Voyage à travers le haïku japonais
[Haïku] Quand la beauté des cerisiers en fleur laisse sans voix
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これはこれはとばかり花の吉野山 貞室
Kore wa kore wa / to bakari hana no / Yoshinoyama
« Oh ! » « Ah ! » —
Pantois devant les fleurs
de Yoshino-yama(Poème écrit par Teishitsu en 1600), traduction par Chloé Viatte
Quand les poètes de l’époque d’Edo (1603-1868) parlaient de « fleurs », ils pensaient immanquablement aux cerisiers. Et ils avaient mille tours pour dire combien le spectacle des cerisiers en fleur les sidèrait d’admiration.
Dans ce contexte, l’astucieux haïku de Teishitsu tranche et surprend. En effet, le poète qui contemple le splendide mont Yoshino à la saison des cerisiers, reste pantois. Il ne peut plus articuler que des « Oh ! » et des « Ah ! ». Au lieu de nous donner à voir la beauté des sakura ou de nous livrer son ressenti, il reste sans voix. Il n’a que des interjections à offrir en retour. Mais n’est-ce pas là le plus beau des compliments ?
L’expression kore wa kore wa to bakari était bien connue en théâtre de marionnettes et Teishitsu (1610-1673) en bon poète de Kyoto ne rechignait pas à utiliser des expressions populaires.
Le mont Yoshino (dans l’actuelle préfecture de Nara) est de longue date célèbre pour ses cerisiers en fleur. Quand le grand Matsuo Bashô s’est rendu sur place, il a fait référence au haïku de Teishitsu dans son journal de voyage intitulé « Le Carnet de la hotte » (Oi no kobumi). À Yoshino-yama, les yama-zakura sont des cerisiers sauvages qui fleurissent plus tôt que les célèbres somei-yoshino. Et comme les petites fleurs blanches éclosent en même temps que les jeunes pousses du feuillage rouge, l’admirable spectacle de la floraison est unique en son genre.
(Photo de titre : Pixta)