemples du style de la sculpture bouddhique de Kamakura, et comprendre le style particulier de la partie est du Japon qui diffère des styles antérieurs vus dans les temples de Kyoto et Nara. Le musée est fermé pour travaux jusqu’au 23 octobre 2026, mais vaudra sans aucun doute le détour après sa réouverture.

La représentation couronnée de Shakyamuni, le Bouddha historique. (© Harada Hiroshi)
(Photo de titre : le Musée Kannon au temple de Hasedera, Kamakura. © Harada Hiroshi)