Un maestro du sabre japonais
Miyairi Norihiro, forgeron de légende
[04.05.2018] Autres langues : ENGLISH | 日本語 | ESPAÑOL | العربية | Русский |

Disons-le clairement : les sabres japonais représentent le sommet de l’art et de l’artisanat de l’Archipel. Même à l’époque contemporaine, où la classe des samouraïs a disparu, la tradition de forge des sabres continue de se perpétuer. Nous avons rendu visite à Miyairi Norihiro, un maître forgeron, sur son lieu de travail, et l’avons interrogé sur la beauté magique des sabres japonais.

Miyairi Norihiro

Miyairi NorihiroMaître forgeron de sabres japonais. Né dans la préfecture de Nagano en 1954. Nommé Bien culturel immatériel de la préfecture de Nagano. Il est reconnu pour avoir révolutionné la fabrique du sabre, en dépassant la tradition des écoles de forge, et en imposant sa propre conception d’un sabre moderne. Après ses études à l’Université Kokugakuin, il rentre en apprentissage auprès du maître Sumitani Masamine, trésor national vivant. Devenu le plus jeune maître forgeron de sabres, il remporte en 2010 le Prix Masamune, plus haute distinction de la profession. Considéré comme l’un des plus grands maîtres forgerons actifs, il est entre autres chargé de la restauration des collections du Shôsôin, maison du trésor du temple Tôdaiji à Nara.

Un jeune forgeron « hérétique »

Jadis, le sabre japonais (katana ou nihontô) étaient considéré comme « l’âme du samouraï ». Néanmoins, le port de cette arme leur fut interdite par le gouvernement Meiji en 1876, après 1 000 ans d’histoire (depuis l’époque Heian). Après la Seconde Guerre mondiale, les valeurs du samouraï ont été niées, et sous l’occupation américaine, le GHQ (Quartier Général des forces américaines) avait même interdit la pratique du kendô avec des sabres en bambou. Aujourd’hui, la loi interdit la possession d’un sabre japonais sans autorisation spéciale. Mais les forgerons de sabres n’ont pas disparu pour autant. On compte aujourd’hui 350 forgerons de sabres d’art ou de cérémonie. Maître Miyairi Norihiro, qui a reproduit ceux des collections du Metropolitan Museum of Art de New York, est l’un des maîtres forgerons les plus réputés.

— Pourquoi vos sabres attirent-ils tant de monde ?

MIYAIRI NORIHIRO Il existe cinq grandes écoles ou traditions de forge de sabres japonais : les traditions Yamato, Yamashiro, Bizen, Mino et Sôshû. Chacune possède un style différent. Mon père, mon oncle et toute la famille Miyairi appartenaient à la tradition Sôshû. Mais quand j’ai eu une vingtaine d’année, le premier maître à qui j’ai demandé de me prendre comme disciple était maître Sumitani Masamine, trésor national vivant et chef de la tradition Bizen. Mon maître était aussi un artiste, qui avait réussi à faire apparaître le motif original de « clous de girofle » sur la lame, qui n’appartenait qu’à lui et qu’on appelle depuis les « Sumitani chôji ». Sa créativité, qu’aucun autre maître forgeron n’était capable d’approcher, m’a fasciné. Mais dans le monde très traditionnaliste de la forge des sabres japonais, jamais le fils d’une famille appartenant à une certaine école n’était entré comme disciple chez un maître d’une autre école, et cela m’a valu le surnom d’hérétique, à l’époque.

Les motifs (hamon) qui évoquent les fruits du giroflier (chôji) sont caractéristiques du style Bizen.

Après avoir étudié cinq ans sous la férule de maître Sumitani, j’ai poursuivi mon apprentissage pendant neuf ans sous la conduite de mon père. À Tômi, dans la préfecture de Nagano, j’ai construit ma forge, et à 39 ans, je suis devenu le plus jeune maître forgeron de première classe de ma génération. Malheureusement, quand j’ai atteint la cinquantaine, la période de plus forte créativité pour un forgeron, je suis tombé malade. C’est pendant ma maladie que j’ai pris la décision de m’ouvrir aux autres traditions, pas uniquement la tradition Bizen, mais également la tradition Sôshû, et ainsi de ne pas me laisser enfermer dans une seule technique.

Je suis l’héritier d’une maison de forgeron existante depuis la fin de l’époque d’Edo, mais je pense que certains peuvent être intéressés par mon approche, à la fois issu de la tradition, mais également de ma propre conception de loup solitaire. Je veux dépasser les barrières des différentes écoles en créant des sabres innovants et basés sur la fusion de différents styles.

Un sabre créé pour commémorer sa propre désignation en tant que Bien culturel immatériel de la préfecture de Nagano

  • [04.05.2018]
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